L’HOMME, UN ANIMAL COMME LES AUTRES ? (texte de théâtre)

9 Personnages en scène (parfois, ils interviennent en duo, en trio ou plus…) Adossée à la vitrine de boissons fraîches, une dame est à la cafétéria. Un verre d’eau à la main, et lisant une brochure, elle se questionne à voix-haute (se croyant seule). Alors qu’elle ne l’avait pas remarqué, un homme posté à quelques mètres d’elle, vient répondre à son interrogation.

Femme = Agnostique et interrogative – Le scientifique = Scientifique évolutionniste et anticlérical – Le neurobiologiste = Neurobiologiste et créationnisme (Pour lui, Dieu est reconnu comme Créateur, mais la création a poursuivi son cours par la suite et continue d’évoluer) – J-homme = Électron libre, audacieux et amusant – Le chrétien = Chrétien créationniste littéraliste (lecture littérale de la Bible) – Le laïque = Laïque et cartésien – L’adapte du New-âge = Adepte du New-âge – L’humaniste = Humaniste, adepte du transhumanisme – L’écologiste = Écologiste, défenseur de la nature et des droits des animaux.

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Femme : L’être humain est-il un animal comme les autres ? Mmm… Qui saurait répondre à ça ? Mmm… à qui pourrais-je m’adresser ? En tous les cas, pas à Yvan. Sa réponse, je la connais déjà.

(L’homme avec une blouse pliée et portée sur l’avant-bras, un curieux chapeau sur la tête et des lunettes sur le bout du nez, sort de l’ombre)

Le scientifique : Moi, je le peux !

(Surprise, la femme sursaute et lâche son gobelet en plastique)

Femme : Oh !

(L’homme pose la main sur sa poitrine et se penche légèrement sur l’avant)

Le scientifique : Désolé. Je ne voulais pas vous effrayer. Tout va bien ?

(La femme ramasse son gobelet et va le jeter dans la poubelle)

Femme : Ça va… ça va… Heureusement, mon verre était vide…

Le scientifique : Je vous ai entendu vous questionner depuis le couloir et j’ai cru bon d’intervenir.

Femme : Ah ?

(La femme regarde en direction du couloir, puis vers la porte ouverte)

Le scientifique : Oui…

Femme : J’ai la fâcheuse habitude de penser tout haut.

Le scientifique : Et moi, j’ai l’ouïe particulièrement fine.

Femme : Ah ? Bien… Et mon questionnement vous intéresse ?

Le scientifique : Absolument !

Femme : Parfait ! On peut donc dire que vous tombez à pic !

Le scientifique : Oui, on peut même dire que je suis l’homme de la situation, car j’ai personnellement et particulièrement étudié ce sujet !

Femme : Eh bien, il semblerait que le hasard fasse bien les choses, puisque vous étiez là au moment précis où je m’interrogeais !

Le scientifique : Point de hasard, chère madame ! Point de hasard ! Tout a une explication rationnelle, je puis vous l’assurer !

Femme : Si vous le dites…

Le scientifique : Convaincu de cela, je le suis ! Tout autant que je peux vous certifier que l’homme est bel et bien un animal !

Femme : Eh bien, j’attends donc vos arguments…

Le scientifique : Tout d’abord, laissez-moi vous parler du grand spécialiste Charles Darwin.

Femme : Ah, un darwinien… Évolutionniste, je suppose ?

Le scientifique : Tout juste ! Mais permettez-moi, avant d’aller plus loin, de d’abord me présenter à vous. Je suis, Huicentsoixante Patrick, docteur es-science évolutive.

(L’homme montre son badge sur lequel est écrit son nom et sa fonction)

Femme : Athée, je suppose ?

Le scientifique : Bien évidemment… Définitivement et heureusement, totalement athée !

Femme : Mmm… Évidemment…. Et dites-moi monsieur Huicentsoixante Patrick, comment dois-je vous appeler ? Docteur ? Professeur ? Monsieur Huicentsoixante ? Monsieur Patrick Huicentsoixante ? Monsieur ?

Le scientifique : Si vous le permettez, mon nom se prononce Hu-I-centsoixante.

(En référence à un QI de 160)

Femme : Ah…

Le scientifique : Oui, mais précision apportée, vous pouvez simplement m’appelez « Docteur« .

(L’homme enfile sa blouse par-dessus ses vêtements, et l’ajuste avec orgueil)

Femme : Très bien, Docteur Patrick Hu-I-centsoixante.

(Sourire du scientifique qui bombe le torse)

Le scientifique : « Docteur« . Simplement « Docteur » chère madame.

Femme : Parfait, Docteur.

Le scientifique : Et vous ? Vous êtes ?

Femme : Agnostique.

Le scientifique : Plaît-il ?

Femme : Moi, je suis agnostique et je m’appelle Ninon Niouy. Mon prénom est Ninon et mon nom est Niouy avec un « y« .

Le scientifique : Enchanté, madame Ninon Niouy.

(Ils se serrent la main)

Femme : Mademoiselle.

Le scientifique : Pardon, chère demoiselle.

Femme : Donc, comme je vous le disais, je suis agnostique, mais en quête de certitudes.

Le scientifique : Comme je vous comprends ! Le doute nuit à l’avancement de la science. Seules les convictions sont utiles au progrès ! Des recherches, des travaux, des affirmations ! Voilà ce qui permet à une société d’évoluer intelligemment !

Femme : Mmm… Attendu que le propre de l’homme est de se poser des questions existentielles, il apparaît normal que je m’interroge sur la nature humaine et sur la condition de l’homme.

Le scientifique : Mais bien sûr, chère mademoiselle, il faut s’interroger ! Socrate disait justement qu’une vie sans examen ne valait pas la peine d’être vécue. Et puis, s’interroger est le propre de l’homme. Lui seul possède le logos ! Le verbe ! La parole !

Femme : Vous me semblez très érudit.

Le scientifique : Mon cerveau est mon meilleur allié ! (sourire de connivence et époussetage du revers de blouse)

Femme : Docteur ! Sans conviction d’un côté ou de l’autre, je ne parviens pas à déterminer si l’homme est réellement homme, ou bien s’il est un animal comme les autres ? Jusqu’à présent je me contentais d’un mélange de ces deux pensées, je prenais un peu de ci, puis un peu de ça, ou bien alors au gré du temps et des humeurs, je penchais d’un côté, puis de l’autre sans jamais réussir à trancher. J’ai, aujourd’hui, besoin de me positionner, mais comment choisir ? Comment savoir ? Comment être absolument certaine ?

Le scientifique : Mademoiselle Niouy, de par mon savoir, je suis en mesure de vous apporter les éléments qui vous feront dire que l’homme est assurément un animal !

Femme : Ce serait heureux, Docteur. Je me questionne depuis tellement d’années….

Le scientifique : C’est facile, c’est scientifiquement prouvé ! D’ailleurs, tout comme l’avait formulé en son temps, notre éminent spécialiste et précurseur de la théorie de l’évolution, le bien connu Charles Darwin, l’homme porte en lui, la marque indélébile de son origine animale.

Femme : Bon, admettons que l’homme soit effectivement un animal, il n’en est pas pour autant une bête ?

Le scientifique : Non, pas une bête primaire telle que vous et moi l’entendons, mais plutôt une bête évoluée. Il faut savoir que l’homme partage 99% de son ADN avec le singe bonobo. Ce constat est significatif ! Les chiffres parlent d’eux-mêmes !

Femme : 99% ? Eh bien !!! Malgré le fait que l’homme se conduise de temps à autre, comme un primate et que son physique ressemble vaguement à celui des grands singes, je ne suis guère rassurée de nous savoir aussi proches génétiquement des bonobos. Car tout de même, mis à part ces quelques similitudes, il y a de grandes différences entre les humains et cette espèce de chimpanzés copulateurs. Entre eux et nous, il y a pour ainsi dire, un fossé de la taille d’un gouffre. Sans remettre en cause vos chiffres Docteur, vous reconnaîtrez que cet accouplement instinctif et débridé caractérisant le bonobo, est très éloigné de nos comportements humains ! L’homme se maîtrise lui ! Vos 99% sont certes, significatifs, mais le 1% restant me semble capital. Il nous différencie de l’animal, et c’est heureux ! Votre argument ne me convainc pas vraiment.

Le scientifique : Les faits sont pourtant là, mademoiselle ! Eh oui ! Même si cela vous gène, vous surprend ou vous effraie, nous sommes bel et bien des cousins du singe !

Femme : Mmm… Un cousin… Un cousin, peut-être, mais un cousin très éloigné alors… Que pensez-vous de ceux qui prétendent que l’homme descend directement du singe ? Moi, je ne trouve pas cela logique, sinon pourquoi y-aurait-il encore à notre époque, des singes encore à l’état de singe ? Qu’en pensez-vous Docteur ?

Le scientifique : C’est une erreur ! Le grand naturaliste Charles Darwin, n’a jamais dit que le singe était notre ancêtre ! En revanche, il a dit que l’homme et le singe avaient un ancêtre commun. Ce qui n’est pas tout-à-fait la même chose.

(Un nouveau personnage avec une blouse blanche ouverte et un nœud papillon, s’introduit sur scène.)

Le neurobiologiste : Pardonnez mon intrusion, mais je passais dans le couloir quand j’ai entendu votre conversation. J’ai quelques connaissances sur le sujet et j’aimerais beaucoup vous en faire part.

Femme : Faites monsieur ! Faites !

Le neurobiologiste : Merci ! En premier lieu, je voudrais rectifier l’erreur des 99% mentionnées – qui sont en réalité 98,7 %, de gênes communes entre les hommes, bonobos ou chimpanzés – et préciser que ces pourcentages ne justifient nullement l’animalité chez l’être humain. Pour preuve, la souris est à 80 % sapiens, et les mouches et les bananes le sont à 50%. Cela ne signifie pas que nous sommes des fruits pour moitié, ni qu’il faille deux mouches pour faire un homme !

Le scientifique : Monsieur ! Qui êtes-vous donc ? Qu’est-ce qui vous autorise à contester mes paroles ? 

Le neurobiologiste : Excusez mon ingérence, mais il ne m’était pas possible de laisser dire de telles inepties ! Cette dame ne peut baser son opinion sur des théories suggestives et non prouvées ! Monsieur ! Même si vous reprenez les propos de scientifiques célèbres, vos allégations sont de simples suppositions, et vous ne pouvez les vendre comme vérité scientifique ! Ce ne serait pas juste ! D’autant que Darwin lui-même, s’est contredit dans ses affirmations.

Le scientifique : Ah, ça monsieur ! Je ne vous autorise pas à salir le nom de ce grand naturaliste qui a révolutionné la biologie et fait faire un bond considérable à la science ! Ah ça non, monsieur ! Monsieur ? Monsieur comment, au fait ?

Le neurobiologiste : Monsieur Poste ! Henri Poste, neurobiologiste américain et fervent défenseur du créationnisme, mais néanmoins ouvert à la continuité et à l’évolution du monde vivant post-création.

Le scientifique : Huicentsoixante Patrick, qui se prononce Hu-I-cent soixante.

(Les deux hommes hochent du chef pour se saluer. Les salutations sont froides et distantes)

Le neurobiologiste : Monsieur !

Le scientifique : Monsieur ! Mmm… Dites-moi donc monsieur Poste, je ne crois pas vous connaître… Le  monde scientifique est assez petit, cependant votre nom ne me dit rien. Quelles sont vos références ? Vos travaux de recherche ? Où donc avez-vous étudié ? Où exercez-vous ?

Le neurobiologiste : Monsieur ! Monsieur ! Vous vous égarez ! Nous ne sommes pas là pour étaler notre culture ni pour comparer nos diplômes. L’urgence est d’éclairer cette dame et, en tant que professionnels, nous sommes en devoir de le faire !

Femme : Certes messieurs, j’attends que vous m’éclairiez de vos lumières. Je suis tout ouï, alors développez-moi vos arguments.

Le neurobiologiste : La parole m’étant donnée, j’aimerais revenir sur le singe dont vous discutiez avant mon arrivée, et spécialement sur ce célèbre fossile nommé Lucy. Vous savez, ce fossile sur lequel vos amis évolutionnistes ont appuyé leurs théories ? Ce fossile qui était incomplet, attendu que ses pieds étaient absents. Et alors que techniquement, personne ne pouvait affirmer que Lucy était bipède, nous la vîmes se déplacer debout dans vos reconstitutions vidéo. Ah, cette « chère mémé Lucy » qui marchait à quatre pattes et s’est redressée pour regarder par-dessus les herbes hautes ! Après analyse du reste du fossile, la science admit que cette « chère mémé Lucy » était une variété de singe, mais bien évidemment, sans en aviser le grand public. Ainsi, un grand nombre de personnes persiste à croire que Lucy est une arrière-arrière grand-maman. Oh ! Je ne dis pas qu’il s’agit d’une manipulation de masse. Non, non… Mais enfin… cela s’en rapproche…

Le scientifique : Tout n’est pas aussi simple que vous le prétendez monsieur Poste ! Non, pas aussi simple !

