Il était une fois, en des temps anciens, une naissance très attendue. Celle du futur accédant au trône du PAyS D’ImPERfECTIOn, où depuis des siècles, toutes les constructions étaient montées de travers et toutes les routes étaient chaotiques. Ici, la perfection n’existait pas et les gens s’appréciaient tels qu’ils étaient. En somme, beaux ou laids, intelligents ou simples d’esprit, c’était égal, puisque pour eux l’important était ailleurs…
Dans le PAyS D’ImPERfECTIOn, chacun se contentait de ce que la nature lui avait attribué, et la beauté s’appréciait d’abord et avant tout, à l’intérieur. La beauté du cœur était donc la qualité première recherchée. Ainsi, tout le monde travaillait à la posséder et se réjouissait de la retrouver chez son prochain, à commencer par le roi et la reine qui avaient fait graver sur le fronton de leur château :
« La beauté du corps est éphémère, mais celle du cœur est éternelle. »
***
Depuis l’annonce de la grossesse royale, le PAyS D’ImPERfECTIOn se préparait à accueillir cet enfant, indubitablement formidable malgré ses probables défauts, qu’ils soient physiques, psychiques ou même intellectuels.
Survint le moment de la naissance ! Au château tout de guingois avec ses tours arc-boutées, ses fenêtres sans ouverture et ses murailles irrégulières, ce fut l’effervescence et chacun y alla de son éloge. Pendant que les trompettes faisaient des couacs, que les chantres chantaient faux, que les conteurs oubliaient leurs textes et que les danseurs s’emmêlaient dans leurs chorégraphies, la reine mit au monde une demoiselle au teint de lait, aux yeux magnifiquement cintrés de longs cils, à l’adorable petit nez, à la bouche superbement dessinée.
Sans conteste, elle était à croquer. Si parfaite que les personnes présentes à l’accouchement ne purent s’empêcher de s’extasier, à commencer par ses parents, éblouis par leur petite merveille.
– Quelle beauté ! s’exclamèrent-ils d’un même élan.
La nouvelle venue faisait l’unanimité. C’était assurément le plus exquis des bébés. Tous ceux qui posaient un regard sur le ravissant poupon tombèrent immédiatement sous son charme, et les superlatifs abondèrent pour signifier à quel point sa beauté était grande et sans égale. Un tel déferlement de louanges conduisit les parents à l’appeler BEAuTÉ, et les jours suivants, dans les coins sombres, les endroits dérobés et les couloirs secrets, toutes les confidences tournaient autour de l’émerveillement suscité par la jolie princesse. Son sourire gracieux, la finesse de ses mains, le velouté de sa peau et sa beauté incomparable, alimentaient les discussions des privilégiés qui avaient eu la chance d’aller la contempler.
L’arrivée d’une enfant sans le moindre défaut eut un impact sur la mentalité des monarques qui n’avaient d’yeux que pour ce cher trésor et passaient des heures à se pâmer au-dessus de son berceau. Fiers de leur petite héritière, ils racontaient en boucle et à qui voulait l’entendre, qu’elle était absolument divine et magnifique. À l’écho d’un discours aussi enthousiaste et dithyrambique, les nobles de la cour émirent le souhait de visiter celle, dont l’incomparable beauté était sur toutes les lèvres, et sans une seconde d’hésitation, le roi et la reine accédèrent à cette requête. De la sorte, la princesse fut arborée comme une œuvre d’art dans un musée, et des portraits d’elle circulèrent dans le PAyS D’ImPERfECTIOn.
Fascinés par une apparence aussi parfaite, tous étaient comme… envoûtés par BEAuTÉ, qui devint le sujet de conversation préféré de l’ensemble de la population, dont la façon de penser se modifia. Peu à peu, les choses commencèrent à aller de travers. Oh, pas de travers comme ce qui avait toujours composé cette contrée, et qui était tordu, laid, en biais, bancal, difforme, de traviole, etc., mais de travers, contrairement à tout ce qui était d’ordinaire et fondait les principes établis depuis des temps immémoriaux. En moins d’une année, le physique irréprochable de la future souveraine changea l’appréciation de ce qui était considéré comme beau et acceptable ou bien comme moche et condamnable, puis chamboula l’ordre des priorités. Ainsi, la beauté extérieure surpassa les valeurs de beauté du cœur, autrefois si essentielles.
