LA PORTE DE L’ESPRIT (Fantastique)

Dans son sommeil, Kétèr est très souvent dérangé par d’étranges visions. Cette fois-ci encore, alors qu’il dort, il se voit debout dans une atmosphère en noir et blanc. À quelques mètres de lui, une vieille porte en bois. Repeinte en jaune citron, seule touche de couleur dans ce paysage anxiogène, elle se dresse au milieu d’un champ en friche, couvert de broussailles et d’herbes folles. Attiré par cette porte, il s’en approche, foulant les herbes hautes qui lui montent à mi-jambe. Malgré les ronces et les épines qui accrochent son pantalon, il arrive à proximité et entend une voix au timbre indéfinissable, entre l’intonation masculine et féminine : 

–  Kétèr… Kétèr… Voici ce que dit “Lui qui a la clef qui ouvre la porte que nul ne pourra refermer » : Je t’ouvre une porte ! Si tu entres, tu y trouveras un avenir !

Le vieux battant s’ouvre largement. Dès que Kétèr passe le seuil, la porte se referme derrière lui dans un bruit retenu. De ce côté-ci, la nature est différente. Au contraire du terrain précédent où tout poussait de manière chaotique et anarchique, ici tout est organisé. Respectueuse de son environnement, chaque espèce végétale pousse en harmonie sans empiéter sur ses voisines. C’est comme si la flore était dotée d’intelligence et que d’elle-même, elle régentait l’écosystème. Ainsi, les mauvaises herbes ne poussent pas n’importe comment ni n’importe où. Elles ne jaillissent pas de ci de là au gré des vents intempestifs qui sèment leurs graines sans ordre prédéfini, mais elles s’ébattent dans leur pré carré. Pour autant, ces “chiendents ”ne sont pas mis à l’écart, interdits ou repoussés, mais s’épanouissent dans un espace spécifique et réservé pour eux.

Autre constatation !

Même si les plantes et les fleurs ont des caractéristiques similaires à celles du premier champ, pas une n’a de ronces ou d’épines.

En mouvement perpétuel, un point de lumière à rayonnements multicolores, volette autour de Kétèr et grossit jusqu’à devenir une sphère de la taille d’un poing d’adulte. Parée de couleurs changeantes, l’apparition sphéroïdale passe du jaune au mauve et du mauve au vert. Puis d’une voix éthérée, elle déclare :

–  La parole des prophètes s’élève dans le désert ! La parole des prophètes s’élève dans le désert !

Kétèr est interloqué. Il ne dit rien.

– Tu as franchi cette porte, dit la sphère. Désormais, nul ne pourra t’atteindre par-derrière. Et si l’ennemi vient comme un fleuve je le mettrai en déroute ! De même, toutes armes forgées contre toi seront sans effet, car tel est ton héritage ! 

Attiré par ce globe étincelant et vivant, Kétèr glisse une main à l’intérieur et voit ses doigts changer de forme et de couleur. En osmose avec la sphère ardente, il s’émerveille. 

–  Es-tu le Souffle ? demande-t-il dans son sommeil.

–  Ne le sais-tu point ?  Mes enfants connaissent ma voix ! 

–  Eh bien…

– Ne sois pas troublé, je suis en effet “l’Esprit du Très Haut” ! 

L’orbe mordorée aux reflets chamarrés s’immobilise un bref instant. Il reprend son mouvement circulaire et tourbillonne autour de Kétèr.

–  Tu es un sacerdoce royal, dit le globe en tournant à toute vitesse. Tu as été choisi pour annoncer le nom de “Celui qui t’a appelé des ténèbres à son admirable lumière”. Si tu observes mes commandements et si tu gardes mes lois, mes ordonnances et mes jugements, et que tu appliques mes préceptes, alors ce qui a été prononcé sur ta vie s’accomplira exactement et tu réussiras ! 

La sphère arrête sa ronde. Elle se replace devant Kétèr et devient balle bondissante. Puis, revêtant les couleurs d’un atome, elle se nuance de bleu profond et de vert acier.