Le neurobiologiste : N’interchangez pas les rôles, monsieur Huicentsoixante ! C’est vous les évolutionnistes qui avaient coutumes de nous simplifier les pensées en nous faisant croire n’importe quoi ! C’est vous qui nous parlez de nouvelles découvertes qui, dans le temps sont réfutées mais jamais démenties officiellement ! C’est vous qui passez allègrement du coq à l’âne, et du protozoaire à l’homme moderne avec de belles histoires bien racontées ! Tiens, et puisqu’on en parle de vos fables évolutionnistes ! Que dire de “l’Hesperopithecus haroldcooki”, appelé communément « l’Homme de Nebraska« ? Quid de ce ramdam médiatique basé sur une simple molaire ? Quid des représentations supposées de cet « Homme de Nebraska » et de sa compagne, qui furent largement diffusés dans les médias et donnés pour vérité scientifique, jusqu’à ce qu’en 1928, on s’aperçoive que la dent provenait d’une espèce éteinte de porc ? Mmm… Un cochon sauvage, pour être exact… Quid de cette histoire montée de toutes pièces ? Tsss… Comme d’ordinaire, l’erreur ne fit pas la une des journaux. La vérité fut cachée au grand public. Encore une de vos tromperies passées sous silence ! 

Le scientifique : Je ne vous permets pas !

Le neurobiologiste : Que cela vous heurte ou pas, monsieur Huicentsoixante, l’homme est homme et crée à l’image de Dieu, tandis que le singe est créature de Dieu, mais de nature animale ! 

Le scientifique :        Dieu ! Dieu ! Dieu à toutes les sauces ! Vous les fondamentalistes rétrogrades et bloqués sur vos croyances ancestrales, laissez donc la science faire son travail ! Ne vous en déplaise, nous sommes bel et bien des animaux ! Certes, particuliers et différenciés, mais des animaux de la famille des mammifères ! 

Le neurobiologiste : Faux ! Nous ne sommes pas des mammifères ! Monsieur ! L’homme n’est ni un singe savant devenu bipède parce que son lieu de vie l’y contraignait, ni le produit d’un sac de gènes, ni une espèce de poisson-batracien, ni une banane, ni de la poussière d’étoiles, ni quoi que ce soit de cet ordre ! C’est un être unique, créé à l’image de Dieu et selon sa ressemblance ! 

Le scientifique : Si je m’en réfère à votre fameuse Bible, il est noté que c’est pourtant parmi les animaux que votre Adam a cherché son vis-à-vis. C’est donc bien la preuve que cet Adam était lui-même un animal !

Le neurobiologiste : Erreur ! Erreur grossière ! Après avoir nommé les animaux, l’Adam s’est aperçu qu’aucun d’eux ne pouvait être son partenaire et son égal, puisque Dieu l’avait créé homme à son image ! 

Le scientifique : L’homme est le fruit du hasard ! Et comme on dit que le hasard fait bien les choses, le hasard conçut un organisme vivant amenant à l’être humain ! Il n’y a aucune sorte d’intervention divine là-dedans ! Il n’y a pas de créateur ! Pas d’architecte ! Pas de concepteur ! Pas d’intelligence supérieure, ou quoi que ce soit de cet ordre à la genèse de l’homme ! L’homme est un formidable accident, mais un accident tout de même ! 

Le neurobiologiste : Le hasard n’existe pas, monsieur Huicentsoixante ! Il s’agit uniquement de rendez-vous divins ! Pour votre information, je crois que l’univers et tout ce qu’il englobe, est une volonté de Dieu et fut créé par Sa parole ! Oui ! Je crois que toutes choses visibles et invisibles – dans les cieux et sur la Terre – furent créés par Lui et pour Lui ! 

 Le scientifique : Il n’y a pour l’homme, pas d’avant et pas d’après ! Il n’y a pas de sens à l’existence de l’homme, et vous devez l’accepter en lâchant la main de votre bon papa du ciel ! (ton ironique)

Le neurobiologiste : Je vous plains, monsieur Huicentsoixante. Votre vision du monde athée selon laquelle la vie s’est développée sans Dieu et sans but, est triste et peu enviable… Quant au hasard ? Bossuet citait « Ce qui est hasard à l’égard des hommes, est dessein à l’égard de Dieu… » Pas de hasard, monsieur… Pas de hasard…

Le scientifique : Le hasard ! Toujours le hasard et rien que le hasard ! Mais laissez-moi mon hasard, vous qui soutenez que votre Dieu a créé l’univers à partir de rien ! Ex Nihilo Nihil fit, rien ne vient du néant, monsieur ! Absolument rien !

Le neurobiologiste : Si ! Bien sûr que si ! La création a démarré à partir du néant ! L’univers n’existe pas depuis l’éternité, il a un commencement. Quant à l’Adam – né de la poussière et crée à l’image de Dieu – il représente la création ultime dans l’œuvre de Dieu. L’Adam, qui tout comme nous, existait dans la pensée de Dieu avant d’être tiré du sol.

Femme : Messieurs, vos convictions me rendent jalouse ! Dieu m’interpelle tout autant que la science, et je ne cesse d’osciller entre croyances, raison, superstitions, spiritualités diverses et transcendance de l’âme… Dans cette recherche, je me souviens, un jour, être tombée sur une réflexion de Saint-Thomas d’Aquin qui plaçait l’homme à cheval entre l’ange et la bête. De l’ange, disait-il, l’homme a l’esprit, l’intelligence, la volonté et l’immortalité ; de l’animal, il a tout le reste : les passions, l’instinct, les sentiments ; quant à la mortalité, il l’a aussi, mais d’une façon qui n’est pas définitive. À l’époque, cette réflexion m’avait troublé et questionné sur l’espérance… Sur l’éternité…

Le scientifique : Pfft… Nous voilà à discourir avec les Saints, maintenant ! Mademoiselle, s’il vous plait, vous serait-il possible de m’épargner ce genre de discours de sacristie et d’arrière-cour de patronage ? J’ai suffisamment affaire avec monsieur Poste et son Dieu créateur !

Le neurobiologiste : Monsieur ! Je m’interpose ! Je ne vois pas en quoi la Foi serait incompatible avec la théorie de l’évolution ? Des milliers de scientifiques – qu’ils soient évolutionnistes ou créationnistes – vivent fort bien cette cohabitation. Pour la simple raison que la science explique le « comment » du monde, et que la religion tente d’élucider le « pourquoi ». Eh oui ! Martin Luther King, lui-même, déclarait, il peut y avoir conflit entre hommes de religion à l’esprit débile et hommes de science à l’esprit fermé, mais non point entre science et religion. La science recherche, la religion interprète. La science donne à l’homme une connaissance qui est puissance ; la religion donne à l’homme une sagesse qui est contrôle. La science s’occupe des faits, la religion s’occupe des valeurs. Science et religion ne sont pas deux rivales. Elles sont complémentaires. La science empêche à la religion de sombrer dans l’irrationalisme impotent et l’obscurantisme paralysant, tandis que la religion retient la science de s’embourber dans le matérialisme suranné et le nihilisme moral. Voyez-vous, monsieur Huicentsoixante, « science et religion » vont de pair et se complètent.

Le scientifique : Se complètent… Se complètent… C’est vous qui le dites ! Moi, je m’en passerais volontiers des grenouilles de bénitiers ! La plupart sont des religieux coincés à l’esprit étroit ! Des intolérants qui ralentissent le progrès, quand ils ne le font pas reculer ! Tsss !

Le neurobiologiste : Au cas où vous l’auriez oublié, monsieur Huicensoixante. Je vous rappelle que votre éminent Darwin a étudié dans une école anglicane. Il m’est souvenir que lors de ses premières années d’école, il mentionnait dans son autobiographie « devoir souvent se hâter arriver à l’heure, et que bien que se sachant capable de courir lestement, dans le doute, il priait sincèrement Dieu pour lui permettre d’aller encore plus vite ». Ainsi, il écrivait « reconnaître que son succès lui venait de ses prières plutôt que de sa course rapide« . Il notait aussi « que la manière dont Dieu l’aidait, l’impressionnait beaucoup ». Dites-moi, monsieur Huicentsoixante, cette façon d’agir de la part de votre grand évolutionniste, vous aurait-elle échappé ? Vos connaissances sur lui, se bornent-elles uniquement à ce qui vous intéresse ?

Le scientifique : Monsieur Poste, c’est vous qui n’indiquez que ce qui vous intéresse ! C’est vous qui bifurquez sur le terrain de l’obscurantisme, tandis que je parle de science ! Pour votre gouverne, Charles Darwin a de nombreuses fois, manifesté son désaccord avec la Bible. Il disait haut et clair, être peu à peu parvenu à la conviction que l’Ancien Testament – à cause de ses récits manifestement erronés – n’était guère plus crédible que les livres actuels des hindouistes ou que les croyances barbares ! 

Le neurobiologiste : Que nenni monsieur ! Bien que Darwin ait rejeté le Dieu personnel du christianisme, il s’est attaché à Dieu en tant « qu’Architecte Suprême« . Pour preuve, il a quitté le théisme pour aller vers le déisme. Ah monsieur ! N’est pas plus sourd que celui qui refuse obstinément d’écouter ! Ah ça ! Bien que je ne sois ni rabelaisien ni humaniste, François Rabelais disait que science sans conscience n’était que ruine de l’âme. À mon grand désespoir, cela se vérifie fréquemment…

Le scientifique : Dites donc, monsieur Poste ! Vous paraissez en savoir beaucoup sur Charles Darwin. Mmm… je m’interroge. L’homme, éveillerait-il votre intérêt ?

Le neurobiologiste : Pas mon intérêt ! Ma curiosité ! De surcroît, je ne suis pas homme à rapporter des faits sur des « on-dit« . Je suis quelqu’un qui cherche, qui s’informe, qui se documente et vérifie. Je me renseigne toujours avant de parler et d’évoquer quelque-chose ! Tsss… ce n’est pas le cas de tout le monde…

Le scientifique : Vos insinuations me laissent de marbre, monsieur ! De plus, pour quelqu’un qui croit en un Dieu invisible, je trouve cela cocasse… (Soupir persifleur)

Le neurobiologiste :  « Heureux ceux qui n’ont pas vue et qui ont cru » !   Certes, je crois que tout ce qui visible tire son origine de l’invisible, mais cela ne fait pas de moi un illuminé sans cervelle ! Ne mélangez pas tout, monsieur ! Ne faites pas d’amalgame !

Le scientifique : Mmm… Passons… En lisant Charles Darwin, auriez-vous négligé le passage où il mentionne que l’homme, dans son arrogance, pense de lui-même qu’il est une grande création digne de l’intervention directe d’un Dieu, mais qu’il serait plus juste de considérer qu’il a été créé à partir des animaux ?

(Rire moqueur et air dédaigneux)

Le neurobiologiste : Pfft… Continuez à boucher vos oreilles et à ne saisir que ce que bon vous semble…

Le scientifique : Ce que je veux, monsieur Poste, c’est que vous compreniez que l’homme est un animal ! Que cela vous plaise ou pas, l’homme est  un animal ! Fin de l’histoire !

Le neurobiologiste : Non ! Non ! Pas, « fin de l’histoire » ! Vous et moi sommes responsables de nos paroles, et pour se faire sa propre opinion, cette charmante personne doit connaître la vérité ! Toute la vérité ! (Se tournant vers la femme) N’est-il pas ?

Femme : Si fait, monsieur Poste. C’est évident et je vous remercie de le préciser. Toutefois, je profite que vous m’interpelliez pour signaler que tous les deux, vous vous êtes éloignés du sujet de départ. En prime, j’ai la sensation d’assister à une guerre de clochers, plutôt qu’à un débat d’idées. Comment suivre, quand chacun tire la couverture à lui et campe sur ses positions ? Cela m’est difficile. Par conséquence, je propose que nous revenions sur mon interrogation d’origine. Qu’en pensez-vous ?

Le scientifique : Soit !

Le neurobiologiste : Soit !

