SUIS-JE ENCORE SI JE NE PENSE PLUS ? (texte de théâtre)

Sur scène, un homme dort. On le voit bouger et faire de petits bruits comme si un rêve l’agitait. Par un effet visuel, un homme lui ressemblant (couché près de lui et caché à la vision du spectateur) se relève. Cela donne l’impression qu’il sort de son corps, soit parce qu’il est mort, soit parce qu’il rêve.

En réalité, l’homme qui dort et l’homme qui se lève sont un seul et même homme. Sauf que l’un rêve et que l’autre est à l’intérieur du rêve.

Pierre Delatour est l’homme qui dort = Le dormeur

Pierre Delatour incarné dans son rêve = L’autre

Personnage débarquant dans le rêve = L’éclaireur

================

L’autre : Être ou ne pas être ? Telle est la question !

L’autre regarde le dormeur qui remue dans son sommeil.

L’autre (monologue) : Si je dors… Si je dors et que mes pensées ne sont plus miennes et sont le produit de mon subconscient, sont-elles toujours mes pensées propres ? Suis-je le encore le produit de mes pensées ? Dois-je les reconnaître comme étant mes pensées ? Mes pensées ordinaires et connues, qui en période d’éveil, sont construites, pleines de bon sens et soumises à mon approbation. Mes pensées que je perçois, que je formule, que je fabrique, que je structure et que je modifie. Mes pensées sur lesquelles j’ai un contrôle et qui font que je SUIS CE QUE JE SUIS ! Les pensées de Pierre Delatour ! Suis-je ou ne suis-je pas Pierre Delatour, homme doué de conscience et de raison, quand je n’ai plus de contrôle sur les pensées qui me passent par la tête ? Eh oui ! Parce qu’en rêvant, mes pensées deviennent hors de contrôle. Elles deviennent saugrenues et n’ont plus ni queue ni tête ! Ces pensées ne me ressemblent PLUS DU TOUT ! Elles n’ont, dés lors, absolument rien à voir avec ce que je suis ! Rien à voir avec le « Pierre Delatour » que je suis en journée ! Un homme pragmatique et logique ! Un homme qui n’est pas du genre à laisser ses pensées divaguer, errer ou même vagabonder !

Quelqu’un survient par l’arrière.

L’éclaireur : Et pourtant, monsieur ! Ces pensées produites malgré vous, sont bel et bien les pensées de Pierre Delatour ! Quoi que vous en pensiez, elles vous appartiennent et se revendiquent de vous, puisqu’elles découlent du fonctionnement de VOTRE cerveau et constituent ce QUE VOUS ÊTES !

L’autre : Ah ! Mais non !

L’éclaireur : Ah ! Mais si, monsieur ! Si la pensée est le fondement de l’homme, alors vos pensées, quelles qu’elles soient, vous classifient en tant qu’humain et s’identifient à Pierre Delatour !

L’autre : Ah ça ! Mais non ! Je ne suis d’aucune manière, le dépositaire des pensées constitutives à un état de sommeil. D’ailleurs, si je vous racontais quelques uns de mes rêves les plus farfelus, vous verriez bien que ces pensées loufoques et indépendantes de ma volonté, n’ont absolument rien à voir avec moi ! Ah ça non, alors ! Rien à voir du tout ! J’en suis même honteux !

L’éclaireur : Eh pourtant, monsieur. Le dédale de vos pensées nocturnes est le fruit de votre activité cérébrale, de votre mental, de vos expériences quotidiennes, de vos questionnements et de vos émotions multiples. Ces pensées volages, bien qu’elles vous échappent, et soient brassées puis redistribuées par votre subconscient, tirent leur origine de vos raisonnements lucides et sont alimentées par votre physiologie. Indirectement, vous en restez l’auteur et le seul responsable !

L’autre : Non ! Non et Non ! Pierre Delatour est un homme qui dirige ses pensées tout comme il dirige sa vie, son foyer, ses enfants et aussi son entreprise ! Si comme vous le dites, je suis le fruit de mes pensées, alors permettez que je choisisse quelles sont MES pensées et quelles ne sont pas MES pensées ! Un homme d’action tel que moi, ne se laisse pas manipuler par des pensées de ci de là ! Non ! Au contraire, un homme comme moi, manipule SES pensées ! Il a une action sur SES pensées et les contraint à SA propre volonté ! Il n’en est pas tributaire !