–  Un vieil arbre a plus d’espérances qu’un fils d’homme en pleine santé qui reste sourd aux instructions, informe-t-elle. En effet, lorsque sa racine s’est flétrie dans la terre, il reverdit à l’approche de l’eau et son tronc se pare de nouvelles branches. Mais quand le fils de l’homme meurt, il perd la totalité de sa force et pour toujours, il expire.

–  Pourquoi cet avertissement ? s’inquiète le garçon

– Kétèr, si tu ne rejettes pas mes enseignements et si tu gardes ma sagesse, alors tu n’auras plus de troubles et ton sommeil restera paisible.

–  La sagesse ? interroge Kétèr. 

– Celle qui vient d’En-Haut. Celle qui est pure, pacifique et conciliante. Celle qui est modérée, compatissante et sans fausseté. Celle qui vaut plus que les perles, le corail et le cristal. Oui ! Heureux celui qui la trouve et qui possède l’intelligence, qui ne s’appuie pas sur sa propre sagesse, mais se confie dans le Très Haut. Insensé, le fils de l’homme qui méprise la sagesse et l’instruction ; celui qui se croit debout sans croire qu’il va tomber. Certainement, il mourra sans avoir acquis la sagesse d’En-Haut, mais toi Kétèr, cherche-la ardemment, car en elle se trouvent ton espérance et ton avenir ! 

–  Mais comment ? Je… je…

– Il est vrai que la sagesse d’En-Haut est mystérieuse et cachée aux plus grands de ce monde, mais tu la trouveras au travers de la connaissance divine et dans la crainte du Très Haut ! Ce n’est pas l’âge qui procure cette sagesse et rend capable de juger, même si elle se trouve aussi dans la vieillesse… Lorsque tu l’auras trouvée, dis-lui qu’elle est ta sœur, puis déclare à l’intelligence qu’elle est ton amie, afin que ta bouche l’annonce et que ta langue communique la véritable Justice ! 

–   D’accord…

La sphère contourne Kétèr à vive allure avant de sautiller devant lui.

–  En ce qui concerne ta mission, tu ne sauras rien de plus jusqu’au jour où tu recevras de nouvelles instructions de ma part, révèle-t-elle. À ce moment inscrit au troisième ciel, tu annonceras à l’injuste qu’il marche sur un mauvais chemin conduisant à une mort certaine. Si tu ne l’avertis pas, il mourra comme prévu ; mais si tu le mets en garde et qu’il refuse de changer de voie, alors il connaîtra la mort, mais toi tu auras accompli ton devoir et tu seras récompensé.

– Mais comment j’saurai ? 

–  Pour l’instant, tu en sais suffisamment, mais trois signes t’indiqueront les temps. Le premier sera un cri de détresse qui tourmentera tes entrailles. Le deuxième sera l’acquisition d’un lieu foulé par tes pieds, et le troisième sera la venue de deux guerriers missionnés par le Très-Haut pour combattre à tes côtés.

Par crainte d’oublier les trois signes, Kétèr les répète intérieurement.

–  Sois tranquille, explique l’Esprit du Très Haut. Rien ni personne ne pourra effacer ou ôter les paroles que je te donne. Ce qui t’es révélé, reviendra dans ta mémoire au temps marqué et favorable. Ainsi, quand arrivera l’heure de ton Eukairos, le Souffle te le rappellera afin que ta mission s’accomplisse parfaitement. Le crois-tu, Kétèr ? 

–  J’le crois ! répond Kétèr en hochant la tête.

–  Veux-tu toujours me suivre ? 

–  Bien sûr ! affirme le garçon.

Après une minute de silence, la voix reprend : 

–  Homme bien-aimé, que la paix soit avec toi ! 

Sur ces paroles, la sphère multicolore rétrécit jusqu’à devenir une petite bille de lumière. Lorsqu’elle n’est plus qu’un point minuscule, elle se met à virevolter puis s’infiltre dans la bouche de Kétèr.

By Christ’in (tous droits réservés)

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