Quel bouleversement ! Dans le PAyS D’ImPERfECTIOn, finalement rebaptisé le PAyS De PERfECTIOn, chacun s’attacha à faire de son mieux, pour qu’à l’image de sa future monarque, tout soit droit, réussi et impeccable. En conséquence, chaque anomalie dût être promptement rectifiée ou effacée, et ce qui était boiteux, défectueux, médiocre ou complètement raté, nécessita d’être amélioré et embelli, dans la mesure du possible, ou bien alors démoli, mis au rebut ou à l’écart.
Captivante princesse. Tandis qu’elle grandissait et que sa silhouette s’harmonisait avec le relief de ses courbes, ses parents, ses nourrices, ses précepteurs, et tous ceux qui avaient l’insigne honneur de l’approcher, lui assuraient que sa splendeur éclipsait l’astre solaire. Dotée de tels éloges, BEAuTÉ était certaine d’être la plus belle des demoiselles que la Terre ait pu porter, et pas un des nombreux miroirs du château, pas un lac clair, pas une fenêtre en contre-jour, n’échappa à son besoin de se mirer et d’admirer un reflet aussi enviable que le sien.
Devenue orgueilleuse et narcissique, BEAuTÉ eut le désir de choisir ses demoiselles de compagnie, non sur leur expérience et sur leur dévouement, mais sur leur belle allure. Sans tenir compte de leur habileté à accomplir leurs tâches, celle qui se paraît chaque jour de robes exceptionnelles et enjolivait sa gorge délicate de rivières de diamants, ne voulut s’entourer que de gracieuses jeunes filles en mesure de la magnifier et de rehausser l’éclat du joyau qu’elle estimait être.
Nourrie aux compliments depuis l’enfance, BEAuTÉ en réclamait encore et encore sans pouvoir s’en repaître. Au petit matin, à peine les yeux ouverts sur son lit orné d’incroyables parures et agrémenté de tentures étincelantes, elle sonnait les demoiselles attachées à son service pour qu’elles se hâtent de venir la flatter, la flagorner, l’encenser en vers, en rimes et en alexandrins.
Dans une tyrannie d’idéal de perfection, BEAuTÉ exigea qu’on fasse raser le vieux château et, qu’à la place, soit érigé un palais digne des contes des mille et une nuits. Incapables de refuser le moindre caprice à leur époustouflante progéniture, dont ils vantaient continuellement les nombreux atouts, le roi et la reine consentirent à cette demande. Ils firent appel aux meilleurs architectes pour bâtir l’édifice le plus prestigieux à des kilomètres à la ronde, puis l’aménagèrent de meubles luxueux et de sublimes ornements. La demeure était somptueuse, mais encore insatisfaite, l’intransigeante demoiselle décréta qu’il fallait renvoyer les domestiques jugés beaucoup trop ternes dans ce nouveau décor, et les monarques s’employèrent à en recruter de plus appropriés.
À son vingt-cinquième anniversaire, BEAuTÉ avisa ses parents :
– Je voudrais me marier et avoir les plus beaux des enfants. Pour ce faire, il me faudrait l’époux le plus attrayant physique- ment. Aucune disgrâce ne sera admise. Il devra être sans défaut !
Fous d’amour pour leur remarquable princesse, le roi et la reine répondirent à ce désir et firent annoncer aux quatre coins de la Terre :
Avis à la population ! Notre très chère fille, la princesse BEAuTÉ, ambitionne de s’unir au plus beau des princes de ce monde. Si vous pensez être celui-ci, présentez-vous sans plus tarder au palais.
Par oral ou par écrit, l’information fut proclamée, éditée, distribuée, puis diffusée de lieu en lieu. Elle se propagea jusqu’aux extrémités, et celle dont la renommée dépassait toutes les frontières vit arriver un flot de gentilshommes, tous de sang royal, nantis d’appréciables qualités et sans malformation notable. Semaine après semaine, des dizaines et des dizaines de candidats aux indéniables aptitudes affluèrent au château, mais aucun ne trouva grâce aux yeux de la princesse. Pointilleuse, difficile, focalisée sur l’apparence et aucunement sur les qualités de cœur, tous passèrent au peigne fin de son jugement acerbe et elle fut sans pitié.
