CANAAN (Roman fantastique)

Voici les premières lignes de mon roman en 3 tomes

CHAPITRE 1

Mon enfant, je regarde jusqu’au fond de ton cœur, et je sais tout de toi

Dès le commencement

Au milieu de collines verdoyantes, de hautes montagnes et de jardins aux mille couleurs, une ville d’or pur aussi clair que le cristal se dresse au cœur d’une nuée bleutée. La citadelle, brillant d’un éclat semblable à celui d’une pierre de jaspe est entourée d’une haute muraille, rythmée par douze entrées, chacune gardée par un ange tenant une lance. Chacune des portes est une pierre précieuse. La première est en jaspe, la deuxième en saphir, la troisième en agate, la quatrième en émeraude, la cinquième en onyx, la sixième en sardoine, la septième en chrysolithe, la huitième en béryl, la neuvième en topaze, la dixième en chrysoprase, la onzième en turquoise et la douzième en améthyste. Sur la place de cette ville au sol aussi transparent que lumineux, une foule immense est entassée. Sont-ils des centaines, des milliers, une multitude ?  Il semble impossible de le savoir, tellement ils sont nombreux.

Revêtus d’un vêtement blanc immaculé, ces ” Innombrables ” agitent avec enthousiasme une palme dans leur main droite et entourent un gigantesque Trône duquel s’échappent des éclairs, du tonnerre et un puissant feu. Au pied du siège royal, sept lampes brûlent d’une flamme ardente.

Les Innombrables viennent de la grande tribulation. Ils représentent les victimes des nombreuses persécutions. Ceux qui ont lavé leur robe et l’ont blanchie dans le sang. Ils sont la multitude des multitudes qui n’aura plus à connaître ni la faim, ni la soif, ni le deuil, ni les cris ou la douleur. Oui, pour ceux présents ici, ces premières choses ont disparu car Celui Qui est assis sur le Trône a essuyé les larmes de leurs yeux et a dressé Sa tente sur eux. Il a fait en sorte qu’aucune chaleur ne puisse plus jamais les frapper et que Sa Lumière éternelle les éclaire.

Par reconnaissance envers leur Souverain et Sauveur, ces Innombrables se réunissent à l’intérieur du temple où, désormais la mort ne réside plus. Et là, devant Son Saint Trône, tous le célèbrent nuit et jour :

— Barouh’ata Adonaï, Elohènou. Barouh’ata Yeshoua, HaShem, Malkénou, Méleh’haYékoum. Hiné hou, ashèr ohève otanou vé shebédamo tihère otanou mi kol H’èt, ashèr assanou malh’out cohanim lé Adonaï-Élohim Aviv. Lo hatiférèt véhagvoura, léolaméi olamim. Hiné, Yeshoua baah im ananéi haShamayim, kol ayin yirao ougam èlè hèdah’ouo. Biglalo kol oumot haolam yétoféfou al libam [1].

— Mes yeux parcourent la Terre ! gronde une voix magistrale s’élevant du siège royal. Quel est celui dont le cœur sera trouvé intègre devant moi ? 

— C’est du Trône d’Adonaï-Élohim[2] que partent Ses ordres, Ses arrêtés et Ses jugements ! proclament d’un même élan les Innombrables. Sa parole frappe le monde comme l’éclair et court avec célérité.

— Quel est celui qui sera jugé digne et se lèvera en Mon Nom ? poursuit la voix tonitruante.

— Loué soit Son amour ! se répondent en chœur et en écho les milliers d’adorateurs. Louée soit Sa justice !

Proche du timbre du cor, mais d’une sonorité plus sourde, par sept fois le shofar[3] emplit les Cieux. Il marque de longues pauses avant les reprises, puis finit par se taire, quand subitement, une main colossale surgit du Trône, traverse le feu et fait s’agenouiller la multitude. Et dans l’immensité des Cieux, tout se fige. Plus rien ne bouge ni ne s’entend jusqu’à ce que la voix gronde à nouveau :

— Qui enverrai-je ? 

La question résonne comme un coup de tonnerre. Le genou à terre et le front bas, nul dans l’assistance n’est en mesure d’y répondre.

