LA TIMIDITÉ (pensées)

La timidité, ce handicap qui ne se voit pas toujours, mais qui fait souffrir et oblige le timide à se battre contre ses déficiences pour avoir une vie sociale ou professionnelle, sinon, il devra déclarer forfait, se cacher et demeurer en retrait…

Longtemps, j’ai fait partie des timides du groupe, des effacés en classe, de ceux dont on oublie le visage, le prénom… Plus tard, au boulot (surtout dans les entreprises à la réunionite aigüe), j’étais celle qu’on n’entendait pas derrière son clavier, celle qui ne se mettait jamais en avant.

Et puis…

Puis, estimant que je ne pouvais pas laisser la timidité me dominer systématiquement et m’empêcher de vivre, j’ai pris le taureau par les cornes et j’ai lutté. Il y a eu les luttes pour paraître et donner le change. Il y a eu les batailles intérieures ignorées des interlocuteurs pour ne pas trembler, pas bafouiller et pas sembler « morte de trouille », tandis que je l’étais bel et bien. Oui, car « morte de trouille », est un terme faible, alors que j’étais plutôt « liquide ». Adjectif plus adéquat pour signifier mon état de déliquescence à ce moment de « mise à nu » et de « prise de parole ».

Je dois bien vous l’avouer, à mon grand désespoir, c’est une épreuve pour moi de dialoguer avec celui que je ne connais pas assez pour parler de tout et de rien, de choses sérieuses ou pas, tout en étant à l’aise, décontractée…

Celui qui m’intimide le plus n’est pas vraiment un inconnu. Il n’est pas celui que je ne reverrais pas et avec qui je n’ai aucun enjeu. Il n’est pas celui qui pourrait me confondre, me démystifier, découvrir mes failles, me mettre à jour. Oui, car en présence de celui qui ne sait rien de moi et croise juste mon chemin, je peux être relativement à l’aise. Avec l’inconnu, je n’ai pas trop de souci, car je n’ai pas de challenge. La plupart du temps, il m’est assez simple de rire et de discuter de tout et de rien avec lui, il m’est amusant et aisé de m’inventer une vie ou de l’améliorer pour rehausser un peu mon besoin d’estime de moi et de reconnaissance.

Ce qui m’est plus ardu, c’est d’échanger avec celui que je suis appelée à revoir, celui qui m’écoute attentivement ou qui à l’air de le faire, celui qui attend de moi que je m’exprime correctement et normalement, afin qu’il me comprenne et qu’on puisse échanger naturellement, intelligemment ou même plus légèrement.

Celui-là, je me dis d’emblée que je ne dois pas le décevoir, et alors là, bingo ! Rapidement, mes émotions prennent le dessus sur ma réflexion et une bataille intérieure et féroce s’engage entre moi et moi. Et je peux dire que ces moments sont vécus comme une torture, mais cela devient encore plus dur , lorsque ce n’est plus simplement UNE, mais DEUX personnes qui me font face et entament un dialogue avec moi !

Oh, combien, c’est une douleur, un stress, un angoisse +++ quand il me faut parler devant plusieurs personnes, ou devant un public. Ce genre de situation est un cauchemar pour moi. Si je sais que je dois l’affronter à l’avance, cela me coûte des nuits d’insomnie, et des heures de questionnements, du genre : qu’est-ce qu’ils vont penser de moi ? Comment je vais me tenir, et bouger devant eux ? Est-ce que je vais devoir rire, marcher ou bien rester assise ? Vais-je devoir lire mon texte ou essayer d’improviser ?

Combien il m’est difficile de dompter cette peur qui me noue l’estomac dès que je dois parler de moi, prendre la parole, et lorsqu’on espère, qu’on s’attend à une réponse de ma part, même basique, même minime. Cette peur incontrôlable qui gonfle dans ma gorge, qui rend mes jambes cotonneuses, qui me fait transpirer et fait trembler mes mains ?

Lorsque je croise un regard sur moi, il m’est difficile de ne pas perdre mes mots et mes idées en cours de route. Car oui ! Un seul regard, un seul sourire, un seul hochement de tête peuvent me déstabiliser, au point de me faire perdre le fil de ma pensée et ne plus savoir ni quoi dire ni quoi faire, à part tenter de combler les blancs en bredouillant n’importe quoi.

