MARCO LE CAMÉ (saynette)

Ambiance/décor = La scène se passe dans une cellule de prison dans laquelle Marco, un homme d’environ 30 ans est enfermé depuis 10 ans.

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1ère partie = le monologue

En attendant la visite de la psychologue, Marco fait les cent pas dans sa cellule et parle à haute voix :

Marco :                   Penser ! Penser ! Passer mes journées à penser ! Moi qui me fichais des penseurs intellects qui se vantaient de penser mieux que les autres ; des chercheurs qui se décortiquaient la cervelle pour trouver la formule dans leur tête ; des poètes et écrivains passant leur temps à rechercher le bon mot, et rêvant de choper la pensée des pensées, ben me v’là à penser tout-le-temps… Incarcéré depuis des lustres, sans autre activité que d’aller tourner en rond dans la cour, j’fais que penser… D’abord à ma famille, ma vie et mes potos, et puis le temps passant, cette idée m’est passée. A force de repenser aux choses insensées et de ressasser les erreurs du passé, j’ai épuisé mes pensées personnelles et j’suis devenu un raisonneur… un cogiteur de première… Qui aurait cru que le p’tit gars de banlieue élevé aux grosses taloches et aux coups de pieds dans le cul ; volant et trafiquant pour s’payer ses frusques, sa dope et sa bagnole, n’aurait plus qu’une idée : sortir de taule pour écrire ses pensées… ?? Tsss… J’imagine la tête de mes potos… Je les imagine, se foutant bien de ma gueule et beuglant dans la cité, que “Marco le camé tente de s’la jouer Verlaine”… Moi, qui avant la “zon”, utilisait ma tête juste pour pas me faire gauler et éviter les keufs, j’ai la caboche qui bout et la cafetière qui explose. Tout ça, à cause de Julie Vérin, la psy de la prison. Enfin, à cause… plutôt, grâce à elle. Ouais, c’est elle qui m’a encouragé à écrire. C’est elle qui m’a proposé de m’inscrire aux cours de rattrapage, alors que j’avais stoppé les cours après la 5ème CPPN. Ouais, c’est grâce à elle, si j’suis devenu un rat de bibliothèque et que j’ai obtenu mon bac derrière les barreaux, avec mention « Très Bien ». Ah ça ! Il est loin le p’tit marlou des cités qui pensait qu’à sortir d’ici pour recommencer. Ouais, j’ai changé… J’suis plus l’même gars…. D’ailleurs, ici, on me cite en exemple. « Voilà notre futur prix Nobel », s’exclament les gardiens dans la cour… Ça me fait rire leurs réflexions, mais en même temps, pourquoi pas… Après tout, faire la nique aux intellos en leur piquant un de leurs fameux prix littéraire, ce s’rait un délit délectable ! Le coming-out d’un délinquant des quartiers chauds !

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2ème partie = le dialogue

Le cliquetis métallique du trousseau de clefs, annonce une arrivée. Précédé d’un bruit sourd, la porte s’ouvre. Derrière l’armoire à glace, officiant comme gardien, il y a Julie Vérin. Vingt-cinq ans, de longs cheveux remontés en chignon, la jolie psychologue a les bras chargés de livres. Le gardien interpelle Marco, un sourire moqueur sur les lèvres.

Le gardien à Marco Alors Baudelaire, encore en train de rêver ?

Marco au gardien :     Lâche-moi, Brutus !

Le gardien à Marco :  T’as intérêt à la fermer, si tu veux pas voir ta sale petite gueule de PD repasser devant le juge !

D’un geste doux de la main, Julie repousse le gardien.

Julie au gardien :        Voyons Henri, soyez plus tolérant avec notre Marco : c’est un être d’une sensibilité rare….

Le gardien à Julie :    Pfft ! Sensible ! Sensible ! J’crois plutôt qu’il s’imagine plus malin que les autres ! Depuis qu’il a obtenu ces fichus diplômes, les collègues et moi, il nous considère comme des incultes ! Il raconte qu’on est tout juste bons à ouvrir nos grandes gueules !

Le gardien à Marco :  Le problème p’tit con, c’est que c’est toi t’as pt’être le cerveau bien rempli mais c’est bibi qu’a le pouvoir entre ses murs ! C’est moi qui possède les clés pour aller en promenade !

