CROISEMENT D’ÂMES (nouvelle courte)

Ma première participation aux 24 Heures de la Nouvelle 2016 : L’histoire doit se passer à au moins deux époques différentes (pas forcément très distantes), qui ne peuvent pas communiquer directement entre elles (pas de portails temporels, de machines à remonter le temps, de télépathie…), mais se répondent et se complètent.

Henri Dunant, cinquante ans, en instance de divorce et père de deux garçons de dix-huit et vingt ans, séjourne depuis presque un mois et demi au deuxième étage du Centre Psychiatrique de la Rochelle. Henri Dunant est un récidiviste de la tentative de suicide. Coup de malchance pour lui et coup de chance pour ses proches, les deux essais ont échoué. La première fois, les médicaments absorbés l’ont plongé dans un état semi-comateux, mais ne l’ont pas tué. La deuxième fois, son fils aîné a débarqué chez lui à l’improviste, juste avant qu’il ne se passe la corde au cou.

Henri Dunant est un homme désespéré. Sous camisole chimique et traité depuis plusieurs semaines pour dépression sévère, il  n’a plus goût à la vie. Malgré les neuroleptiques qui calment ses angoisses, le Lithium qui régule un peu ses émotions, l’amour de sa famille et les visites régulières de ses garçons, il projette toujours de mettre fin à ses jours. Sa décision est irrévocable. Que ce soit à l’hôpital ou ailleurs, Henri Dunant a résolu d’intenter à sa vie et cette fois-ci, il est déterminé à tout faire pour ne pas se rater. Ne lui reste plus qu’à trouver les moyens, le temps et le meilleur endroit pour faire aboutir son projet de sabordage.

La cause principale de cette folie destructive a pour nom « Juliana ». Juliana est l’épouse d’Henri. Mariée à lui depuis vingt-deux ans, elle a demandé le divorce pour vivre sa passion avec le meilleur ami d’Henri. Le choc a été rude ! En apprenant les deux nouvelles simultanément, celle de la séparation immédiate, ferme et définitive, et celle de la double tromperie, Henri n’a pas encaissé. Rongé par la colère et niant la rupture avec Juliana qu’il continue d’aimer profondément, il s’est effondré pour ne plus se relever

***

Depuis l’annonce de la rupture, Henri n’était plus que l’ombre de lui-même. Comparable à un homme brisé et en sursis, il errait comme une âme en peine en attendant la délivrance.

Cet après-midi du 15 septembre 1970, il cogitait dans sa chambre. Allongé dans son lit, il élaborait un plan d’autodestruction, car depuis le matin il était l’heureux détenteur d’un badge professionnel qui lui ouvrait tous les accès de l’hôpital et faciliterait son suicide. C’était en rejoignant le self d’un pas traînant, à 11 h 47 très précisément, qu’Henri avait marché sur le badge perdu par un soignant en plein milieu du couloir.

Quelle ne fut pas la surprise d’Henri de découvrir un tel trésor ! Quelle ne fut pas sa joie ! Enfin, « joie » toute relative pour un homme suicidaire. Donc, quel ne fut pas son étonnement d’avoir trouvé ce badge qu’il ramassa à la hâte et fourra dans sa poche de robe de chambre. Avec un tel sésame, Henri pourrait naviguer dans le bâtiment et trouver l’endroit idéal pour raccourcir ses jours.

Sans perdre de temps, il avait consacré le reste de sa journée à la préparation de son plan. Il avait commencé par aller à la pêche aux renseignements. Et entre deux prises de médicaments, il avait cuisiné Marie-Sophie l’infirmière de jour. Il l’aimait bien Marie-Sophie. La petite trentaine, c’était une jeune femme vive, souriante et très causante. Tout son contraire. Pour la mettre en confiance, il lui avait dit qu’il se sentait moralement beaucoup mieux et qu’il aimerait bien discuter cinq minutes avec elle. Ravie de dialoguer avec cet homme connu pour être un ours mal-léché qui ne parlait à personne, Marie-Sophie avait accepté de prendre du temps pour lui. L’air faussement jovial, Henri lui avait dit s’intéresser à l’historique et à l’architecture de l’hôpital. Marie-Sophie s’était soumise de bonne grâce à son interrogatoire. Au milieu de questions ordinaires, il lui avait demandé la date de construction du bâtiment, quelques détails sur la configuration et le nombre d’étages. Avec un grand sourire, la jeune femme avait dit que l’hôpital possédait quatre étages, que c’était un ancien château du XVIIIème siècle réhabilité en centre de soins en 1943, que les nazis avaient investi le lieu de 1940 à 1941, qu’il y avait très exactement quarante-deux pièces et un immense sous-sol.