Femme : Bien. Tout d’abord, il serait judicieux de définir précisément ce qu’est un « ‘animal« . Mon dictionnaire de poche devrait faire l’affaire… Mmm… Voyons voir… Ah ! J’ai trouvé ! Tiens au mot « animal« , il est donné deux définitions. La première, dit qu’un animal est un être vivant formé d’une ou de plusieurs cellules possédant des caractères constants, et qui, outre les caractères généraux de tout être vivant (croissance, métabolisme, reproduction), possède des caractéristiques spécifiques, surtout sous ses formes pluricellulaires (sensibilité, motilité, hétérotrophie).

Le scientifique : Ah ! Nous y voilà ! Il est dit que par leurs similitudes, l’animal et l’homme ne font qu’un ! 

Le neurobiologiste : Vous extrapolez monsieur Huicensoixante ! Ce n’est pas ce qui est écrit !

Femme : Messieurs, attendez avant de discourir. Je n’ai pas terminé. La deuxième définition, dit que l’animal est un être animé, considéré comme dénué de raison et ne possédant pas les caractéristiques de l’espèce humaine (langage articulé, fabrication des outils, fonction symbolique, etc.).

Le neurobiologiste : Ah vous voyez ! Il est écrit que l’homme et l’animal sont de natures distinctes ! 

Femme : Eh bien messieurs, force est de constater que la première définition nous classifie en tant qu’animaux, alors que la deuxième, tend à nous en différencier. Il va me falloir encore vos lumières pour y voir clair et parvenir à trancher. Mmm… Monsieur Huicentsoixante, plusieurs questions me tarabustent. Quel est donc ce protozoaire dont vous parliez précédemment ? L’homme n’est-il qu’un assemblage biologique ? Possède-t-il des caractéristiques qui le distinguent radicalement des autres animaux ? Quelles sont les spécificités typiquement humaines et typiquement animales ? Notre différence vient-elle du fait que nous parlions, que nous raisonnions, que nous rêvions ? Les animaux rêvent eux aussi. Et puis, ils parlent… Enfin, à leur manière… Sauriez-vous me répondre ?

Le scientifique : Non seulement, je le peux, mais je le veux, mademoiselle ! 

Femme : Bien…

Le scientifique : Pour répondre à votre première question,  je vais vous expliquer les origines de la vie et vous parler de l’organisme vivant apparu par l’abiogenèse.

Femme : La quoi ????

Le scientifique : L’abiogenèse ! Cela signifie que la vie s’est crée d’elle-même à partir de la matière non-vivante.

Femme : Ah….

Le neurobiologiste : C’est ça ! Allez, ni vu ni connu je t’embrouille avec mes théories vaseuses et abracadabrantes ! 

Le scientifique : Pardon ?

Le neurobiologiste : Mais oui ! Mais oui ! Je la connais votre sérénade chantée sur tous les toits de France et de Navarre ! Je les connais vos beaux discours encravatés et vos florilèges de jeux de mots enrubannés ! Je les connais vos ennuyeuses conférences durant lesquelles vous ne manquez jamais de vous moquer de ces « imbéciles de créationnistes » avec l’aval d’un public rieur et conquis d’avance ! Ah ça ! Il vous plait d’ironiser sur ces « ignares de croyants » pour mieux les décrédibiliser, et vous faire passer pour les têtes pensantes et les « sages » de ce pays ! Mais apprenez monsieur, que nos cerveaux ne nous ont pas été ôtés à notre conversion ! En plus de notre Foi, nous conservons notre réflexion et nos capacités de jugement. En vertu de cela, je puis dire que votre hypothèse – sans preuve à l’appui je le rappelle – avançant qu’il y a deux milliards d’années, un brassage aléatoire d’éléments chimiques aurait donné naissance à des micro-organismes qui se seraient répliqués… est à mourir de rire ! Permettez qu’à mon tour, je me gausse face à tant d’absurdités !

Le scientifique : Riez comme il vous plaira, si cela vous chante ! De toute façon, rira bien qui rira le dernier ! 

Le neurobiologiste : Oui, je ris et de bon cœur monsieur ! Et plutôt que de débiter vos fadaises, dites-nous donc comment l’homme serait passé de l’inerte au vivant ? Comment a-t-il pu naître de RIEN ? Hein ? Par quel truchement ?

Le scientifique : Vous schématisez le processus ! Vous essayez de me faire passer pour un idiot, quand c’est vous le sombre idiot ! C’est vous l’illuminé !

Le neurobiologiste : Schématisez ! Schématisez ! Mais, bien sûr, c’est moi le naïf qui schématise et qui raconte n’importe quoi ! Dites-le que je suis « un demeuré qui fait des raccourcis », pendant que vous y êtes ! De toute façon, que je schématise ou pas, ce que vous servez aux gens depuis des lustres, n’est que spéculation et pure invention ! Aucun organisme vivant et plus élémentaire que la bactérie qui – pour mémoire est d’une extraordinaire complexité – n’a jamais été découvert et ne sera jamais découvert ! Votre théorie ne tient absolument pas debout !

Le scientifique : Et vous ! Vous qui tentez de faire croire que tout est apparu par l’action du Saint-Esprit ! Mais, de qui se moque-t-on ?

Le neurobiologiste : Non mais je rêve ! Vous qui bernez le monde et lui faites prendre des vessies pour des lanternes, vous me demandez de qui je me moque ? Mais c’est de vous que je me moque ! C’est de vous, insensés, que vous êtes ! Votre impunité ne durera pas toujours, croyez-le !

Femme : Calmez-vous messieurs ! Vous n’êtes pas là pour vous crêper le chignon ou pour gagner la coupe du meilleur argumentateur ! Un peu de retenue, voulez-vous ! Deux intellectuels de votre acabit, ça se contrôle ! Ça réfléchit ! Ça garde patience !

(Petit moment de silence)

Le neurobiologiste : Permettez ?

Femme : Faites…

(Le pers 1 semble bouder et marmonne entre ses dents)

Le scientifique : Mmm

Le neurobiologiste : Mademoiselle, monsieur. Tout d’abord, je vous demanderai de considérer différents éléments.

Le scientifique : Mmm

Femme : Bien…

Le neurobiologiste : De mon point de vue et en toute logique, il n’existe aucune information sans code préalable.

Le scientifique : Mmm

Femme : En effet…

Le neurobiologiste : Selon toute vraisemblance, il n’existe pas non plus de code sans accord réciproque libre.

Le scientifique : Mmm….

Femme : Certes, certes…

Le neurobiologiste:   Dans la même pensée, aucune information sans source ni volonté qui lui donnerait naissance, n’est physiquement et organiquement pas possible.

Le scientifique : Mmm

Femme : Tout-à-fait… Tout-à-fait…

Le neurobiologiste : En poursuivant cette logique, on peut dire qu’aucune information ne peut être le fruit du hasard, et qu’il n’est pas concevable que « rien » soit à l’origine de « tout » !

(L’homme sort de sa réserve sur un ton péremptoire)

Le scientifique : Bien sûr que si ! J’en veux pour preuve…

(Le neurobiologiste lui coupe la parole)

Le neurobiologiste : Laissez-moi terminer, monsieur Huicentsoixante ! 

Le scientifique : Pfft(Soupir d’énervement)

Le neurobiologiste : Je disais donc, qu’au vu de ses éléments, nous créationnistes estimons que pour qu’il y ait « vie« , il faut qu’il y ait un support matériel – physique ou chimique – ainsi qu’une partie immatérielle que nous nommons « Dieu ».

Le scientifique : Foutaises !

Le neurobiologiste : Mais non pas « foutaises » ! C’est aussi cohérent et guère plus ridicule que votre théorie qu’on pourrait comparer à l’atterrissage inopiné d’un ordinateur suréquipé au beau milieu du Jurassique ! Monsieur, admettez qu’il faut une volonté derrière une technique aussi complexe ! Admettez qu’il faut un concepteur ! Admettez-le !

Le scientifique : Sachez, monsieur Poste, que je n’ai pas pour habitude de me conformer à l’avis des extrémistes et des obscurantistes ! Mademoiselle, j’aimerais prendre la parole à mon tour et vous démontrer que j’ai raison. Puis-je ?

Femme : Faites.

Le scientifique : Bien. Je reprends là où je m’étais arrêté. Je disais donc que l’éminent Charles Darwin affirmait que l’homme descendait du protozoaire et que…

Femme : Ah oui, c’est vrai, le protozoaire ? Mais, qu’est-ce donc que cette chose bizarre ?

Le scientifique : Eh bien mademoiselle, apprenez que le protozoaire vient d’une mer chaude gorgée de sels phosphoriques et de molécules. De façon aléatoire, les molécules présentes dans cette soupe pré-biotique se sont rassemblées pour donner de l’organique, qui a produit une cellule évoluant en noyau.

Le neurobiologiste : Et vous comptez nous endormir encore longtemps, monsieur Huicentsoixante ? Il faut être utopiste, crédule ou simple d’esprit pour s’imaginer qu’une cellule simple puisse se transformer en une cellule complexe ! Quelle folie de croire qu’un mélange de molécules, de cyanobactéries ou quoi que ce soit de ce genre, soit à l’origine de la vie sur Terre ! Quelle folie de dire que la vie est le produit fortuit d’un accident ! Que la vie est le résultat du hasard ! (Claquement de doigt et geste avec les mains). Vos théories ne sont que de vagues hypothèses, monsieur ! Il ne s’agit que d’inventions fantaisistes qui m’agacent autant qu’elles m’amusent. Tiens, justement. Pourriez-vous nous faire le plaisir de nous développer les étapes pour passer du non-vivant au vivant. (Ton ironique) Pour se faire son opinion, cette charmante dame doit savoir comment, des milliards d’années en arrière, nous sommes passés d’une vie inerte à une matière organique vivante ? N’est-ce pas madame que vous aimeriez le savoir ?

Femme : Mademoiselle, pas madame… Oui, j’apprécierais que l’on m’explique. Enfin, si ce n’est pas trop compliqué… parce que là, je perds un peu le fil…

Le scientifique : Ce mépris et ce ton moqueur ne m’atteigne nullement, monsieur Poste ! Et pour répondre à votre question, j’aimerais une fois encore, vous citer Charles Darwin qui croyait à la génération spontanée, et écrivait à son ami Joseph Hooker en 1871 « La vie est apparue dans un petit étang chaud, dans lequel il y avait un riche bouillon de produits chimiques organiques, à partir desquels s’est formé le premier organisme primitif, à la suite d’une longue période d’incubation durant les temps géologiques ».

Le neurobiologiste : Monsieur… Des systèmes aussi complexes que ceux formés par les organismes vivants, ne peuvent être le fruit d’une fusion hasardeuse… Il faut nécessairement l’intervention d’un facteur non naturel. En d’autres termes, les organismes ne peuvent venir au monde sans procréateurs. Rien ne peut affirmer que des êtres microscopiques sont nés sans germes. Louis Pasteur lui-même – après une série d’expériences – s’aperçut que les formes de vies ne pouvaient apparaître que de formes de vies similaires, et qu’aucune vie ne pouvait apparaître de matière inanimée. Il a dit : “Un peu de science éloigne de Dieu, mais beaucoup y ramène » ….

Femme : Est-ce vrai, monsieur Huicentsoixante ?

(Silence de la part du Le scientifique)

Le neurobiologiste : Bien sûr que c’est vrai, mais il ne l’avouera pas. Ce serait fiche parterre, toute sa théorie. Pensez-donc… Mais, dites donc, le faiseur de minestrone, brusquement aussi muet qu’une carpe, pourriez-vous expliquer à cette charmante personne, comment se sont crées les acides aminés dans cette soupe pré-biotique ?

Femme : Oui, voudriez-vous m’expliquer de quoi il s’agit ? Quelle est donc que cette soupe primordiale ?

Le scientifique : Eh bien, la soupe pré-biotique ou encore soupe primitive ou soupe primordiale, désigne une sorte de mare chaude et pleine de molécules organiques, dans lequel la vie est apparue.

Le neurobiologiste : Nuance, monsieur le promoteur de soupe chaude ! La vie n’est pas « apparue« , elle est  « supposée être apparue » ! Cela n’est pas tout-à-fait pareil ! 

Le scientifique : Ne jouez pas sur les mots, nous ne sommes pas dans une cour d’école !

Le neurobiologiste : Mais si ! Mais si je joue sur les mots, parce que les mots on ne peut pas en faire n’importe quoi ! On ne peut pas les utiliser pour raconter des conneries aux gens ! Si vous saviez, monsieur Huicentsoixante, combien j’en ai soupé de vos propagandes évolutionnistes ! À vous entendre monsieur, il est crédible qu’un organisme vivant ait débarqué comme ça (claquement de doigts) ! Comme un cheveu sur la soupe dans un bouillon de culture. Mais rien ne vous arrête ! Et dire que vous n’avez aucun scrupule à faire ingurgiter cette soupe toute prête au monde ! Et dire que vous leur mettez ce consommé tout cuit dans le bec, et que vous les encouragez à le gober sans réfléchir ! Mais les hommes, monsieur Huicentsoixante, ne sont pas des oies que l’on gave ! Vous n’êtes qu’une bande d’imposteurs en blouse blanche ! Des escrocs sans Foi ni loi ! 