Le gardien fait tinter le trousseau, puis crache parterre.

Julie au gardien :        Laissez-nous Henri, nous avons du travail…

Le gardien à Julie :     J’vous laisse mam’selle. J’suis derrière la porte en cas d besoin…

Julie au gardien :        Je sais, je sais…

Le gardien sort en marmonnant…

Julie à Marco :            Quel temps aujourd’hui !

Marco :                       J’vois ça. Vous êtes trempée… Mettez votre manteau sur mon lit, si vous v’lez ?

Julie :                        C’est gentil, je veux bien….Vous êtes si courtois avec moi, c’est tellement rare entre ces murs. Les autres détenus sont nettement moins galants ; ils sont si crus parfois…

Tous les deux s’assoient autour d’une petite table.

Julie :                          Alors, vous en êtes où dans vos projets ? C’est bientôt la sortie…

Marco :                       Ouais, bientôt la quille. J’oublie pas que bientôt, j’vous verrai plus.

Julie rougit et détourne la conversation…

Julie :                          Mais vous vous êtes battus, on dirait ?

Marco :                       Ouais, hier…

Julie :                          C’est mal…

Marco :                       J’sais…

Julie :               Si vous le savez, pourquoi vous continuez à le faire… Faites attention Marco, ça pourrait compromettre votre sortie… La retarder, voire l’annuler….

Marco :                       J’sais…

Julie :                          On dirait que ça vous plaît de rester là ?

Marco :                       P’t’être bien que vous avez pas tort …

Julie :                          Mais enfin, Marco, apprenez à vous contrôler !

Marco :                  Ouais, j’pourrais essayer de me maîtriser. Le souci, c’est qu’quand on vous manque de respect, j’supporte pas. Non, j’supporte pas du tout. C’est plus fort que moi, faut que j’cogne !

Julie :                          Merci de me défendre Marco, mais il est inutile de prendre des coups pour moi…

Marco :                       Ça c’est mon affaire ! Personne touche à vous ! Un point c’est tout !

Julie lui tend un livre.

Julie :                          Tenez, c’est le roman dont je vous ai parlé. Lisez-le et faites-moi un résumé de l’histoire. Et le livre que je vous ai prêté la semaine dernière, vous l’avez lu ?

Marco :                       Ouais…

Julie :                          Très bien, alors montrez-moi vos notes !

Marco :                       La flemme, pas très envie… J’préférerais parler de vous ?

Julie :                       Mais enfin, Marco ! Je ne suis pas venue pour parler de moi ! Je suis là uniquement pour vous aider à écrire votre futur livre. N’est-ce pas ce que vous souhaitiez ?

Marco :                       Si, bien sûr… Bien sûr….

Julie :                          Alors, cessez de vous faire prier et faites ce que je vous demande.

Marco :                       Ok, mais j’le fais juste pour vous faire plaisir…

Marco va récupérer son carnet et la regarde dans les yeux…

Marco :                       Vous avez d’ja eu le béguin pour un homme ?

Julie :                          Oui, une fois, il y a longtemps…..

Marco :                       Et vous pensez toujours à lui ?

Julie :                          Je l’aime encore….

Marco :                       Merci….

Julie :                          Pourquoi ce « merci » ?

Marco :                       Pour tout… Pour vous. Pour vot’ sourire. Merci pour vot’ présence, vos encouragements, vot’ aide, vot’ confiance en moi malgré mes nombreux pétages de plomb….

Derrière la porte, le gardien épie leur conversation. Il rit très fort et Marco l’entend. Énervé, il se lève brusquement en frappant son poing sur la table…

Marco :                       T’as envie que j’explose ta sale gueule, Brutus ?

De l’autre côté de la porte, le gardien rétorque :

Le gardien :                T’as du bol d’être protégé l’écrivaillon, parce que sinon j’te jure que tu goûterais à ma matraque et qu’t’irais lécher le sol des chiottes !

Julie :                          Voyons, reprenez-vous Marco…

Marco :                       Ouais, pardon Mam’selle Julie…Mais c’est ce !!!

En rage, Marco se mord le poing…

Le gardien :            J’crois qu’il est temps de partir Mam’selle, Baudelaire fait plus trop dans la dentelle et pourrait devenir méchant !