L’éclaireur : Croyez-vous monsieur, que même « éveillé« , vous soyez totalement et toujours maître des pensées qui traversent votre tête ? Le pensez-vous vraiment ?

L’autre : Oui ! Assurément, oui !

L’éclaireur : Certain ? En êtes-vous tout-à-fait certain ? N’avez-vous jamais de pensées ennemies ou de pensées embarrassantes ? Des pensées opposées à vos jugements habituels ? Des pensées négatives, lugubres, noires, déprimantes ou dégradantes ? Des pensées honteuses ou injustes ? Des arrière-pensées ? Des pensées dépassées ? Des pensées effrayantes ou bien incohérentes ? De fausses pensées ? Des pensées inavouables ? Monsieur ! Êtes-vous absolument et systématiquement d’accord avec vos pensées intérieures ? Vos pensées vous correspondent-elles TOUJOURS ?

L’autre : Non, pas toujours… En y réfléchissant, je ne nourris pas toujours de bonnes pensées. Mais ENFIN ! La plupart du temps, je veille et je garde le contrôle de mes pensées !

L’éclaireur : La plupart du temps ? !

L’autre : Bon, c’est vrai que mes pensées intimes et secrètes sont parfois, loin d’être de nobles et de glorieuses pensées. Quand elles se mettent dans un coin de ma tête et refusent d’en partir, j’essaie de les remplacer par des pensées positives et raisonnables. Hélas ! Pour être franc, je ne parviens pas toujours à les déloger et les chasser de mon esprit. Quelques-unes s’incrustent, et malgré moi, elles se déploient et contaminent le reste de mes pensées. Ah ça ! Il me faut bien l’avouer, je n’ai pas toujours le dernier mot avec les pensées rebelles. Je n’ai pas toujours la bonne attitude avec celles qui investissent ma tête sans aucune permission.

L’éclaireur : Continuez monsieur, vous m’intéressez. Livrez-moi le fond de votre pensée, car je sens bien que vous et moi, nous avançons et nous évoluons dans notre réflexion.

L’autre : Vous livrez quoi ? Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit ! L’homme est le produit de ses pensées réfléchies, NON PAS de ses quelques pensées EXTRAVAGANTES ou DIVAGANTES ! L’homme est un “être pensant” qui pense intelligemment, un point c’est tout !

L’éclaireur : Un point c’est tout ?

L’autre : Oui ! Un point c’est tout !

L’éclaireur : Eh bien, nous voici dans l’exemple type de la pensée unique ! Pour Pierre Delatour, l’homme se définit par rapport aux pensées qui l’animent et le composent. Des pensées avec lesquelles il interfère et sur lesquelles il a une action, un point c’est tout… Mais alors, si je pars de ce principe et que je m’appuis sur cette pensée, que faites-vous de tous ceux qui sont en incapacité physique ou mental de pouvoir penser intelligemment ou consciemment ? Selon vous, faut-il toujours considérer ces personnes en tant qu’êtres humains, étant donné qu’elles sont dépendantes d’un cerveau qui les maintient en vie et alimente leur organisme ? Ou bien faut-il les assimiler à des objets, ou à des animaux sans âme ni conscience ?

L’autre : Je n’ai jamais médité là-dessus. À vrai dire, je ne sais pas. Je n’ai pas de réponse. Et vous, qu’en pensez-vous ?

L’éclaireur : Je pense que réduire l’homme à sa seule pensée est beaucoup trop simpliste et réducteur. L’homme est un être complexe qui n’est pas uniquement définit par la pensée qu’il choisit ou par le flux de pensées qui traversent son esprit en non-stop. Sinon, que ferions-nous des personnes dans le coma ? Comment définirions-nous leur mode de pensées contrariée en ne sachant même pas, pour certains, s’ils pensent encore et comment ils pensent ?