Le scientifique : Monsieur Poste, j’en ai autant à votre service ! Premièrement, le créationnisme est un crétinisme à soigner de toute urgence ! Et deuxièmement, vos croyances en un barbu – maître de l’univers – sont grotesques et du niveau d’élèves de maternelle ! Mais ôtez donc vos œillères, les frocards et les bigots ! Sortez le nez de vos bibles poussiéreuses et dépassées ! Grandissez que diable !

Le neurobiologiste : Jésus dit que certaines choses seraient cachées aux sages et aux intelligents… Eh bien, je le constate ! Ah ça, oui ! Je le constate !

Femme : Messieurs, cette discussion devient beaucoup trop agressive et trop technique. Pour faire retomber la pression et raccrocher mes wagons, j’aurais de nouvelles questions à vous soumettre ? Prêts ?

Le scientifique : Prêt !

Le neurobiologiste : Prêt !

Femme : Messieurs, serait-il possible que Dieu se soit servi de l’évolution pour créer l’homme à partir de l’animal ? Est-il fou de penser qu’il aurait pu créer une bactérie qui aurait muté au fil du temps, et serait devenu poisson ? Ne pourrait-on imaginer que l’humain soit le dernier maillon d’une longue lignée composée de reptiles, de singes et de mammifères ?

Le neurobiologiste : Je ne crois pas à cela ! L’homme n’est pas un ramassis de produits chimiques, pas plus qu’il n’est le fruit du hasard ! De surcroît, quand j’observe la création de Dieu, je distingue l’habile main de l’Architecte et je m’émerveille face à l’Artiste. « Ses œuvres sont si admirables, que mon âme le reconnait bien ». De même, lorsque j’examine le corps humain avec ses fonctionnalités, et que j’observe la diversité des organismes vivants, je discerne l’œil affûté du Concepteur. Oui ! Sur Terre comme dans l’univers, Ses réalisations sont stupéfiantes ! Tout a été calculé avec tellement de justesse et de précisions, qu’on ne peut que s’ébahir ! Comment rester pragmatique quand l’univers entier témoigne de la magnificence de l’œuvre ? Comment ne pas faire comme David au temps de l’Ancien Testament et s’écrier : « Je te louerai de ce que, d’une si redoutable manière, je suis fait si merveilleusement ! »

Le scientifique : Chère mademoiselle. Pour ma part, je refuse toute idée d’intervention divine à l’origine de notre monde. Cela étant dit, sans vous submerger de détails biologiques, je vais vous faire un bref résumé.

Le neurobiologiste : Tsss… Ah ça, les résumés, ça vous connait…

Femme : Monsieur Poste, je vous prie !

Le scientifique : Mademoiselle, pour faire simple, il y a 3,5 milliards d’années, une cellule microscopique est apparue dans les océans primitifs de la toute nouvelle planète Terre. Elle est devenue noyau, puis au fil des millénaires, elle s’est adaptée à son environnement et a muté génétiquement. Par la suite, la Terre fut peu à peu colonisée par le végétal et par des organismes unicellulaires qui, de modifications graduelles en sélections naturelles, se complexifièrent et évoluèrent pour devenir les invertébrés marins, les poissons vertébrés et les amphibiens – qui ont colonisé le milieu terrestre – et sont devenus des reptiles qui se sont divisés en deux branches : les oiseaux et les mammifères. Ces derniers évoluant jusqu’à devenir des hominidés archaïques, tels que l’homo Erectus, l’homme de Florès, de Neandertal, de Cro-Magnon, etc., les ancêtres de l’homme moderne, que vous et moi représentons.

Le neurobiologiste : Il n’y a pas, il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais de chaînons manquants ! Il n’y a pas plus d’australopithèque que de beurre en branche ! Quant à vos cellules et à vos organismes, vous n’en sortez décidément pas ! L’évolution est une vaste escroquerie ! Un conte de fées pour grandes personnes ! L’évolution, monsieur, n’a ni queue ni tête, car que l’on prenne en compte le facteur « temps » ou le facteur « chance », les changements minimes au sein d’une même espèce sont incapables de produire une espèce et de la développer !

Le scientifique : Bien sûr que si !

Le neurobiologiste : Non monsieur ! Ne vous en déplaise, la complexité de la cellule primitive exclut l’argument du hasard ! Tout semble indiquer l’existence d’une Intelligence Supérieure derrière l’ordre naturel. Sinon, comment expliquer l’extrême complexité du fonctionnement de la molécule d’ADN et son information ? Comment expliquer l’ajustement et le fonctionnement remarquable de toutes choses, de toutes vies ? Comment expliquer les lois parfaites de la nature et les fameuses constantes qui figent l’univers ? Des constantes qui livreraient un univers totalement autre et probablement dépourvu d’humains, si elles étaient légèrement différentes. Les scientifiques sont unanimes. Augmentez seulement de 1%,  la force nucléaire qui contrôle la cohésion du noyau atomique, et il n’y aura plus d’hydrogène, donc plus d’eau, plus d’ADN, et par voie de conséquence, plus de vie ! Dans le sens contraire, diminuez cette même force de 1%, et toute fusion nucléaire sera impossible. Donc plus d’étoiles, plus de soleil, et par conséquent plus de vie non plus ! Alors non ! Non, le hasard ne peut décemment pas se targuer d’une telle intelligence ni d’un tel pouvoir ! C’est biologiquement impossible !

Le scientifique : Blabla blabla….

Le neurobiologiste : Blabla blabla ? Voilà vos arguments ? C’est pauvre et déplorable… Pourquoi donc être aussi bouché et buté ? Vous serait-il insurmontable d’entrevoir une autre possibilité que la vôtre ? 

Le scientifique : Et vous alors ?

Le neurobiologiste : Quoi « moi » ? Je suis bien un plus ouvert que vous ne l’êtes, monsieur Huicentsoixante !

Le scientifique : Ouvert ? Vous ? Vous qui êtes emmuré dans des dogmes d’un autre âge et aussi fermé qu’un coffre-fort à Genève !

Le neurobiologiste : C’est ça ! Calomniez-moi comme à votre habitude, au lieu d’admettre que vous et votre cher Darwin ne possédaient pas la science infuse et que vos théories ne reposent que sur des légendes et des zones floues ? Non ? Oui ?

(Nouveau silence)

Le neurobiologiste : Vous ne répondez pas ? Eh bien, borné vous l’êtes et apparemment, borné vous le resterez ! Ce bon vieil Albert Einstein voyait juste, en disant qu’il était plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé. Monsieur Huicentsoixante, aucun ouvrage scientifique ni aucune revue spécialisée n’a jamais expliqué l’évolution moléculaire d’un système biochimique complexe et existant ! L’évolution moléculaire darwinienne n’est qu’une fanfaronnade et une idiotie manifeste ! Avouez-le ! Avouez-le et reconnaissez que la théorie de l’évolution est un pur produit de l’athéisme de la fin du XIXe siècle, et non l’explication scientifique et véritable de ce qui s’observe dans la nature !

(Arrivée d’un jeune-homme, casquette à l’envers)

J-homme : On parle de moi ?

Femme : Pardon ?

J-homme : Salut, j’suis Théo Rit ?

Femme : Théorie ? Vous êtes une théorie ?

J-homme : Non ! Théo, c’est mon prénom et Rit c’est mon nom. Théo Rit !

Femme : Ah, oui, bien sûr ! Désolé je n’avais pas compris. Enchanté, monsieur Théo Rit.

J-homme : Appelez-moi Théo, ce s’ra plus cool !

Femme : Ok, Théo.

J-homme : Ouais, donc, j’disais, en passant faire ma livraison j’ai entendu « théorie » et j’ai cru qu’on parlait de moi !

Femme : Non, point Théo. En réalité, nous débattions sur la théorie de l’évolution et sur la possibilité d’une création divine.

J-homme : Ah ! Ok ! Ça a l’air sympa comme discussion ! J’peux participer ?

Femme : Eh bien ma Foi, pourquoi pas. Je dois dire que le débat est ouvert et que je suis preneuse de nouvelles suggestions. Auriez-vous un point de vue à nous apporter ?

J-homme : Ça se pourrait…

Femme : Eh bien, nous vous écoutons Théo.

J-homme : À propos de quoi ?

Femme : Ah oui, bien sûr, vous ne pouvez pas savoir… Ma question était « l’être humain est-il un animal comme les autres ?« 

J-homme : Ben, facile ! L’homme est forcément une bête, puisqu’on dit qu’il peut être bête comme ses pieds ou bête à manger du foin ! Pour exemple, j’ai connu un cul-de-jatte, bête comme ses pieds. Enfin, « bête comme son pied » pour être exact…. Ouais, j’dois dire que c’était une grosse pointure, doublé d’un gros bêta. En plus, comme il n’avait ni bon pied ni bon œil, c’te bêta mettait souvent le pied dans le plat et se prenait le pied dans le tapis ! Enfin, ça lui faisait les pieds, il était tellement bête… Heu… pardon, ça lui faisait le pied et pas les pieds, vu qu’il n’en avait plus qu’un… de pied !

Le scientifique : Jeune homme, ôtez-moi d’un doute ! C’est avec ce genre de bêtise que vous espériez nous convaincre et nous concurrencer ? 

J-homme : Ben, ouais !

Le scientifique : Et vous vous pensez drôle ?

J-homme : Affirmatif, m’sieur !

Le scientifique : Eh bien ! Faut-il être bête pour le croire !

Le neurobiologiste : C’est vrai que le moment est mal choisi pour faire l’animal, jeune homme.

J-homme : Oh ça va ! Ça va, mes amis les bêtes. ! Rugissez pas tous en même temps ! Pis, me regardez pas non plus comme si j’étais une bête curieuse ou une espèce de bête féroce ! J’mords pas. Enfin, pas encore… J’vous ai entendu vous chamailler depuis le couloir, alors j’me suis dit que c’était l’occase pour utiliser mes talents naturels et vous aider à vous détendre. J’fais du théâtre en plus de mon job de livreur. Ouais, c’est pour m’payer des cours d’actor-studio, que j’bosse comme une bête.

Le scientifique : Vos talents ? Mais laissez-moi vous dire jeune homme, que vous n’avez rien d’une bête de scène ! Au mieux, je dirais que vous êtes une bête de foire ! À la limite un animal de cirque ! En revanche, pour ce qui est du talent, alors là vous repasserez ! Néanmoins, il me faut vous remercier. Votre ridicule prestation, a confirmé ma théorie de l’évolution. Il nous a suffi de vous voir à l’œuvre pour se rendre compte de l’ampleur de la bêtise humaine ! Merci jeune homme de nous avoir illustré les similitudes entre l’homme et l’animal ! 

J-homme : Ma prestation vous a déplu tant que ça ?

Le scientifique : C’est le moins qu’on puisse dire ! Nous débattions d’un sujet extrêmement sérieux lorsque vous avez débarqué pour faire votre show ! Allez donc tester du public ailleurs qu’ici, jeune phraseur ! Nous sommes entre gens sérieux et nous n’avons nul besoin de trublions dans votre genre ! Allez ouste ! Retournez faire votre travail avant que je ne me change en bête sauvage et que je ne fasse de vous de la pâtée pour chien !

J-homme : Ben, c’est pas le pied…. Et comme disait Prévert « Il faut être bête comme l’homme l’est souvent, pour dire des choses aussi bêtes, que bête comme ses pieds« ! Allez, ciao les bestioles à poil dur ! À la revoyure, m’sieur dame ! Ah, au fait les intellos ! Si toutefois, z’aviez besoin de vous désénerver, ben j’suis dans le coin pour encore un p’tit moment… À vot’service… (Signe de paix avec les mains)

Le scientifique : C’est ça bon vent l’animal !

Femme : Vous n’êtes pas tendres, messieurs. Je le trouvais plutôt chou et amusant moi, ce jeune Théo. J’ai apprécié ses jeux de mots. Il faut dire que j’ai la tête tellement farcie de vos nombreuses explications, que son one-man-show m’a fait un bien fou (sourire)

Le neurobiologiste : Mmm… Bête comme chou… Un gentil petit gars au fond. Un peu bête mais pas méchant. Une gueule d’ange avec de la douceur dans les yeux, et l’innocence de la jeunesse… Oh ! Rien de bien méchant là-dedans, ne croyez-vous pas monsieur Huicentsoixante ?