Julie :                          Prenez soin de vous…

Marco :                       M’en veuillez pas pour mes coups de sang ?

Julie :                          Ne vous inquiétez pas Marco, je reviens vous voir la semaine prochaine.

Marco :                   J’vous attendrai… comme toutes les semaines…Vous êtes mon rayon de soleil. Y’a qu’vous pour réchauffer mon cœur de dur à cuire….

Julie sort de la cellule. Avant de refermer la porte, le gardien fait un doigt d’honneur au garçon puis referme à clé en rigolant. Marco grommelle à voix basse. 

Marco :                       C’est ça, marre toi sale con. J’te jure qu’un jour j’te ferais lécher le d’ssous de mes bottes ….

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Dix années auparavant

Février 2001, dans un HLM de la cité des « Jonquilles » en banlieue parisienne, Marc Olivier Gomez, dit « Marco le camé », vit ses derniers moments de liberté. Il sait que la police est sur ses traces et que le réseau auquel il appartient, a été démantelé. Deux passeurs et deux receleurs se sont faits embarqués dans la nuit. Marco vient chercher de l’aide auprès Abdel, son ami d’enfance. Haletant et trempé de sueur, il demande :

Marco :                         J’suis dans la merde Abdel. J’ai les keufs aux trousses !

Abdel :                         Quoi ? Explique !

Marco :                         La brigade des Stup a serré plusieurs collègues et j’ai déguerpi avant qu’ils me choppent, mais ils sont sur mes talons et je dois trouver une planque fissa !

Abdel :                          Keep cool mon vieux, j’vais appeler une vieille connaissance.

Marco s’assied dans le canapé mais il est très nerveux. Il prend sa tête entre ses mains en marmonnant :

Marco :                    Merde, merde… Qu’est-ce que j’ai fait. Pourquoi j’me suis fourré dans ce pétrin. Si la police m’arrête, j’vais en prendre au moins pour dix piges. Et ma mère, comment elle va s’en sortir sans moi ? Comment elle va payer ses factures ? C’est moi qui faisais vivre toute la famille. Ils comptaient tous sur moi depuis la mort du père…. Et ma pauvre mère qui croit que j’suis commercial dans une grosse boite internationale, elle va tomber des nues en apprenant que j’me fais du blé en revendant de la drogue. C’est sûr, elle va en faire une syncope….Merde, merde….

Marco entend la sirène de police. Il se précipite à la fenêtre du 13ème étage de l’immeuble et hurle à son copain

Marco :                          Abdel, v’là les keufs !

Abdel :                           Mince, quelqu’un a dû te balancer…..

Marco :                          J’suis foutu ! J’suis foutu !

Marco se tape la tête contre le mur ; Abdel essaie de le calmer.

Abdel :                    Panique pas mec, ils vont pt‘être pas monter jusqu’ici, ils sont pt ‘être juste en patrouille dans la cité.

Marco :                   En patrouille, avec deux cars, remplis de CRS armés jusqu’aux dents ? Non c’est trop tard, mais y m’auront pas. J’préfère encore crever que de moisir dans leur trou à rat !

Marco ouvre la grande baie vitrée du salon et commence à enjamber la rambarde du balcon. Abdel comprend et prend peur.

Abdel :                    Déconne pas Marco !

Affolée, le garçon tente de le retenir par le pantalon. Derrière sa porte d’entrée, la police tambourine.

Police :                    Ouvrez Police !

Marco essaie de se détacher d’Abdel, mais celui-ci s’accroche à son ceinturon. La police tambourine de plus belle, puis finit par exploser le verrou. Un groupe d’intervention, armé et casqué, s’engouffre dans l’appartement d’Abdel.

Marco :                   Lâche-moi putain ! Laisse-moi crever !

Abdel :                    Jamais j’te lâcherai mec !

La police intervient et agrippe fermement les deux hommes. Tous les deux sont menottés, fouillés et couchés brutalement sur le sol. Enragé, Marco dit à Abdel :

Marco :                   T’aurais dû m’laisser crever !

Police :                    Fermez-là !

Sonné par le coup de matraque qu’il a pris sur la tête, Marco se calme…

Police :                    On vous embarque tous les deux !

Abdel :                    Mais j’ai rien fait moi …

Police :                    Bouclez-là !

by Christ’in

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