TONDUE (lettre ouverte)

On estime que 20 000 à 40 000 femmes accusées à tort ou à raison de collaboration avec l’occupant allemand auraient été tondues en France entre le milieu de l’année 1944 et la fin de 1945.

————————–

On vient de me tondre…

J’ai payé pour un crime non commis. Un crime non reconnu et non admis par des centaines d’autres femmes.

Criminelle, je ne le suis pas. Vous vous trompez de coupable…

Ma faute selon vous, fut de m’acoquiner avec l’ennemi. D’aimer le mauvais homme. D’aimer l’envahisseur. Celui qui n’a pas de passé. Pas de considération. Pas d’état d’âme. Pas de conscience et pas la moindre excuse. Pas plus que je n’en ai…

Lui ou moi. Moi ou lui. Tous les deux condamnables à vos yeux.

Quels sont les faits exacts ? Que nous reprochait-on en vérité ? De nous aimer ? Non ! Pas de nous aimer, seulement de nous aimer maintenant. À cette époque particulière. Durant ce temps d’entre deux.

C’est vrai après tout. Nous aurions très bien pu nous aimer des années avant que le conflit n’éclate, ou même une décennie de clémence plus tard. Mais raisonnablement pas maintenant. Certainement pas quand les coupables sont connus, reconnus, désignés et jugés sans procès. Oui, sûrement pas quand « l’autre » est identifié en tant que « mal incarné », parce qu’il vous a blessé, spolié, soumis et agressé par son unique et imposante présence.

L’autre, l’ennemi, le boche qui n’était pas un nazi et n’avait rien demandé. L’autre qui voulait juste sauver sa peau et se devait d’obéir aux autorités, à sa patrie. L’autre qu’on avait enrôlé pour cause d’âge mobilisable. L’autre, fils unique d’une mère éplorée qui, du jour au lendemain, avait quitté les siens, son village natal et tous ses bons copains pour tenir un fusil et porter l’uniforme militaire.

Notre amour, notre rencontre, c’était maintenant et pas après. Avant, je n’étais qu’une enfant. Après, je ne sais pas… Avec lui, c’était aujourd’hui et pas plus tard, pas un demain lointain et incertain. Oui, ce jour m’appartenait, il nous appartenait, et ça c’est fait comme ça, naturellement… Tout naturellement…

J’avais dix-huit ans maintenant et je n’avais pas choisi de me sentir désirable et désirée. De me sentir femme. D’avoir un cœur prêt à recevoir un sourire d’homme. Son sourire… Ce si beau sourire…

Non messieurs-dames, je n’avais pas choisi d’aimer dans cette sinistre période qui pour moi fut toutefois la plus belle… Oui je l’ai aimé, ne vous en déplaise. Je l’ai aimé, mais vous qui me regardez de vos yeux pleins de haine, sachez que je ne me sens coupable de rien. Je n’ai pas choisi, pas voulu, pas comploté, pas collaboré ni pactisé avec le diable. J’ai simplement aimé un homme… Un garçon gentil, simple et respectueux.

Ô, vous juges méchants ! Vous, pères, mères, enfants, vieillards, véritables collabos qui me lancez les premières pierres ! Depuis quand aimer un homme plus que soi-même, plus que de raison, plus que sa propre vie, serait-il un délit ?

Vous m’avez tondue, mesdames et messieurs les inquisiteurs, sans voir à toutes vos turpitudes ! Vous m’avez lapidé en place publique ! Vous avez jeté l’opprobre sur moi ! Vous m’avez conspuée, insultée, humiliée, dénudée, crachée dessus et traînée dans la boue !  J’ai entendu votre mépris et subi votre vindicte punitive, mais malgré tout, je reste digne. Digne, pure et innocente des prétendues fautes dont vous m’avez accusée pour justifier vos exactions, vous disculper et libérer votre haine… Oui, digne je le suis et je le reste… Car, non, je n’ai pas vendu mon corps pour un morceau de pain ou pour quelques autres intérêts !

Et quand bien même ?

En vérité, il y juste eu ce jour, messieurs-dames. Ce jour, où l’amour s’est heureusement présenté à moi. Ce jour où l’amour à croisé mon triste chemin. Ce jour, où son si beau sourire m’a bouleversé, m’a renversé, m’a fait perdre la tête et battre mon cœur.

Pour ma défense, vous mes accusateurs, ma plaidoirie se résume en deux phrases : Mes escarpins de femme pudique ont un petit matin de printemps frôlé une paire de bottes noires. Et le regard ciel azur sous un casque trop grand d’un jeune soldat égaré a crée une brèche dans mon cœur encore vierge, avant de m’entraîner dans son grisant sillage.

Mais il est mort de toute façon… Alors riez ! Riez de moi si cela vous chante et vous soulage. Insultez-moi ! Crachez-moi dessus ! Frappez-moi ! Bannissez-moi de vos demeures ! Cela m’est bien égal de toute façon, puisque je l’ai perdu. Je l’ai perdu pour toujours.

Oui, ma tête vous avez rasé et je suis pour vous, un objet de risées, mais qu’importe vils vengeurs aux lèvres injurieuses, jamais vous n’ôterez de mes pensées, le souvenir de son sourire et de ses lèvres. En revanche, jusqu’à la fin de ma vie, mon cœur aura un trou injuste et béant, de la largeur de la balle meurtrière qui l’a tuée et qui s’appelle HAINE, VENGEANCE ET CHÂTIMENT !

Que vos actes vous hantent !

By Christ’in

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