Le scientifique : Pfft… Qui fait l’ange fait la bête…

Le neurobiologiste : Mmm… N’est pas bête celui qui pense l’être….

Le scientifique : Plaît-il ?

Le neurobiologiste : Mmm… rien… rien… Continuons…

Femme : Où en étions-nous ?

Le neurobiologiste : Ah oui ! Aux soupes de monsieur Huicentsoixante et à nos grands-parents les singes ! (rires)

Le scientifique : Monsieur Poste, je le vois votre manège. Je vois bien que devant mademoiselle Niouy, vous tentez de me faire passer pour un menteur. Je vois bien que vous essayez de détruire le travail de cent cinquante ans de labeur scientifique, au seul prétexte que vous n’admettez pas l’hypothèse que l’homme ne soit pas la pierre angulaire de la « Création », mais une minuscule brindille dans l’arbre de l’évolution ! Mais redescendez de votre piédestal le soi-disant « élu de Dieu »! Vous n’êtes pas plus sorti de la cuisse de Jupiter que de celle de votre prétendu « grand créateur » !

Le neurobiologiste : Avant que je redescende, allez donc grimper dans votre arbre avec vos amis les singes, si le cœur vous en dit ! Restez-y tant que vous voudrez, sur votre branche. Régalez-vous de bananes avec vos semblables et laissez-nous discuter !

Le scientifique : Vous êtes vraiment tombés sur la tête, les religieux !

Le neurobiologiste : Je vous le confirme, nous sommes fous aux yeux du monde ! Pour vous, c’est selon : soit nous sommes des illuminés, des mystiques, des fragiles qui ont besoin d’une béquille pour avancer ou bien des doux rêveurs… Mais toutes ces dénominations ne sont rien au regard de la persécution subie par notre maître. Ce n’est que peccadilles, comparé au grand nombre de martyrs succombant pour leur Foi. Et puis, l’apôtre Paul nous a mis en garde il y a deux mille ans de cela. Il nous a dit que si quelqu’un parmi nous pensait être un sage à la manière d’ici-bas, qu’il devienne fou pour devenir sage. Pfft… Oui, nous sommes des fous… Des fous de Dieu…

Le scientifique : Folie ! Vous et vos sectes, vous êtes des fous !

Le neurobiologiste : L’homme animal que vous êtes, ne peut recevoir les choses de l’Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui. Il ne peut les connaître, parce que c’est spirituellement qu’on en juge…

Femme : Stop ! Stop ! Stop ! Stop ! Ne repartez pas sur le terrain de la querelle, on croirait deux enfants qui se chamaillent. Messieurs, je vais finir par clore le débat si vous n’arrivez pas à garder votre calme ! Est-ce cela que vous voulez ? Voulez-vous que je prenne mes clics et mes clacs, et que je vous laisse tous les deux ?

Le neurobiologiste : Non… Bien sûr que non. Emporté par ma passion pour la vérité, j’ai manqué de sagesse. Veuillez me pardonner…

Le scientifique : Oui, ce comportement est ridicule. Excusez-moi mademoiselle.

(Ils sont interrompus par un homme ébouriffé, qui arrive essoufflé en marchant vite)

Le chrétien : Ah ! Mademoiselle Niouy, je vous cherchais partout ! J’ai fouillé tous les bureaux et interrogé tous les collègues pour vous retrouver, et voilà que je tombe sur vous alors que je venais pour boire un verre d’eau fraîche ! Il faut dire que j’ai eu chaud à vous courir après ! J’avais très envie de me désaltérer. Et, heureux hasard, c’est à la cafétéria que je vous trouve !

Femme : Il n’y a point de hasard, monsieur Labrosse. Le hasard, dit-on, c’est Dieu qui voyagerait incognito. Enfin… selon Einstein…

Le chrétien : Je vous le confirme mademoiselle ! Je dirais même plus, il n’y a pas de hasards il n’y a que des volontés de Dieu.

Femme : Si vous le dites…

Le chrétien : Messieurs… bonjour…

Le scientifique : Monsieur Hu-I-centsoixante Patrick.

Le neurobiologiste : Monsieur Poste Henri.

Femme : Messieurs, je vous présente Adam Labrosse, un merveilleux collègue de travail et un fervent chrétien. Tous les deux, vous devriez bien vous entendre, monsieur Poste.

Le chrétien : Tiens donc ? Et pourquoi ?

Femme : Monsieur Poste est un croyant lui aussi !

Le chrétien : Ah ! Fantastique ! Je suis heureux de faire la connaissance d’un frère sur mon lieu de travail ! De quelle communauté êtes-vous ?

Le neurobiologiste : Je suis un S.E.F.

Le chrétien : Ah… (Moue désappointée)

Le scientifique : Qu’est-ce donc qu’un S.E.F. ?

Le chrétien : Un « sans église fixe« …

Le neurobiologiste : Oui ! Mais fidèle à Dieu !

Le chrétien : Déçu des églises locales ?

Le neurobiologiste : Plutôt, « disciple itinérant« , par vocation… et aussi par anticonformisme…

Le chrétien : Bien… bien… bien… Et que faites-vous dans nos murs ? 

Le neurobiologiste : J’avais un rendez-vous.

Femme : Adam ! Puisque vous voilà parmi nous, pourquoi ne pas vous joindre à nous et m’éclairer de vos lumières ?

Le chrétien : De mes lumières ? Mais sur quoi pourrais-je donc vous éclairer, chère Ninon ?

Femme : Je m’interrogeais pour savoir si l’être humain était un animal comme les autres ?

Le chrétien : L’être humain ! Un animal ! Mais quelle abomination ! L’homme est à l’image de Dieu et ne peut être un animal !

Le neurobiologiste : Je m’évertue à leur dire…

Le chrétien : Le 6ème jour, Dieu créa l’homme et lui demanda de nommer les animaux.

Le scientifique : Si je ne m’abuse, votre Dieu a créé l’Adam, mâle et femelle. « Mâle et femelle« , ça veut tout dire ! 

Le chrétien : Oui, dans sa nature charnelle et première, l’Adam était effectivement « mâle et femelle« , mais Dieu fit sortir l’Ève, qui symbolise la femme, de sa côte. C’est par cette séparation que l’Adam entra dans son identité d’homme. L’Adam représente le genre humain. Il était à la fois féminin et masculin. à ce couple, Dieu a donné une mission commune : celle de croître, de se multiplier, de remplir la Terre et de dominer sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la Terre et sur tous les reptiles qui rampent sur la Terre. Quant à la part d’animalité présente dans l’Adam, celle-ci nous est transmise par notre corps et par ses besoins charnels. C’est contre cette nature prégnante et instinctive que nous devons lutter pour tendre à Sa ressemblance. (Doigt pointé vers le ciel)

Le scientifique : Dieu ! Dieu ! Dieu ! Vous n’avez que ce mot à la bouche, les religieux ! Ça en devient assommant !

Le chrétien : Religieux ? Mais quel toupet de me traiter de « religieux » ! Je ne suis pas un religieux monsieur ! Je suis un adorateur en Esprit et en Vérité ; un témoin de la Foi ; un disciple ayant une relation personnelle avec son Dieu ; un chrétien sincère et fier de l’être !

Le scientifique : Vos appellations ne me sont d’aucun intérêt ! Que vous soyez « truc ou machin« , m’est bien égal. Tout ce que je vois, c’est que la religion formate ses ouailles et qu’elle leur fait répéter les mêmes discours !

Le neurobiologiste : Ah ça ! Parlons-en de formatage ! Vous les évolutionnistes qui formataient les cerveaux de nos gamins par de faux documentaires et par le biais de dessins trafiqués dans leurs livres scolaires, vous avez l’audace de nous accuser de formatage !

Le chrétien : Monsieur Huicentsoixante ! Je ne m’abaisserai pas à répondre à vos attaques ! Que vous méprisiez mes croyances, m’importe peu ! Seulement, en me manquant de respect et en méprisant mes convictions, c’est mon Dieu que vous outragez ! Je n’ai pas à défendre ma cause ! Je laisse mon avocat dans le ciel s’en occuper et me rendre justice ! Je le laisse plaider pour moi ! Tenez-le-vous pour dit !

Le scientifique : Oh là là, je tremble (ton ironique)

(Le pers 3 s’écarte. Il va se servir un café tout en psalmodiant un verset à mi-voix)

Le chrétien : Par celui qui dit que l’homme animal ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu car elles sont une folie pour lui ; qu’il ne peut les connaître, parce que c’est spirituellement qu’on en juge. C’est lui et lui seul qui me rendra justice ! Oui, car à lui et à lui seul, la rétribution !

(Bien qu’il se soit éloigné, le pers 1 entend ses propos)

Le scientifique : C’est ça, l’abbé ! Faites-donc comme ça ! Laissez donc votre Dieu s’occuper de mon cas ! Quant à vous, monsieur Poste ! Vous le neurobiologiste qui a dû oublier que les neurosciences affirmaient que l’homme était la marionnette de sa biochimie, votre aptitude à me répondre du tac au tac, l’atteste et le prouve ! Vos émotions vous dominent, monsieur ! Ah ça ! Où donc est cette fameuse sagesse chrétienne que je perçois chez monsieur Labrosse, mais qui ne paraît pas chez vous ?

Homme 2:      Je récuse un tel propos ! La biochimie ne dirige pas l’homme ! De par sa nature spirituelle, il n’est pas le pantin de ses hormones, il est bien plus que cela ! Une fois de plus, vous prenez le chemin de la facilité ! Ah, ça, vous êtes l’as du raccourci ! Quant à ma sagesse, monsieur, ne confondez pas « sagesse » et « docilité« , voulez-vous ?

Le scientifique : Vous récusez mes propos, et bien moi, je récuse ce formatage dont vous accusez les partisans de l’évolution !

Le neurobiologiste : Quelle bonne blague ! Vous niez manipuler les masses pour nous discréditer ! Vous niez vos mystifications ! Vous niez faire de la population, des moutons de Panurge ? Vous contestez le fait que des os d’espèces de primates éteintes, furent présentés au monde comme appartenant aux ancêtres de l’homme ? Vous tenez fermes face à vos supercheries et vous persistez dans le mensonge ? Mais la honte, monsieur Huicentsoixante, vous connaissez ? Non, visiblement pas. La honte ne fait pas partie de votre patrimoine génétique. C’est bien triste. Sûrement une erreur lors de votre évolution ! Une mauvaise mutation ! Chez moi, on appelle cela, une tare de naissance ! (rire) Heureusement, rien n’est jamais irrévocable… Heureusement, la grâce surabonde, là où le péché abonde…

Le scientifique : Ah, nous y voilà ! Je suis le grand pécheur devant l’Éternel ! L’homme mauvais qui doit se repentir ou mourir au bûcher ! Mais quelle rigolade ! Quelle vaste rigolade ! Oh, on n’est plus au moyen-âge les inquisiteurs ! (l’homme  rit à gorge déployée)

Le neurobiologiste : Continuez ! Continuez donc à vous gausser !

Le scientifique : Cul-béni !

Le neurobiologiste : Baratineur ! 

Le scientifique : Bigot !

Le neurobiologiste : Bonimenteur ! 

Le scientifique : Bondieusard !

Le neurobiologiste : Esbroufeur ! Spéculateur !

Le scientifique : Dévot ! Punaise de sacristie, va !

Femme : Messieurs ! Ça suffit ! Ou je ferme immédiatement la discussion, ou vous stoppez séance tenante et nous reprenons calmement.

(Les deux hommes se jaugent méchamment et se montrent les crocs)

Le scientifique : Grrrr…

Le neurobiologiste : Grrrr…

(Toujours à l’écart, le pers 3 continue d’aligner des versets. Il parle à mi-voix, mais suffisamment fort pour être entendu)

Le chrétien : Les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité se voient comme à l’œil nu depuis la création du monde, quand on les considère dans Ses ouvrages…

Le neurobiologiste : Monsieur Labrosse… Adam… Mon ami… Mon cher frère dans la Foi….

(Temps de silence)

Le chrétien : Oui ?

Le neurobiologiste : Pourriez-vous imaginer que Dieu ait pu créer un monde embryonnaire et le laisser grandir et se développer à son rythme, plutôt que de concevoir un produit déjà fini ?

Le chrétien : Pardon ? Que dites-vous ?

Le neurobiologiste : Sans remettre en cause la création divine bonne et parfaite de Dieu, qui ne cesse de m’émerveiller, je me suis parfois posé la question d’un certain degré d’évolution.