Eh oui, un seul petit regard, même fugace, même bienveillant ou encourageant peut me faire perdre tous mes moyens… Un regard entrevu, une simple paire d’yeux posés sur moi ou un regard fuyant qui regarde autre part et me fait croire que ce que je raconte manque d’intérêt, et c’est la catastrophe, l’arrêt sur image, la descente. Ma tête devient alors le théâtre d’un chaos apocalyptique et génère dans le même temps, un vide abyssal neuronale dans lequel je m’enfonce et je tombe, sans savoir comment me rattraper et remonter à la surface.

Que faire lorsque cela m’arrive ?

Arrêter les dégâts, m’excuser, prendre congé au plus vite, continuer vaille que vaille, faire semblant de réfléchir à quelque chose d’intelligent, hocher du chef pour masquer les blancs, ou tenter de retrouver mes esprits et de me reconnecter à ma narration d’avant, à ce que je disais quelques millièmes de secondes avant et qui vient de s’évaporer dans les méandres de ma piètre estime de moi et dans l’oubli d’une mémoire dominée par la honte.

Oui, à ce moment, je perds pied, je ne sais plus comment poursuivre et j’ai l’air cruche à bégayer sottement, à rougir bêtement et à tenter de me reconnecter à ma pensée en croisant les jambes comme si j’avais envie de faire pipi… « Bon sang de bon soir, mais qu’est-ce que je disais avant d’être dans cet état ? Qu’est-ce que je disais avant de me penser niaise, inintéressante, stupide, bête à manger du foin 😛 ? « 

J’en ai marre d’être comme ça !

Marre d’avoir peur de ce regard que je considère comme un regard qui me juge, comme un œil critique qui va m’attendre au tournant… Marre de ne pas pouvoir m’exprimer librement sans craindre de m’emmêler les pinceaux. Marre de toujours croire que les autres sont BEAUCOUP plus intéressants que moi, qu’ils vont à un moment ou à un autre, se rendre compte de mes faiblesses et démasquer mes déficiences, qu’ils vont s’apercevoir que je n’ai rien, ou du moins pas grand chose à leur vendre d’intéressant, que je ne suis pas à la hauteur de leurs attentes, que je suis un imposteur, et que donc, « Circulez y a rien à voir », ils vont biaiser la conversation, l’écourter et voir ailleurs si je n’y suis… pas.

Et alors, lorsque effectivement, je ne sais plus trouver les mots et que je m’embrouille, la plupart du temps, l’autre ou les autres esquivent, ont un sourire gêné ou forcé, tourne la tête pour se dérober et changer d’interlocuteur, s’occupe à autre chose, puis me fuient ou s’enfuient. Me vient alors ce type de pensées « J’ai encore paniqué, foiré, merdé, etc…  » « Seigneur, ils parlent tous si bien et avec le sourire en prime, alors que moi… » « Je ne me sens pas écoutée, ça prouve que je suis nulle et qu’il vaudrait mieux que je me taise «  « Et puis d’abord, je suis QUI pour oser prétendre que mes mots, ma parole sont dignes d’intérêt ? « 

Voilà bien le genre de réflexions qui tournent en boucle dans ma tête, dans ces grands moments de solitude, de honte et de tristesse. Ces moments où je me lamente sur mon cerveau qui s’empêtre les neurones et s’engourdit dès que je dois ouvrir la bouche.

C’est IDIOT n’est-ce pas ?

Alors franchement, « pas merci TIMIDITÉ » !

Non, franchement pas MERCI à toi qui me gâche la vie depuis l’enfance et qui m’empêche d’être bien et de partager des moments géniaux avec des personnes sympas !

Voyez-vous, mon handicap ne se voit pas forcément, parce que je fais en sorte de donner le change. Pourtant, même si ma gêne ne transparaît pas toujours de façon évidente, être timide est pénible et envahissant, et dès que je suis en société, je dois lutter pour ne pas montrer mes failles, pour paraître détendue, avenante et sociable.

Mais quel dilemme ! Quelle souffrance !

Franchement, j’en AI PLUS QUE MARRE D’ËTRE AUSSI TIMIDE, et le pire du pire du pire, c’est lorsqu’on me dit « mais non, tu n’es pas timide, toi, tu t’exprimes tellement bien et tu souris tout le temps ! 🙁

Merci l’écriture, ma déficience n’est pas dans les pages que je noircie chaque jour et c’est tant mieux 🙂

By Christ’in

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