LES LETTRES DE ROLAND

Des lettres, une écriture léchée, intelligente, fournie, sensible et passionnée. Des mots perdus dans un trouble éperdu. Des liés et des déliés qui me reliaient à lui, qui le reliaient à moi… Une bouteille à la mer.

Plaisir, frissons, extase, adrénaline. L’espace d’une lecture, forte, vibrante, sensuelle comme un échange d’émotions, un partage érotique. Hormones du bonheur. Une lecture en apesanteur, dans un souffle retenu, en apnée. L’écho de sa voix à chaque ligne couchée sur le papier mouillé de la sueur de son désir vorace, affolant et enivrant.

Et moi…

Moi qui me languissais de ces longues et créatives missives d’un autre temps, d’une autre époque. Ses lettres attendues chaque jour comme un colis surprise à déballer avec fièvre. Ses lettres espérées, ouvertes avec bonheur, parcourues avec avidité. Ses lettres dévorées dont je me délectais, qui me transportaient. J’en redemandais. Addiction. Entre mes mains fébriles, nerveuses, le papier le révélait, me révélait, nous unissait, nous mettait à nu, à découvert. Choc des émotions primaires. Ses mots comme autant de cadeaux, de bijoux, de parures qui me sublimaient et m’attachaient à lui.

Émerveillement, frisson, émoi, larmes. Tant d’inspiration. Tant de fougue. Chaque mot était gobé, puis sucé comme un bonbon gourmand. Je me régalais de son ardeur, de l’élan de son amour émouvant et excitant qui transpirait partout.

Réflexion, construction, envolées lyriques. Je l’imaginais, ne ménageant pas ses efforts pour me plaire. Cherchant les meilleurs mots, les plus belles phrases rien que pour moi. Je l’imaginais écrivant dans le silence de sa chambre, puis, froissant, déchirant et refaisant, pour le meilleur, pour se dire, me dire, nous dire en poésie, de la plus belle des manières.

Séduction, inspiration, confusion. Un tracé de jambages bouclés. Des mots. Tant de mots. Ses mots comme preuve de sa flamme. Un désir retranscrit qui me touchait au point de me faire sentir « Elle ». Au point de croire être la Seule, l’Unique !

Pour lui, j’étais belle à en mourir… d’amour. J’étais sa muse, son adorée, sa nouvelle raison de vivre, d’espérer. J’étais celle qui faisait trembler sa main que je supposais fragile et forte à la fois. Sa main conduite par la puissance de son trouble, par l’agitation de son cœur. Sa main conduite par ses sentiments, poussée par ses émotions. Sa main qui traduisait sur le papier, son oppression, son étouffement, son manque de moi. « Une torture… écrivait-il. La violence de ton absence. Ta présence, un besoin nécessaire pour enfin respirer, pour enfin te donner, te sentir. Pour enfin être complet, rempli et enfin être moi, car moi sans toi, ne veux plus rien dire… »

Des accords en désaccord. Son cœur vibrait au rythme de mes battements qu’il disait entendre depuis son lit en solitaire, quand je ne palpitais à la lecture de ses déclarations flamboyantes que par pur égoïsme. Oui, je ne frissonnais que par orgueil, par jouissance personnelle, par besoin de reconnaissance.

Pourtant… Jamais, lettres ne m’avaient autant troublé. Chaque mot de lui me criait que j’étais belle, qu’il me voulait, qu’il ne voulait que moi dans sa vie ! Ses proses m’exhumaient, me célébraient, me transcendaient, et je me laissais faire. Je me laissais séduire. Pas amoureuse, par ses mots, il me remplissait toutefois d’une puissance de vie. Je me sentais vivante. J’étais pleine comme jamais. Pleine de son amour brûlant pour moi, pleine de ses compliments, pleine de ses éloges à mon endroit comme autant de baisers sur mon corps, comme autant de caresses sur ma peau. À ses superlatifs, j’étais offerte…

OUI ! Il pouvait bien exagérer. Il pouvait bien me glorifier. Je l’autorisais à me chérir à l’excès par lettres interposées. J’en voulais encore. J’en redemandais. La tête à l’envers, je lampais ses mots comme une chatte assoiffée. Le jour, la nuit, je lisais et relisais encore et encore cette fiévreuse correspondance pour mieux m’en imprégner, pour m’en encombrer l’esprit, pour  en mémoriser chaque mot répété dans ma tête, me faire du bien et me donner de la force. C’était trop bon !