Le chrétien : Quoi ? Mais comment ça ? Mais enfin, le…

Le neurobiologiste :  Laissez-moi finir, s’il vous plait. Étant donné que Dieu dit dans Sa Parole avoir créé le monde en six jours, mais qu’un jour est pour Lui comme mille ans, ne pourrait-on penser que sa création se soit échelonnée sur une période de six mille ans, et que la faune, la flore, le minéral, l’homme et tout ce qui existe sur Terre et dans l’univers, ait maturé de la Genèse à un Aboutissement ?

Le scientifique : Tiens… tiens… retourneriez-vous votre veste ? Tendriez-vous vers l’évolutionnisme, monsieur Poste ? 

Le neurobiologiste : Oh ! Halte-là ! Je n’ai pas dit que j’adhérais aux théories fantaisistes de l’évolution ! J’ai seulement émis l’hypothèse d’une possible création divine ayant évolué dans le temps, de la même manière que j’évolue dans ma compréhension de la Foi et que je suis en formation sur ce chemin de vie !

Le chrétien : Monsieur Poste, vous m’étonnez ! Vous êtes à la limite du blasphème ! La Terre et les cieux ont 6000 ans d’âge, et Dieu créa l’univers en six jours de vingt-quatre heures. N’essayez pas de tordre les Écritures. Rien ne peut être retiré ni ajouté à cela !

Le neurobiologiste : Dans la Bible, tellement de passages sont symboliques et ne doivent pas être pris au pied de la lettre. La lettre tue, mais l’esprit vivifie, monsieur Labrosse. Vous serez-t-il envisageable de penser que l’univers ait pu se concevoir en six périodes plutôt qu’en six jours absolus ?

Le chrétien : Eh bien ! Pour quelqu’un qui se réclame de Dieu, je vous trouve bien mal affermi dans vos croyances ! Seriez-vous du genre à prendre un peu de ceci et un peu de cela ? Je vous rappelle, monsieur Poste, que tout ce qui n’est pas le produit d’une conviction est péché ! 

Le neurobiologiste : Et moi, monsieur Labrosse, je vous trouve bien directif et un brin légaliste ! Ne vous méprenez pas sur moi, je vous prie et ne me jugez à la hâte ! Je suis partisan de l’évolution théiste, mais je ne suis pas homme à manger à tous les râteliers pour avoir bonne presse ou pour garder mes privilèges ! Non ! Résolument pas ! Je défends ma Foi ardemment, et je reconnais la main de Dieu sur toute la création. Cependant, en tant que neurobiologiste, je suis amené à observer le cycle de la vie et l’univers en perpétuel mouvement, et je m’interroge… Je vois l’homme en marche. Je le vois se transformer physiquement, spirituellement, intellectuellement, et j’y vois l’action de Dieu. Pascal a dit  » La dernière démarche de la raison, est de reconnaître qu’il y a une infinité de choses qui la surpassent« .

Le chrétien : Mmm

Le neurobiologiste : Mon cher frère, Dieu ne nous façonne-t-il pas par son Esprit et par Sa Parole ? N’est-ce pas là une évolution selon son cœur ? 

Le chrétien : Oui, en quelque sorte… Mais attention, de ne pas en faire une doctrine, ceci est une exception.

Le neurobiologiste : Monsieur Labrosse, l’homme ne s’affermit-il pas au contact de Dieu ? Les dons et les talents que Dieu dépose en l’homme, ne le font-ils pas grandir, évoluer, aimer, pardonner ? Le monde n’avance-t-il pas grâce à nos actes d’amour et à nos pas d’obéissance ?

Le chrétien : Évidemment… vu sous cet angle. Mais enfin, prenez garde de ne pas vous écarter et de ne pas vous conformer aux pensées de ce monde, monsieur Poste ! Veillez à ne pas vous détournez des Écritures ! Veillez et priez !

(Le jeune livreur refait une apparition)

J-homme : Z’êtes encore là m’sieurs-dame ? Ben dites-donc, vous en avez drôlement des choses à vous raconter !

Femme : Et vous, Théo ? Que faites-vous encore dans nos locaux ?

J-homme : Les colis que j’devais récupérer, sont toujours pas prêts, alors j’tourne et j’vire dans les couloirs en attendant. Pis, j’me suis dit qu’un p’tit café s’rait pas de refus, et me revoilà revenu ici. Quelqu’un aurait-il un p’tit euro pour un béta comme moi ? Le café, c’est pas gratis, hein !

Le scientifique : Ah ça ! Jeune homme ! Je dois dire que vous êtes un beau spécimen de ce qu’est l’homme-animal ! Vous feriez un excellent modèle pour nos expériences ! 

(Pers 1 a un rire tonitruant)

J-homme : Oh, calmos ! Pour vous, j’suis p’t’être qu’un benêt, un analphabète, ou le livreur bébête qui fait le bêta pour vous faire rire, mais ça veut pas dire que j’suis un rat de laboratoire ! J’suis pas volontaire pour me faire analyser et disséquer ! Et pis, hé ! Ho, hé, me regardez pas comme ça, les savants fous ! Vous me faites peur avec vos têtes bizarres ! Faites gaffe, vous approchez pas trop près, hein ! Y a une bête féroce qui sommeille en moi !

(Le jeune homme serre les poings et les lève à hauteur de son torse.)

Femme : N’ayez crainte Théo, personne ne vous veut de mal ! Ces messieurs sont juste un peu nerveux. Ils défendent becs et ongles leurs points de vue, mais ce ne sont pas des méchants.

J-homme : P’t’être bien m’dame, que malgré leur grand savoir, il leur manque quand même l’amour…

Femme : Peut-être… Peut-être…. L’amour ? Est-ce que nous-mêmes, n’en manquons pas ? Sommes-nous dignes de notre humanité ? Qu’en pensez-vous Théo ? Qu’en pensez-vous, vous qui sous vos airs de garçon simple et amusant, semblait avoir beaucoup de discernement ? Pouvons-nous encore nous prévaloir de notre identité d’humain, quand l’amour et la compréhension de l’autre, font défaut ?

J-homme : Ben m’dame, j’dirais que c’est pas parce qu’y en a certains qu’ont une langue de vipère et que d’autres ont une haleine de cheval, que c’est des bestioles ! Tenez, moi par exemple, on dit que j’suis têtu comme un âne et doux comme un agneau. Ben, c’est pas pour ça que j’suis un animal ! Et vous m’dame, avec vos yeux de biche et vos jolies jambes de gazelle, vous n’êtes pas non plus un animal ! Non… Au contraire… (Yeux séducteurs à la femme, qui flattée, rougit et entortille ses doigts). Non, on est pas des bêtes, on est juste bêtes de plus savoir aimer…

Femme : Probablement… Probablement….

J-homme : Et vous le scientifique ! Même si vous avez la tronche d’un vieux loup de mer et que vous gueulez comme un putois, vous z’êtes pas pour autant un animal ! Ben ouais ! Qu’on soit jeunes, vieux, riches, pauvres, intellos ou pas, on est des hommes avant tout ! On est des humains qui squattons la même Terre et qui doivent tout faire pour y vivre ensemble en bonne intelligence ! 

Le scientifique : Gueulez comme un putois ? Mais, qui vous permet ? Je ne gueule pas comme un putois !

J-homme : Ben si, vous gueulez comme un putois ! Ça fait dix minutes, que j’vous entends brailler depuis le couloir. Dix minutes que j’vous entends vous bouffer le nez ! Alors, j’ai pensé… Ben ouais… parce qu’un bête comme moi, ça pense des fois… Un pense-bête…??? Vous saisissez ou vous êtes trop calés pour comprendre mes bêtes jeux de mots ? Ok, ça vous détends pas les zygomatiques. Pas grave… Ouais, donc, j’me demandé à quoi servait d’avoir des kilos de connaissances pour se parler comme des chiens ? Hein ? À quoi, ça vous sert, m’sieurs?

(Silence)

J-homme : Vous savez, m’sieurs-dame, moi j’suis pas une lumière. J’ai pas inventé la poudre ni le fil à couper le beurre. Hein ! J’suis p’t’être juste un p’tit gars avec des ambitions plus grandes que lui, mais j’suis aussi un gars qui se demande pourquoi des gens aussi cultivés que vous, ça cherche toujours à avoir le dernier mot. Hein, ça sert à quoi de savoir qui a tort ou qui a raison ? Et si pour une fois, l’amour l’emportait sur la raison ? Vous en pensez quoi ? Et si on disait que la sagesse obligerait le savoir à se taire, pour une fois ? Et si l’respect de l’autre devenait plus important que d’savoir qui dit vrai ou qui dit faux ? Hein, m’sieurs ? Vous en penseriez quoi, bande d’humains que vous êtes ?

Femme : Comme cela est bien dit. Et si, au fond l’humain avait perdu son statut d’homme en perdant aussi le respect ? C’est vrai que la notion de respect se perd de plus en plus… Cela m’amène à une autre question. Peut-on continuer à se prévaloir de notre statut d’homme, lorsqu’on ne sait plus respecter notre prochain, la création animale, la Terre qui nous porte et nous nourrit ? Et si l’humain était devenu un animal pire que les autres ?

J-homme : Allez ! Sur ces bonnes paroles, j’arrête de vous embêter et j’retourne bosser. Faut bien, si j’veux réaliser mes rêves de monter un jour sur les planches ! Allez, salut la compagnie ! Et oubliez pas de vous respecter !

(Après le départ du jeune homme, il souffle un vent de malaise parmi les personnes restantes)

Le scientifique : Bon, eh bien, moi je vais vous laisser messieurs-dames, j’ai un planning chargé et la science n’attend pas… (L’homme essuie furtivement une larme sur sa joue et sort comme s’il avait le feu aux trousses)

Le neurobiologiste : Moi aussi, il faut que je file. Désolé de ne pas pouvoir rester et vous aider davantage, mais j’ai un train à prendre… (Lui aussi s’en va, sans demander son reste, les mains dans les poches et la tête basse)

(Le pers 3 et la dame restent silencieux. Tous les deux ont les yeux fixes et regardent au loin) (L’arrivée d’un nouveau personnage à la cafétéria, brise leur réflexion)

Le laïque : Hé ! Vous êtes en pause tous les deux ?

Femme : Ha… heu… non… Enfin… heu… oui… Oui, monsieur Réson, nous sommes en pause…

Le laïque : Vous avez l’air bizarre tous les deux ? Il s’est passé quelque chose ? Vous ne vous sentez pas bien ?

Le chrétien : Non… nullement, monsieur Réson… Nullement… Mademoiselle Niouy et moi-même, réfléchissions juste au fait d’avoir perdu le respect… Pensez-vous, monsieur Réson, que l’homme a perdu le respect ?

Femme : Oui. Croyez-vous que l’humain a perdu sa condition d’humain parce qu’il a perdu le respect ?

Le laïque : Oh là là ! Vaste débat ! Vous me prenez un peu au dépourvu, quoiqu’en tant que chef du personnel, qui plus est…laïque, le respect ça me connait !

Femme : Monsieur Réson, diriez-vous que l’humain est un animal comme les autres ?

Pers. 4:            Bien que Socrate dît « Je ne sais qu’une seule chose, c’est que je ne sais rien« , je suis sûr d’une chose, c’est que l’animal et l’homme sont deux entités différentes ! Moi qui prends souvent pour référence, le célèbre philosophe René Descartes, je reprends ces mots pour mon compte. Il disait que « l’animal est un corps sans esprit, comparable à une machine », et j’avoue partager cette pensée. Selon Descartes, étant donné que l’animal n’était pas capable de dire : « Je pense donc je suis.« , et donc d’avoir une pensée s’exprimant par le langage, cela qualifiait la différence entre l’homme et l’animal, et marquait la supériorité de l’homme sur l’animal.

Femme : Eh bien ! L’animal en tant que machine, est un point-de-vue que je ne connaissais pas.

Le laïque : Si vous voulez mon avis, l’animal n’est rien de plus qu’une machine perfectionnée. Tout comme Descartes écrivant « l’animal n’a ni âme ni raison, ni pensées, mais de simples réactions automatiques« , je ne vois pas de différences fondamentales entre l’automate et l’animal. Le philosophe, Descartes affirmait encore « que l’animal était le modèle d’un système mécanique, à l’inverse de l’homme qui possédait une âme, une raison et un langage« . Dans sa Lettre au Marquis de Newcastle, il a d’ailleurs écrit « que l’animal était comme une horloge composée de pièces mécaniques et de ressorts« .

Femme : Sans vouloir vous froisser monsieur Réson, je trouve les propos de Descartes – qui me semble-t-il était chrétien – durs et excessifs. L’animal ne parle pas, soit, mais de là à le comparer à une machine, je ne suis pas d’accord ! Maintes fois, j’ai pu constater qu’il y avait du jugement et de la réflexion chez « Canaillou » mon chien boxer.