— Qui enverrai-je ? est-il répété avec force.

L’assemblée reste muette. Et voici que paume ouverte, la main se tourne et s’abaisse en perforant la couche nuageuse. L’index se tend. Il pointe vers le bas et, simultanément, la Terre s’affiche comme sur écran géant. D’abord plane et statique, la représentation du globe terrestre prend du relief et s’anime. Captivée par le film, la multitude a les yeux rivés sur le survol de la planète bleue en vision tridimensionnelle panoramique.

L’approche se fait d’abord en douceur. La Terre est comme… caressée à distance, puis l’image s’élargit avant de se distendre comme un vieux caoutchouc mou. C’est alors que les contours des nations se bossèlent, se modèlent et se sculptent. En travelling avant, le focus se concentre sur les pourtours de l’Europe et ceux des pays limitrophes. Il s’attarde sur les frontières maritimes et montagneuses de la France, de l’Espagne, du Portugal et du Royaume-Uni avant de se déporter vers la gauche. C’est alors qu’identifiables par leurs côtes déchiquetées, la Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord se présentent au milieu de l’océan.

Localisation initiée. Plan fixe, gros plan sur l’Angleterre qui se rapproche à grande vitesse, puis soudaine poussée vertigineuse. Dans une trajectoire initiée, tout droit devant, le plan se resserre. Il pique au Sud, met le cap sur une région. Puis, sous l’objectif à tête chercheuse, le choix se précise. Guidée par le doigt du Très-Haut, la loupe grossit l’image qui devient plus nette et se focalise sur une ville, favorise un périmètre, délimite un quartier, s’oriente vers une rue, investit une maison à étage, s’introduit dans une chambre sombre et désigne un fils de l’homme.

Depuis les Cieux, la multitude quitte l’écran des yeux et se tourne vers le Trône. Puis, dans un murmure à l’unisson, tous interrogent d’une même voix Celui Qui règne sur toute la création :

— Est-ce celui qui se lèvera pour nous ? 

— À celui qui M’entend et qui M’ouvre, la décision revient ! répond le Souverain.

Tel un vent impétueux, la réponse gonfle les tuniques de la nuée de témoins attentifs, alors que le doigt divin frôle la nuque du garçon choisi.

——

S A M E D I   J O S U É

——

CHAPITRE 2

Je sais quand tu t’assieds et quand tu te lèves

ÉTÉ 1996

Brighton, 7 heures du matin, le premier jour, dans la chambre de Josué

— Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage, récite Josué en se préparant devant la glace avant d’aller en cours. Traversé çà et là par de brillants soleils ; le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage, qu’il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils. Voilà que j’ai touché l’automne des idées, et qu’il faut employer la pelle et les râteaux pour rassembler à neuf les terres inondées où l’eau creuse des trous grands comme des tombeaux[4].

Minutieux, le garçon de dix-sept ans termine de travailler son look gothique, version vampire post apocalyptique dans la salle d’eau de sa chambre, lorsqu’un souffle diaphane effleure sa nuque. Il frissonne, s’interrompt dans son envolée baudelairienne, puis pose une main sur l’arrière de sa tête. Il en profite pour rassembler ses cheveux teints en brun foncé et resserrer le large ruban les retenant en queue-de-cheval.

— Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve trouveront dans ce sol lavé comme une grève, le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?  poursuit-il en se regardant dans le miroir. Ô douleur ! Ô douleur ! Le Temps mange la vie et l’obscur Ennemi qui nous ronge le cœur, du sang que nous perdons croît et se fortifie !

D’un geste nonchalant, Josué repousse la longue mèche lui cachant l’œil droit, puis avec méthode, il surligne son regard d’un trait de crayon khôl, assombrit ses lèvres de poudre charbonneuse, accroche à son cou une croix celtique (trophée remporté à l’issue d’un combat), coince le bas de son baggy à zip dans ses rangers[5], laisse pendre ses bretelles sur ses hanches, attache deux gros ceinturons cloutés autour de sa taille, et boutonne son col Mao. Pour finir, il agrémente ses poignets d’un épais bracelet de cuir, glisse une bague-armure à son annulaire droit et enfile trois anneaux de quartz. Un, au majeur droit. Les deux autres sur la main gauche, annulaire et majeur[6].