Pas un détail n’échappa à l’intraitable demoiselle qui repéra les imperfections éliminatoires, aussi minimes soient-elles, justifiant qu’elles dénatureraient son extraordinaire éclat. Dure, sans condescendance pour les plus sensibles de ces messieurs qu’elle rejetait avec mépris d’une grimace dégoûtée, sans égard pour ceux qui avaient traversé moult régions et longuement chevauché pour se rendre jusqu’au château, sans volonté d’écouter ceux qui avaient préparé de longues tirades amoureuses, les prétendants, pourtant de belle prestance et de fort belle figure, furent disqualifiés et éconduits les uns après les autres.
– Il sera remarquable ou ne sera pas ! répétait-elle à ses parents.
BEAuTÉ était déterminée à épouser un prince aussi beau qu’elle était belle, mais le défilé d’aspirants perdura des années sans qu’un seul ne fasse l’objet d’un quelconque intérêt. Persuadée que son alter-ego finirait par montrer le bout de son superbe nez, la princesse n’abaissa pas ses prétentions. Hélas, le temps n’est pas toujours un allié. À force d’espérer la perle rare, BEAuTÉ prit de l’âge et dépassa largement la trentaine. Certes, elle demeurait séduisante, mais l’impérieuse Dame nature accomplissait son œuvre inéluctable. Les plus jolies fleurs finissent par se faner et elle n’était plus aussi fraîche, ni aussi envoûtante qu’elle avait pu l’être par le passé. Par ailleurs, le choix de partenaires s’était considérable ment réduit, la plupart ayant fini par épouser des princesses beaucoup moins regardantes.
Un matin inattendu, un nouveau postulant s’annonça et déclara vouloir la marier dès à présent et dans l’éternité. Étonnée par cette approche audacieuse, elle le considéra d’un œil critique. Loin d’être un bellâtre et vêtu simplement, celui-là se présenta sans costume d’apparat ni signes distinctifs. Le physique banal, il n’avait même pas la posture altière des princes de haute lignée. Autant dire qu’il ne répondait à aucun des critères recherchés par la princesse BEAuTÉ. Pourtant, alors qu’elle le jaugeait d’un air hautain, elle détecta en lui un je-ne-sais-quoi d’unique et de particulier. Il paraissait enveloppé d’une sorte d’aura qui l’interpella et provoqua en elle un afflux d’émotions. De plus, le timbre chaleureux de sa voix, son sourire bienveillant, la profondeur de son regard et la douceur de ses gestes l’attiraient de manière irrésistible. Elle voulut comprendre pourquoi cet homme qui n’avait rien de transcendant, lui causait un tel trouble.
– Quel est votre nom ? demanda-t-elle.
– Mon nom n’a que peu d’importance, dit-il, se courbant par déférence. Je suis seulement l’humble serviteur à qui vous avez ravi le cœur et qui vous attend depuis longtemps…
– Un serviteur ? Mais n’êtes-vous pas un prince ?
– Si fait, je le suis en vérité. Toutefois, ce titre de noblesse ne définit pas mon rang, simplement mon statut de fils de roi. Chère BEAuTÉ, je vous serais fidèle et entièrement dévoué si vous m’acceptez tel que je suis, tel que je me présente à vous.
Intriguée par ce mystérieux candidat d’allure modeste, si différent de ses prédécesseurs, bien que pourvu d’un certain charisme, BEAuTÉ chercha à en savoir davantage.
– Combien avez-vous de gens à votre service ? demanda-t-elle, l’œil sourcilleux.
– Dans mon royaume, personne n’est au service de personne.
– Mais comment donc ?
– Chacun est libre d’être au service de l’autre.
Insaisissable et insolite, l’explication fit se froisser le menton de la princesse.
– Vos richesses sont-elles grandes ? questionna-t-elle. Quelle est la taille de votre domaine ?
– Je ne saurais le dire exactement, mais tout est bien plus grand que vous ne pourriez l’imaginer.
– À ce point ?
– Oui, chez moi, les rues sont pavées d’or et les portes sont faites de pierres précieuses. Dans mon palais, résonnent des chants d’amour, et la souffrance et la flétrissure n’existent plus. Ce royaume sera le vôtre si votre cœur s’ouvre à mon amour. Je vous couronnerai de gloire et d’honneur.
– Tout cela semble irréel. Où donc est situé ce surprenant royaume ?