Le laïque : Ne vous illusionnez pas trop avec les bêtes. Leurs réactions ne sont que de simples attitudes basiques en réponse à de vulgaires stimuli.

Femme : Mmm… Je ne suis pas convaincue, mais votre opinion vaut tout autant que celle des autres. Je vais la conserver dans un coin de ma tête et je méditerai dessus plus tard….

Le laïque : Sans chercher à vous convaincre absolument, mademoiselle Niouy. À mon sens, l’animal est, mais il ne devient pas, contrairement à l’homme, qui n’est pas mais qui devient. L’un et l’autre n’ont pas la même conscience du temps, du sens de la vie et de son devenir. C’est un point non négligeable, à prendre en considération.

Le chrétien : Pfft… Balivernes de cartésien ! L’homme ne devient pas, il est ! Il est la création parfaite de Dieu. Il est tel que son créateur l’a pensé, voulu et façonné, et son évolution est spirituelle. Rien d’autre ! Au long de notre chemin de vie, en tant qu’homme et créature de Dieu, nous évoluons dans notre Foi et dans notre connaissance à Dieu. En route vers l’Éternité, nous sommes sans cesse en mutation. Ça oui, cette évolution je l’admets volontiers ! Mais pour le reste, sauf votre respect, je n’approuve pas. À mon humble avis, vous et vos congénères cartésiens, n’êtes que des penseurs qui pensent en rond… Vous perdez votre temps et passez à côté de l’essentiel… Si je puis vous donner un conseil, élargissez vos horizons…

Le laïque : C’est vous, Adam Labrosse, qui me parlait d’élargir mes horizons quand je vous vois coincé dans vos convictions d’un autre temps ? Personnellement, je respecte vos engagements et je n’ai aucun inconvénient à ce que vous pratiquiez votre religion dans des locaux fermés, à l’abri des regards… Seulement, permettez-moi de vous dire que vous menez un combat d’arrière-garde et perdu d’avance. Dieu est démodé ! Au 21ème siècle, il est dépassé, obsolète et pratiquement oublié.

Le chrétien : Il est vrai que votre laïcité a chassé Dieu de France, mais notre Foi n’en est que plus forte, monsieur Réson… Que plus forte…

 (Arrivée d’un nouveau personnage, à l’allure un peu hippie)

L’adapte du New-âge : Eh bien… Ninon Niouy… Adam Labrosse… Aimé Réson… D’après ce que je vois, il y a encore et toujours les mêmes têtes, à la cafète… Les meilleurs… (Petits rires en sursauts de l’homme qui arrive en trainant des pieds avec l’air un peu endormi) Namasté, les amis…

Le laïque : Vishnou Lapaix ! Bienvenue parmi les penseurs !

L’adapte du New-âge : Les penseurs ? Hein ? What ? Kesaco les amis ? Vous pensiez ? Mais vous pensiez quoi ?

Femme : Vishnou, tu tombes à pic !

L’adapte du New-âge : Ah ?

Femme : Oui ! J’aurais besoin de tes lumières en tant que touche-à-tout des spiritualités orientales, adepte du développement personnel, et chercheur invétéré de l’éveil et de l’élévation de l’homme.

L’adapte du New-âge : Ninon, je n’aurais qu’un mot « épatante » ! Tu m’as résumé en deux lignes et je trouve cela, épatant. Ce n’est pas pour rien que tu es la psychologue de l’entreprise. Tu as une mémoire des gens très impressionnante ! Toi, tu as dû être éléphante dans une autre vie…

Femme : Si tu le dis… Je suis déjà « taureau » en signe astrologique… et il parait que les taureaux ont la tête bien pleine…

L’adapte du New-âge : Sûrement… sûrement… Le taureau est un animal sacré… Tu as une belle âme, Ninon ! Une vraie belle âme ! Que voulais-tu savoir, belle âme ?

Femme : Selon tes enseignements et la lumière que tu as reçu, saurais-tu me dire Vishnou, si l’humain est un animal comme les autres ?

L’adapte du New-âge : L’humain… L’animal… Mmm… Permets que j’entre en méditation quelques secondes avant de te répondre ?

(Le pers 5 se met en position yoga, puis ferme les yeux)

Femme : Bien sûr Vishnou. Bien sûr. Prends ton temps…

Le laïque : Désolé, mais je ne pourrais pas attendre que notre ami Vishnou termine de méditer. J’ai une réunion qui m’attend, alors bonne continuation à vous… en espérant avoir pu vous aider, Ninon?

Femme : Oui, merci beaucoup monsieur Réson et bonne réunion !

(L’homme 3 déclame ses versets à qui veut bien l’entendre, comme une longue tirade sur une scène de théâtre. Il part en envolées lyriques)

Le chrétien : C’est toi qui as formé mes reins et qui m’as tissé dans le sein de ma mère. Je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse ! Tes œuvres sont admirables, Et mon âme le reconnaît bien ! Mon corps n’était point caché devant toi, lorsque j’ai été fait dans un lieu secret, tissé dans les profondeurs de la Terre. Quand je n’étais qu’une masse informe, tes yeux me voyaient…

(Le pers 3 marque une courte pause, puis il reprend)

Le chrétien : Parle à la Terre, elle t’instruira ; et les poissons de la mer te le raconteront. Voici, mon œil a vu tout cela, mon oreille l’a entendu et y a pris garde. Afin qu’ils voient, qu’ils sachent, qu’ils observent et considèrent que la main de l’Éternel a fait ces choses ; que le Saint d’Israël en est l’auteur. C’est toi, Éternel, toi seul qui as fait les cieux, les cieux des cieux et toute leur armée ; la Terre et tout ce qui est sur elle, les mers et tout ce qu’elles renferment. Tu donnes la vie à toutes ces choses, et l’armée des cieux se prosterne devant toi…

(Le pers 3 se prosterne en courbant le dos, pendant que le pers 5 est toujours en médiation et émet quelques « Om…. om… om… »)(Demeurant dans sa position yoga, il se met à parler sans ouvrir les yeux)

L’adapte du New-âge : « Om…. om… om… » Lorsqu’un humain se comporte comme un animal… il se réincarne en animal. Lorsqu’un animal se comporte comme un humain… il se peut qu’il se réincarne en humain… Nietzsche disait que la majorité des hommes n’étaient pas des hommes mais des animaux… Il disait que la plupart des gens n’avaient pas encore atteint l’humanité… et que le point décisif ; le grand tournant de l’évolution ne se situait pas entre l’animal et l’homme, mais entre l’homme qui était toujours un animal et l’homme qui n’était plus un animal, et l’homme qui était véritablement humain… Nous ne sommes pas des poussières d’étoiles, ni un amas d’atomes… Nous sommes tous et toutes, Source en La Source. Chacun de nous est une étoile, qui va et vient d’incarnations en réincarnations. Une étoile qui garde en elle le souvenir de ses précédentes vies… « Om…. om… om… »

(Soudain, alors qu’il semble en transe, le portable du pers 5 se met à sonner avec un air indien. Le pers 5 ouvre les yeux, répond à son tél et perd soudain, sa quiétude. Il se lève d’un bond, s’excite et trépigne, puis sort en trombe de la cafétaria)

L’adapte du New-âge : Allô ? Hein ? Quoi ? Mais comment ? Ah non ! Ça ne pas va se passer comme ça ! Il va voir de quel bois je me chauffe celui-là ! Namasté les amis !

(Deux nouveaux personnages entrent en scène. L’un est tiré à quatre épingles dans son costume noir, il tient une sacoche de cuir à la main et semble très imbus de lui-même. L’autre, plus décontracté porte un sac-à-dos et des baskets)

Femme : Yvan ?

(Elle s’adresse à l’homme en costume)

L’humaniste : Eh oui, Yvan ! Ça fait une demi-heure que j’ai quitté mon travail et que je poireaute dans le hall d’accueil ! Une demi-heure que je t’attends dans le froid ! Mais qu’est-ce que tu faisais, bon sang ?

Femme : Pardonnes-moi mon chéri, je n’ai pas vu l’heure. Je discutais avec des gens très intéressants et d’avis divergents, et j’ai oublié le temps. Tu ne m’en veux pas, j’espère ?

L’humaniste : Non… non…ça va… Tiens, au fait, tu ne connais pas Gaston ?

Femme : Je ne crois pas, non…

L’humaniste : Gaston Lapelouse ! Tu sais, le fils de la voisine dont je t’ai parlé l’autre jour ?

Femme : Ah oui ! Bien sûr ! Gaston Lapelouse ! Bonjour, comment allez-vous ? Et votre maman ? Comment se porte-t-elle ?

L’écologiste : Bien… Je vous remercie.

Femme : Et vous travaillez dans la tour, vous aussi ?

L’écologiste : Non, je suis prestataire de service. C’est moi qui gère le nettoyage des locaux. BIO C’NET, c’est moi ! C’est mon entreprise ! Bon, une toute petite entreprise pour le moment, puisque nous ne sommes encore que sept. Mais enfin, ça grimpe… ça grimpe.

Femme : Et vous vous êtes croisez dans le hall d’accueil, tous les deux avec Yvan ?

L’écologiste : Tout juste ! Votre ami m’a dit qu’il s’impatientait de ne pas vous voir et que vous ne répondiez pas au téléphone. Comme nous étions partis à discuter en plein courant d’air, il m’a proposé d’aller prendre une boisson chaude et nous réchauffer à votre étage.

Femme : Il a bien fait… Il a bien fait… Chéri, pardon, mais mon téléphone est resté dans mon bureau.

L’humaniste : Mmm

Femme : Au fait, je ne t’ai pas présenté Adam ? Adam Labrosse, un collègue de la compta.

L’humaniste : Monsieur.

Le chrétien : Monsieur.

Femme : Yvan Pèreetmère, mon compagnon, Adam Labrosse. Ah ! Et aussi, Gaston Lapelouse, le fils d’une de nos voisines.

L’écologiste : Monsieur.

L’humaniste : Et quelle était donc ce sujet si  absorbant qui vous a fait oublier le temps ?

Femme : Une question me turlupinait depuis le début de la journée, et tu sais comment je suis. Tu sais que quand quelque chose me turlupine, je ne cesse d’y penser. Par chance, j’ai eu des personnes de qualités et d’horizons différents qui ont essayé de répondre à mon questionnement.

L’humaniste : Y sont-ils arrivés ?

Femme : Plus ou moins…

L’humaniste : Et quelle était donc cette chose qui te tracassait tant ?

Femme : Bien que je connaisse déjà ton point de vue – que je ne partage pas – je m’interrogeais sur la nature de l’être humain. Je me demandais si l’homme était un animal comme les autres…

L’humaniste : Et c’est pour ça que tu m’as fait attendre ! Pour une question qui peut se résoudre en à peine deux minutes ! L’homme n’a rien d’un animal, point à la ligne !

Femme : Non, pas point à la ligne, Yvan ! Tout n’est pas aussi simple que tu le voudrais. Je n’ai pas tes certitudes, moi ! Je m’interroge, je considère, je pèse le pour et le contre, mais rien ! Je ne parviens pas à me positionner !

L’humaniste : L’humanité est parfaite, et l’homme est au sommet de la pyramide ! Cette vision animaliste selon laquelle « l’homme serait un animal comme les autres », est une hérésie ! L’animal n’est absolument pas comparable à l’homme !

L’écologiste : Comment ça, pas de comparaison ?

L’humaniste : l’homme est au-dessus de la création animale ! Il n’a rien à voir avec les animaux !

L’écologiste : Eh bien, je ne vous pensais pas aussi obtus et inhumain, monsieur Pèreetmère ! Cela m’étonne de vous… et cela m’attriste aussi…

L’humaniste : Oh, laissons-là ces considérations. Nous n’allons pas nous fâcher pour savoir si les animaux sont ceci ou cela. Tout cela n’est d’aucune importance.

L’écologiste : D’aucune importance ? Mais au contraire, cela en a beaucoup ! Tenez, par exemple, vous parliez de non-comparaison entre l’homme et l’animal, et bien je vous demande pourquoi ?

L’humaniste : Parce que ! Tout simplement ! Passons à autre chose, voulez-vous !