Enveloppé de noir, Josué se détache du miroir, fait demi-tour et s’avance dans sa chambre d’un pas lourd.

— T’es fourré où, le pacha ? grogne-t-il en fouillant la pièce des yeux.

Le pacha, ainsi surnomme-t-il Absha, son furet domestique offert par un Metalleux qu’il fréquente et qui élève des rongeurs. Fusionnel avec son petit animal, Josué ne se sépare pour ainsi dire jamais, de son furet au poil blanc comme la neige qui passe le plus clair de son temps à sommeiller là où il fait le plus chaud. Absha est une vraie marmotte qui dort en moyenne quinze à vingt heures par jour, soit recroquevillé dans un coin calme et à l’abri, soit entortillé sous les draps de son maître ou soit ratatiné dans ses grandes poches de manteau.

Occupé à grignoter un fil électrique, l’animal reste caché.

— Eh le pacha ! s’agace Josué. T’es planqué où ? 

Repéré par son pout-pout, le cri de joie caractéristique du furet, Absha est débusqué sous la commode, collé à une bouteille de whisky vide. D’une main leste, son maître l’attrape par la peau du cou et lui enfile son harnais ventral. La petite bête est docile. Elle se laisse faire sans broncher ni bouger, et au bruit de succion de Josué, elle reconnaît le signal et grimpe sur son épaule. La démarche traînante, le garçon descend au rez-de-chaussée, son furet en bandoulière.

— Ouvre les yeux de mon cœur, fredonne-t-il. Ouvre les yeux de mon cœur, je veux te voir… Pala la la la la pa la la la


[1] Traduction de l’Hébreu. “ Béni sois-tu, Seigneur notre Dieu. Béni sois-tu Yeshoua, HaShem, notre Roi, Roi de l’univers. Celui Qui nous aime et qui nous a lavés de nos péchés par son sang, qui a fait de nous un Royaume de sacrificateurs pour Adonaï-Élohim Son Père. À Lui, la Gloire et la Puissance, aux siècles des siècles. Voici, Yeshoua vient avec les nuées, et tout œil le verra et ceux même qui L’ont rejeté. Toutes les tribus de la terre se frapperont la poitrine à cause de Lui ”

[2]Adonaï-Élohim.Hébreu = ‘Élohim ou Éloïm (Hébreu ‘elohim) Pluriel de ‘éloha, qui signifie “ Dieu ”. http://www.larousse.fr/encyclopédie/divers. Adonaï-Élohim (Hébreu : אלהים) est le nom le plus couramment utilisé de Dieu dans la Bible hébraïque et aussi le premier à y apparaître (Genèse 1:1).

[3] Chofar ou Schofar. Instrument de musique du rituel hébraïque = trompette, corne, corne de bélier.

[4] Charles Baudelaire – Extrait du poème “l’Ennemi“.

[5] Note. Bottes de combat militaires.

[6] Josué Carefoot Freeman. Détestant le genre humain, hormis sa famille proche et quelques rares personnes, Josué est adepte de groupes de musique tendus vers l’occulte et le satanisme. Il aime porter les signes distinctifs et caractéristiques le reliant à sa communauté gothique. Proche du mysticisme prôné par certains Goths (férus de musique classique, celtique ou médiévale, qui lisent Shakespeare, Edgar Allan Poe, Maupassant, le Marquis de Sade, Oscar Wilde ou Arthur Rimbaud, et qui écoutent des musiques mystiques ou post-punk), Josué a hissé Charles Baudelaire au rang d’idole absolue et déclame ses vers à longueur de temps. Il a une admiration sans borne pour celui qu’il appelle “ LE GRAND CHARLES ”. Ses proses mélancoliques l’accompagnent au quotidien et ses rimes illustrent à propos ses tourments les plus profonds. Ce jeune poète dans l’âme est aussi branché films d’horreur, jeux de rôles et Black metal.

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