– À des cieux d’ici…
Agacée par cette succession de réponses aussi évasives qu’énigmatiques, BEAuTÉ haussa le ton :
– Balivernes ! Vous essayez de me faire croire ce qui n’est pas pour me séduire et m’attraper dans vos filets. Cela m’a tout l’air d’une ruse, mais vous n’êtes pas à mon goût. Vous êtes si… si…
À son grand étonnement, la princesse se retrouva privée de mots pour repousser cet étrange personnage qui n’avait rien pour lui plaire, mais remuait dans son âme de drôles de sentiments.
– Il n’y a pas de ruse en moi, dit-il d’un ton aimable. Croyez-moi, je n’arrêterai pas de vous aimer. Tant que votre cœur battra sur la Terre des vivants, je ne vous délaisserai pas. Je resterai derrière la porte et j’attendrai que nous puissions nous unir dans une alliance éternelle. Par mon sang, j’en fais le serment.
BEAuTÉ jugea ce discours intrépide et prétentieux, et le congédia froidement.
– Allez, maintenant ! C’est assez !
Sans se départir de son aimable sourire, il accepta de bonne grâce d’être ainsi renvoyé. Il la salua poliment et elle le regarda s’éloigner aussi discrètement qu’à l’arrivée.
Les jours passants, ce prince si singulier revint dans ses pensées. La bonté qu’il dégageait et sa façon surprenante de la courtiser l’obsédèrent tellement qu’elle entreprit de se renseigner sur son compte et apprit par ses gens qu’il était effectivement resté dans son sillage, qu’il s’était dépouillé de tous ses biens pour établir son campement au pied du château, et qu’il avait accepté de revêtir la plus basse et la plus inconfortable des conditions afin de pouvoir veiller sur elle, et cela, tant que le soleil se lèverait et ainsi que le roi, son père, l’avait résolu.
Quelle stupéfiante preuve d’amour ! La princesse se savait encore belle et désirable, mais il lui paraissait totalement insensé de délaisser un royaume aux rues pavées d’or dans l’espoir fou de l’épouser. Ce sacrifice la perturba et finit par ranimer son narcissisme. Comme elle voulait s’ôter ce prince de l’esprit, elle décida de se recentrer sur sa petite personne. Et puisqu’on l’avait encensée depuis le jour de sa naissance et qu’elle n’avait pu trouver d’époux à sa convenance, BEAuTÉ souhaita être adorée comme une déesse par tous ceux du PAyS De PERfECTIOn. Quoi de plus logique ? Celle qui estimait incarner la perfection sur Terre ne jugeait pas extravagant qu’on se prosterne à ses pieds.
Une fois de plus, ses parents s’accordèrent à cette demande qui lui permettrait de combler ses frustrations de femme idéalisée, mais toujours seule et sans enfant, et instituèrent une loi en ces termes :
Quiconque habitant dans cette contrée ou y demeurant de passage devra célébrer la princesse BEAuTÉ et déposer des offrandes partout où des statues à son effigie seront dressées.
Cette directive ne produisit aucune contestation parmi la population et chacun s’y soumit le plus naturellement du monde. L’horloge du temps tourna ainsi au rythme des hommages, des dons et des vénérations, jusqu’à ce que le roi et la reine succombent à un âge avancé. Leur départ fut un cataclysme pour BEAuTÉ. Ils étaient ses premiers et ses plus grands admirateurs, et leurs compliments réitérés, distribués matin, midi et soir, étaient comme un besoin nécessaire et lui manquaient atrocement.
Malgré son statut d’idole, la princesse couronnée qui régnait sur le PAyS De PERfECTIOn, souffrait de solitude. Reine, sans un roi à ses côtés, l’amertume contamina son cœur. De surcroît, celle qui, depuis l’enfance, s’était appuyée sur ses attraits pour se sentir puissante et supérieure, ne pouvait plus compter sur ce physique enviable que le poids des ans avait détérioré. Extraordinaire, elle ne l’était plus et elle ordonna qu’on cesse de la nommer BEAuTÉ. Ce prénom lui rappelait douloureusement trop sa splendeur envolée.