OUI ! Je voulais me rappeler de TOUT et ne rien oublier car j’étais pleine de lui, mais de lui en fantasme, en homme rêvé, en idéal. J’aimais ce qu’il pensait de moi. J’aimais ses mots qui me célébraient, mais aussi ses petits dessins qui agrémentaient ses écrits. Des croquis presque enfantins pour atténuer la puissance érotique d’une prose puissante. Des croquis comme des respirations. Trop sincère dans ses mots, trop direct, sans filtre par trop d’adoration, il craignait de me faire peur, de me faire fuir, et ses dessins sommaires, tracés çà et là, étaient comme autant de smileys, d’émojis avant l’heure pour contenir le feu d’une flamme trop brûlante, d’un amour trop pressant et oppressant qui ne pouvait s’exprimer que sur des pages noircies par une ardeur inassouvie.

À chaque ligne, il se dévoilait davantage. Il se donnait sans pudeur. C’était quitte ou double. Son cœur sur la table, il abattait tout son jeu, et par ses déclarations, il misait tout son avenir sur moi. Mon futur se devait d’être entre ses bras, et notre passion se vivrait sous les draps. Touché, coulé. Emportée par l’élan de son audace, j’ai fini par succomber, et le radeau de mon âme s’est échoué sur les rives de ses élans littéraires. J’ai jeté l’ancre dans son encre, mais le jour n’a pas su résister à la nuit et, à peine attisée, mon étincelle s’est éteinte. D’attirance et d’envie, pour lui, j’en étais dépourvue. Et malgré le manque futur et certain de ses lettres embrasées, je me suis éloignée. Sur la pointe des pieds, je me suis détachée du vertige de l’étreinte. Je l’ai abandonné à toutes ses promesses et me suis retirée de cet amour à sens unique.

Il m’aimait, me désirait, me voulait, quand je ne voulais que ses mots, ses lettres que j’ai conservées longtemps. Très longtemps, jusque dans mon mariage. C’était mon trésor précieux, mon jardin secret. Moi seule connaissais l’existence de ces courriers soigneusement cachés et jalousement gardés. Moi seule, savais qu’ils étaient là, à portée de ma main, à portée de mes larmes, à portée des regrets, des déceptions amères.

À l’abri d’une vie bien rangée, d’un quotidien trop ordonné, ce souvenir d’un temps qui m’avait donné des ailes persistait encore dans un coin de ma tête. Nostalgie d’une jeunesse qui n’était plus et ne reviendrait plus. Nostalgie d’un temps où l’amour s’écrivait encore sur des pages recto-verso, mais que le SMS a supplanté. Un temps révolu, regretté qui ne subsiste en moi, qu’en réminiscence. Un retour en arrière et la joie d’avoir vécu ce moment d’un romantisme fou.

Des souvenirs en source d’inspiration. Une bulle d’évasion quand mon cœur se fait trop lourd, quand le jour devient maussade ou quand la nuit m’absorbe dans son manteau de ténèbres. Des souvenirs comme des bouffées de bonheur, quand le temps veut érafler mes dernières illusions, qu’il emporte ma légèreté dans la gravité de la vie, qu’il rabaisse mes déraisonnables ambitions d’amour et qu’il anéantit mes rêves un peu trop grands pour moi.

Je ne l’ai pas aimé, mais il était « Lui ». Celui qui l’avait fait naître «  Elle » et dont « Elle » garderait la souvenance, sa vie durant. Lorsqu’ « Elle » y songeait, lorsqu’ « Elle » le relisait, alors lui revenait en mémoire qu’ « Elle » avait été son Unique, et sur sa peau, sur son cœur, le trouble demeurait… intacte. À chaque relecture, « Elle » ressentait la même joie, la même émotion qu’à l’époque et se plaisait à croire encore qu’ « Elle » était restée la plus belle entre toutes…

By Christ’in (tous droits réservés)

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