L’autre : Eh bien…

L’éclaireur : Si je poursuis votre argumentation de départ, cela voudrait dire qu’une personne dans le coma, c’est à dire « dans un état permanent de non éveil« , ou bien une personne ayant un cerveau endommagé et dépourvu de ses fonctions cognitives, ne serait plus un « homme pensant« . Il serait donc, toujours selon votre pensée, déclassifié à l’intérieur de la société des hommes. D’après vous, dans quelle catégorie alors, faudrait-il classer les sans-mémoires et leurs pensées oublieuses, les malades psychiques et leurs pensées bizarres, irréelles ou tordues, les simples d’esprit ou les retardés mentaux et leurs pensées d’enfants, les expérienceurs ayant gardé une certaine conscience aux frontières de la mort ?

L’autre : Eh bien… Je ne sais pas…

L’éclaireur : Vous n’avez pas de réponse ?

L’autre : Non…

L’éclaireur : Vous n’avez pas de réponse, parce que vous êtes en train de comprendre que tout homme, quelle que soit sa condition physique, mentale ou psychologique, même s’il pense mal ou pense différemment, comparaît à la majorité pensante, il pense malgré tout et invariablement. Qu’ainsi, même si ses pensées sont déconstruites, générées par des stimuli et en dehors de sa volonté, il continue d’être « un homme pensant« , et donc il continue d’ÊTRE ! Pour votre information, le seul moment où le cerveau ne pense plus, c’est lorsqu’on est mort.

L’autre :En somme, je suis donc je pense, et je pense donc je suis !

L’éclaireur : Descartes disait « exister c’est penser, et penser c’est exister« . Dans les Méditations métaphysiques (Seconde méditation) il affirmait : « Je suis, j’existe : cela est certain. Mais combien de temps ? A savoir, autant que je pense, car peut-être se pourrait-il faire, si je cessais de penser, que je cesserais en même temps d’exister ». Et concernant l’animal qui n’est pas considéré comme un « être pensant« , Descartes disait : « Bien que je tienne pour démontré qu’on ne peut prouver qu’il y a une pensée chez les bêtes, je ne crois pas cependant qu’on puisse démontrer qu’il n’y en a pas, parce que l’esprit humain ne pénètre pas leur cœur. » Il parlait aussi de ce « malin génie«  capable de tromper l’homme sur l’existence du monde extérieur. Ce malin géniequi semait le doute dans l’esprit de l’homme. Qui pouvait lui faire croire que le monde qu’il pensait réel, pouvait être faux ; tronqué par des pensées mensongères et insinuées. Voyez-vous monsieur, en ce moment même, peut-être, croyez-vous dialoguer intelligemment, alors qu’autour de vous, tout n’est en fait qu’illusion, miroir de l’âme et travail du subconscient. Peut-être n’êtes-vous qu’un simple leurre de vous-même… Une inexistence…

L’autre : Mais à la fin, qui êtes-vous pour me donner des leçons sur QUI JE SUIS, et pour me faire croire que je n’existe pas ?

L’éclaireur : Je suis votre conscience, monsieur. Et tandis que nous devisons, vous dormez… Vous vous trouvez dans ce qu’on appelle la « phase paradoxale« . Vous êtes à ce moment de l’endormissement où les rêves sont actifs.

L’éclaireur se retire du devant de la scène.

L’autre : Hein ? Quoi ? Comment ? Mais…

À cet instant, l’homme endormi se réveille en sursaut et s’assied dans son lit. Il est comme hébété. Après un temps de silence, une voix au loin, comme une petite voix dans sa tête, se fait entendre…. C’est la voix de l’éclaireur.

L’éclaireur : Pierre… Pierre Delatour… Que vous soyez endormi ou réveillé, vous n’avez pas cessé d’être qui vous êtes. Durant votre sommeil, vous êtes resté le même homme, mais dans un état de conscience différent… tout simplement. Pierre Delatour, vous êtes l’ensemble de vos pensées. Bonnes ou mauvaises, vos pensées sont vôtres, mais vous avez la possibilité de faire un tri parmi celles qui vous nuisent et vous freinent. Vous avez la possibilité de leur interdire de s’enraciner dans votre esprit. Pierre Delatour, vous qui êtes le garant de votre vie et le bon gérant de votre entreprise, apprenez que vous pouvez devenir le gestionnaire de vos pensées ! Oui ! Comme le dit le vieil adagevous ne pouvez pas empêcher l’oiseau de la tristesse de voler au-dessus de votre tête, mais vous pouvez l’empêcher de faire son nid dans vos cheveux”.

FIN !

By Christ’in (Tous droits réservés)

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