Désormais, celle qui n’était plus que « la reine », et ne supportait plus son reflet vieillissant dans la glace, fit briser tous les miroirs du château, abrogea le décret stipulant qu’on devait l’adorer, puis s’enferma dans ses appartements pour ne plus être vue des gens de sa cour. À l’exception d’une poignée de domestiques autorisés à pénétrer dans son intimité et susceptibles de l’entrapercevoir derrière son voile de deuil, la reine se cacha de ses sujets et ne gouverna que par procuration.
Isolée ? Pas tout à fait. Oubliée ? Encore moins. Des décennies durant, un message quotidien lui fut transmis. Celui qui attendait qu’elle lui ouvre enfin son cœur, celui qui patientait sans avoir renoncé à sa promesse, celui qui se tenait à quelques mètres en contrebas de sa chambre, prêt à répondre à son instance, lui faisait inlassablement parvenir un mot qui disait :
Chère reine de mon cœur, délaissez les miroirs du corps, car même si votre éclat s’étiole, votre âme est plus belle chaque jour qui passe. Même si votre apparence se flétrit comme l’herbe des champs, votre beauté intérieure grandit et se renouvelle chaque matin.
De bien beaux encouragements qui n’avaient toutefois que peu d’effet sur le moral de BEAuTÉ. Celle qu’on adulait dans sa jeunesse passait son temps à se lamenter de ce qu’elle n’était plus que l’ombre d’elle-même. Toutes les nuits, elle sanglotait sur sa couche, et cet état de tristesse affecta sa santé. Pressentant l’heure de sa mort, recluse et sans personne de confiance à ses côtés, elle fit appeler le seul qu’elle savait demeuré fidèle et désintéressé malgré ses non-réponses.
Le prince fut donc mandé à son chevet, et le dos courbé d’un homme âgé, abîmé par des conditions de vie difficiles, elle l’avait vu arriver à petits pas chancelants, puis s’avancer vers son lit d’agonisante.
– Pourquoi m’avoir autant aimé… ? souffla-t-elle. Pourquoi, au vu de ma déchéance ? Je suis vieille… et si laide…
– Ma patience et mon amour pour vous sont sans limites ni jugement de valeur. Je ne considère pas ce que l’homme considère. L’homme regarde à ce qui frappe les yeux, alors que je regarde au cœur.
– Pourquoi… malgré mes silences, mon indifférence… tous mes refus ?
– Je vous avais promis de vous attendre tant que le soleil brillerait au-dessus de votre tête, dit-il à voix basse.
– Il y a bien longtemps qu’il ne fait plus jour… dans ma tête et dans ma vie. J’ai tout eu… tout voulu, tout exigé et tout reçu, mais au final, je n’ai plus rien… Plus rien à quoi me raccrocher. Je me suis perdue et… j’ai entraîné tant de gens dans ma spirale orgueilleuse. Mon âme est devenue si noire… si lourde de toutes mes fautes…
– Votre âme pourrait être aussi rouge que le cramoisi ou aussi noire que les plus sombres des ténèbres, mais devenir en un instant aussi blanche et immaculée que la neige. Il ne tient qu’à vous, ma chère BEAuTÉ, de saisir la portée de mon amour pour vous, de m’accepter en tant qu’époux et d’être libérée de tout ce poids.
– Je vous ai dédaigné, ajouta BEAuTÉ dans un murmure. J’ai résisté à votre appel… mais voici venu le temps… de… de me donner à vous. Me voilà sans plus rien à vous offrir que mon pauvre cœur meurtri…
– Je n’ai besoin de rien de plus, dit le prince, penché sur elle. Ma grâce vous suffit…
D’une main tremblante, il mit un anneau d’or au doigt de la reine avant d’effleurer ses lèvres exsangues d’un tendre baiser.
– Voici, en cet instant, ma vie vous est donnée et ma paix vous est offerte.
Aussitôt, une grande lumière entoura l’épousée qui rendit son dernier souffle.
– Vous êtes si belle, si parfaite, chuchota-t-il, tandis que l’âme de BEAuTÉ se séparait de son enveloppe charnelle pour devenir une silhouette évanescente.
À son tour, le prince se transforma en une créature revêtue de magnificence, ceint de force et d’éclat. Le geste délicat, il prit son épouse dans ses bras pour l’emmener avec lui dans sa nouvelle demeure, par-delà les mers et les montagnes, dans ce royaume aux rues pavées d’or et aux portes de perle dont il est le Roi de toute éternité.
Fin
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