L’écologiste : Non ! Pas question ! Vous avez touché un point sensible et je ne me tairai pas sans avoir dit ce que j’ai sur le cœur ! Bien sûr, vous préféreriez que nous changions de conversation ! Cela vous arrangerait, vous et vos petits copains les humanistes indifférents à la souffrance animale, que nous, les porte-voix de tous ceux qu’on maltraite au nom de la jouissance de l’homme, nous fermions nos bouches ! Malheureusement pour vous, ça ne marche pas comme ça ! Non ! En tant qu’hommes avec des droits, nous avons droit à la parole. Ouvrez-bien vos oreilles monsieur Pèreetmère ! Pour en revenir à la comparaison qui vous offusquez tout à l’heure, je sais que cela vous dédouane de ne pas avoir à comparer l’homme et l’animal. Oui, parce que si vous deviez le faire, vous verriez que l’animal est totalement ignoré dans son identité dégradée d’animal ! Les humanistes tels que vous, ont fait une coupure franche entre l’homme et l’animal, au profit exclusif de l’homme. Mais l’homme est-il aussi parfait, qu’il n’ait aucun devoir envers la Terre et s’octroie le droit de faire n’importe quoi, n’importe comment ? L’humanité est-elle le point culminant de l’univers pour que l’homme s’autorise à bafouer sans vergogne, la nature et tout le reste du vivant ?

L’humaniste : Une identité ? Les animaux ? Mais c’est une blague Gaston ? Vous voulez rire ? 

L’écologiste : Croyez-vous que j’aie envie de rire quand je songe aux horreurs que l’animal subit dans nos pays « civilisés«  ? Croyez-vous que j’aie le cœur à plaisanter quand je sais que la souffrance animale n’est rien en comparaison d’une assiette de viande ? Après tout – pour vous – ce ne sont que des bêtes. De vulgaires bestioles sans conscience ni émotion, sur lesquelles on ne doit pas s’apitoyer. N’est-ce pas ? Selon vous, c’est une perte de temps, que de se pencher sur la condition des bestioles qui sont justes bonnes à vous remplir les bedaines !

L’humaniste : Vos réactions sont extrêmes ! On croirait entendre un de ces défenseurs de la cause animale. En seriez-vous un ? (Voix forte et accusatrice)

Femme : Et alors Yvan ? Et alors ? N’en a-t-il pas le droit ?

L’écologiste : En quelque sorte. Disons que je suis plutôt un défenseur de mon monde et de toutes formes de vies dans ce monde. C’est comme pour la nature, tant que l’homme l’a craignait, il l’a respectait, mais quand il s’est cru plus fort qu’elle et qu’il a vu qu’il pouvait l’assujettir technologiquement, il a commencé à la maltraiter et à l’utiliser selon son bon vouloir. Quid de la biodiversité ? L’homme fait partie d’un écosystème, il n’en est pas le maître ! L’homme n’a pas l’exclusivité de la Terre ! Depuis des décennies, l’homme détruit et maltraite la nature et les animaux ! Il est temps que ça s’arrête ! Il est temps que l’homme prenne enfin conscience qu’il ne peut pas faire ce qu’il veut avec cette planète ! L’homme se pense le plus fort, seulement, un jour ou l’autre, la nature reprendra ses droits. Elle reprend toujours ses droits…

L’humaniste : À vous entendre Gaston, on pourrait croire que je suis un monstre qui n’a pas de cœur. C’est faux. Vous vous trompez. J’ai une certaine affection pour les animaux. Nous en avons d’ailleurs un à la maison. Un boxer que nous avons baptisé « Canaillou« .

L’écologiste : Laissez-moi rire ! Vous dites apprécier les animaux, sous prétexte qu’il y a un gentil toutou chez vous. Une peluche apprivoisée qui vous obéit au doigt et à l’œil, et que vous avez certainement éduqué et dressé pour faire pipi dans les clous. Non, ceci n’a rien à voir. L’animal de compagnie est une autre forme de nombrilisme. S’acheter un toutou est un acte personnel et égoïste. Acquérir un chien, ne sert qu’à se faire du bien. À se faire plaisir… Cela n’a rien d’altruiste et de désintéressé…

L’humaniste : Mais, au fond, quel est votre combat, Gaston ? Vous vous battez contre les hommes pour défendre les animaux ? Vous adorez les animaux au détriment des hommes ? L’homme a-t-il encore de la valeur à vos yeux ? Où va votre préférence, à l’homme ou la bête ?

L’écologiste : J’aime et je respecte tous les êtres vivants présents sur cette Terre, quelque que soit la nature de ce vivant. Pour moi, quelque puisse être sa fonction et ses capacités, tout ce qui existe, est digne de respect et ne peut être considéré comme une sous-espèce ou un déchet ! 

Femme : C’est une bonne chose Gaston ! Une bonne chose !

L’humaniste : Mais qui blâmez-vous ? Pourquoi s’en prendre aux humanistes ? Nous ne sommes pas pires que les autres. Nous tentons d’augmenter le bien-être de l’homme ; d’éradiquer la maladie, le handicap ; de reculer la vieillesse et la mort. Est-ce mal ?

Le chrétien continue de jouer les prophètes de malheur.)

Le chrétien : Ainsi parle l’Éternel, maudit soit l’homme qui se confie dans un être humain, qui prend la chair pour son appui, et qui écarte son cœur de l’Éternel ! Béni soit l’homme qui se confie en l’Éternel, et dont l’Éternel est l’assurance !

L’écologiste : Vous, les humanistes qui jouaient les apprentis sorciers avec le transhumanisme, ne vous croyez pas « tout puissant«  ! Votre inhumanité ne fait pas l’unanimité, soyez-en sûrs ! L’empathie, l’amour, l’affection, l’attachement, ne sont pas des sentiments réservés au seul genre humain. Chez les animaux observés, à quelques exceptions près, on a pu constater que l’animal était capable d’empathie et d’amour envers ses congénères. C’est d’ailleurs grâce à ses dispositions naturelles que les animaux parviennent à vivre ensemble sans se dévorer ou chercher à s’entre-tuer. C’est grâce à cela qu’ils se reproduisent ; qu’ils procréent dans des lieux sûrs et assurent ainsi la continuité de leur espèce. C’est grâce à cette sensibilité intuitive et instinctive, qu’ils prennent soin des plus fragiles au sein de leur groupe ; qu’ils défendent les leurs en usant de force ou d’astuces ; qu’ils se protègent du climat et des attaques en se rassemblant ; qu’ils s’entraident et se prodiguent de l’affection…

L’humaniste : Qu’il soit sorti des mains de mère Nature, ou qu’il fut créé par Dieu, l’être humain est l’être humain ! L’animal n’est rien en comparaison de l’homme !

Le chrétien : Monsieur, vous et vos amis humanistes, êtes autocentrés sur vous ! Vous êtes dans une auto-idolâtrie qui vous mènera au vide et au chaos ! Sachez-le monsieur ! L’arrogance de l’homme sera courbée et son orgueil sera abaissé. Un jour, monsieur, L’Éternel seul sera élevé ! 

L’écologiste : Pfft… Parlons-en de la religion ! Durant des siècles, l’église a proclamé que les animaux n’avaient pas d’âme, et a fermé les yeux sur la destruction de la Terre et de la faune en s’appuyant sur leur verset de la Bible « Croissez et multipliez-vous, remplissez la Terre et soumettez-la«  !

Le chrétien : Et alors ? Ce n’est pas pire que la science et les laboratoires qui ont fait des dégâts parmi la population animale ! Pas pire que l’humanisme qui a élevé l’homme au-dessus de toute la création et catégorisé l’animal en tant que « chose » ! Pas pire que les gouvernements qui ont permis l’abattage à outrance et l’élevage intensif ! 

(La femme parle seule en écho à ce qui se dit. Elle est triste avec un air désolé)

Femme : L’élevage intensif… L’abattage à outrance… L’humanité n’a plus de cœur… plus de cœur…

L’humaniste : Et alors, l’élevage intensif et l’abattage à outrance ? Et alors ? Le monde bouge, progresse et avance ! À un moment donné, on ne peut plus se permettre de faire du sentimentalisme !

L’écologiste : Mais, ouvrez les yeux ! Nous vivons dans un monde étonnant et unique ! Malgré ses imperfections, essayez plutôt d’œuvrer à le rendre plus beau, plus juste et plus solidaire, au lieu de penser à votre nombril ! Plutôt que de détruire ce qu’il y a de plus beau en lui, essayez de vivre en harmonie avec la nature avec les espèces vivantes qui l’habitent, ça vous rendra plus humble et ça vous ouvrira des horizons de compréhension et de tolérance !

L’humaniste : Gaston, vous êtes un rêveur et un utopiste ! Redescendez sur Terre et penchez-vous sur la question de l’homme, à la place d’user votre énergie pour la protection des bestioles.

Femme : Yvan ! Ce n’est pas parce que toi, tu penses ainsi, que Gaston est dans l’erreur ! 

L’humaniste : Mmm

Femme : Dites-moi Gaston, vous qui appréciez particulièrement les animaux, dites-moi ce que vous pensez du fait, que nous, êtres humains, soyons cousins de ces singes qui font l’amour à toute heure de la journée et avec toutes sortes de partenaires ?

L’écologiste : Je dis que ces animaux ont tout compris !

Femme : Mais comment donc ? Vous insinuez que nous devrions nous comporter comme des bêtes et forniquer en continu ?

L’écologiste : Nullement ! Leur méthode est très primaire, je vous l’accorde… Cependant, elle ne vient pas d’une volonté perverse et d’une réaction compulsive, mais plutôt d’une nécessité de régler les conflits par la relation et par la proximité.

Femme : Mmm… (Moue dubitative et hochement de tête non convaincu)

L’écologiste : Oui ! Les bonobos – puisque c’est d’eux dont il s’agit – font l’amour en termes de relations sociales. La sexualité est leur mode de communication principale. Plutôt que de s’entre-déchirer, ils ont choisi de faire l’amour plutôt que la guerre. Même si la méthode ne peut se transposer à l’homme, l’intention reste louable.

Femme : Mmm… soit… Mais enfin, tout de même, imaginez-vous que nous n’ayons pas eu ce 1 pour cent et quelques, qui nous distingue de ce singe et nous permet d’avoir de la jugeote et le la réflexion ? Imaginez, si nous n’avions pas eu cette différence fondamentale, notre monde serait un vaste bordel ?

L’écologiste : Ouais, un grand baisodrome !

Femme : Oui, un lupanar à ciel ouvert ! Pfft… Eh bien, nous l’avons échappé belle… (Soupir)

L’écologiste : M’ouais… Pas si sûr… Regardez les hommes et leur relation au sexe. Le sexe crée l’attachement et apaise bien des conflits.

Femme : C’est vrai, si on y songe… C’est vrai que les colères se règlent parfois sur l’oreiller…

L’écologiste : Vous voyez ! Il y a bien quelque chose du bonobo en nous…

(Énervé, et comme s’il était sous inspiration divine, le chrétien débite ses versets comme un prophète des derniers jours prévenant du jugement dernier)

Le chrétien : D’où viennent les luttes, et d’où viennent les querelles parmi vous ? N’est-ce pas de vos passions qui combattent dans vos membres? Confiez-vous en Dieu ! Il vous donnera la paix qui surpasse toutes paix ! Confiez-vous en Lui avant qu’il ne soit trop tard !

Homme 6 : Dieu ! La  belle affaire ! Dieu est une fabrication humaine ! Une illusion ! Un produit de l’imagination ! Un palliatif au déficit existentiel de l’homme ! La foi quant à elle, est une aliénation de l’homme projetant un absolu de vie et de pensées sur Dieu ! L’homme amélioré et son devenir, voici une noble cause et un fort beau programme. L’homme de demain – le « post-humain » – voilà la seule cause légitime et défendable de ce bas-monde !

(Bible en main, le chrétien égrène des versets)

Le chrétien : Prenez garde ! Prenez bien garde ! Sachant avant tout, que dans les derniers jours, il viendra des moqueurs avec leurs railleries, marchant selon leurs propres convoitises, ne vous confiez pas en l’être humain dans les narines duquel il n’y a qu’un souffle. Car, de quelle valeur est-il ? 

L’humaniste : Jean-Paul Sartre considérait « que la Foi était illusoire et que Dieu privait l’homme de la plénitude de sa liberté« . Restez dans vos dogmes si cela vous satisfait, mais laissez à l’homme sa liberté !

Le chrétien : L’homme est capable du pire comme du meilleur, mais quand Dieu est balayé, il reste un trou en forme de vide, que l’on remplit par l’argent, le sexe, le pouvoir… Par tout et par n’importe quoi…

Femme : Oui, il y a certainement un vide en forme de Dieu que rien ne peut combler… Il n’empêche,  ma question demeure… Suis-je ou ne suis-je pas ? Suis-je homme ou animal ? Suis-je un animal comme les autres ? Aristote disait « Donner à l’humain trop de l’homme tue l’humain »

La femme se tourne vers le public qu’elle interroge.

Femme : Et vous, qu’en pensez-vous ?

By Christ’in (texte protégé)

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