Malgré son cerveau ankylosé par les cachets, Henri réfléchissait. Il se disait qu’à moins que les souterrains ne soient une zone d’activité intense, ce serait assurément le meilleur endroit pour mourir tranquille et ne pas être dérangé. Dans cette optique, Henri avait tenté d’en savoir plus. Malheureusement, l’infirmière n’avait aucune idée de ce qui se tramait dans le sous-sol. Henri était frustré. Il lui fallait des éléments supplémentaires pour mener à bien son projet.  

Après avoir remercié Marie-Sophie pour ses éclaircissements, Henri avait eu un flash. Il s’était rappelé avoir entraperçu un plan schématisé du bâtiment, non loin du bureau infirmier. Le pas tranquille et les mains dans les poches de sa robe-de-chambre, il avait donc été déambulé dans le secteur et s’était rapproché du bureau principal. Effectivement, tel qu’il s’en était souvenu, Henri avait retrouvé le fameux « Plan d’évacuation sécurité incendie » près de la porte vitrée. Seul problème, le schéma ne représentait qu’un seul niveau à la fois. En l’occurrence, le deuxième étage. Aussi, à part localiser l’emplacement des portes coupe-feu, des escaliers et des issues de secours, Henri n’avait guère plus d’informations sur le sous-sol. Une nouvelle fois, Henri était frustré. Mais tandis qu’il jetait un œil dans le bureau infirmier vidé de son personnel, Henri avait repéré une lampe-torche sur un bahut métallique. Sans trop réfléchir, il avait dégainé son badge de sa poche et pénétré dans le bureau. D’un geste rapide, il avait coincé la lampe-torche sous son aisselle et avait regagné sa chambre avec l’allure raide d’un général d’infanterie. Plus tard dans la nuit, Henri avait retiré son drap de lit avec l’intention de s’en servir pour se pendre, puis l’avait replié sous son bras. Les couloirs étaient déserts. Il n’y avait pas un bruit dans l’hôpital. Tout le monde dormait. C’était l’heure durant laquelle les soignants somnolaient en salle de repos. Henri était descendu à l’étage du dessous par les escaliers de secours et avait étudié le « Plan d’évacuation sécurité incendie » du 1er niveau. Celui-ci mentionnait une pharmacie. C’était l’aubaine pour Henri qui avait suivi la trajectoire indiquée et s’était introduit dans l’officine éclairée par un néon. Habitué aux neuroleptiques qu’il consommait depuis des mois, Henri avait reconnu les petites pastilles roses dans l’armoire en verre fumé. Il en avait subtilisé plusieurs tubes et les avait stockés dans ses poches. Henri était satisfait. Son plan marchait parfaitement. Il se disait qu’il avalerait les cachets, puis qu’il se pendrait haut et court. Au moins, cette fois-ci, il était sûr et certain de passer l’arme à gauche. Quelques escaliers supplémentaires, quelques couloirs à longer et Henri accéda à la porte métallique sur laquelle était noté : « Accès sous-sol. INTERDIT AU PUBLIC ».

Aucun problème. Le passe-partout fonctionnait aussi pour cette porte. Elle se débloqua et Henri put franchir l’autre côté. Il y faisait très noir. Henri alluma aussitôt sa lampe-torche et balaya les lieux de son faisceau lumineux. Pas très gai comme endroit. C’était une sorte de long tunnel humide aux parois de pierres mousseuses. Les premiers pas d’Henri sur le sol détrempé furent d’abord hésitants. Puis, il prit de l’assurance. La perspective de savoir sa fin proche le fit sourire et rendit son pied alerte. Enfin il quitterait ce monde maudit ! Enfin sa souffrance ne serait plus !

Sa lumière dirigée droit devant, Henri progressait et marchait d’un bon pas. Il se disait que plus il irait loin dans le souterrain, plus son plan réussirait. Pareil à un rat d’égout, Henri s’enfonçait dans la pénombre. Il marchait depuis dix minutes et se trouvait déjà bien essoufflé. Il faut dire que l’air dans ce lieu confiné, devait être saturé et l’oxygène fortement réduit. Henri ne respirait pas très bien. Mais quelle importance ! De toute manière, dans très peu de temps, il ne respirerait plus du tout. Soudain, alors qu’il s’avançait d’un pas pressé, Henri trébucha et tomba tête la première dans la terre collante et gorgée d’eau. Un peu sonné, il se releva et porta la main à son visage. Du sang coulait de son nez. Il s’essuya avec le drap qu’il avait échappé, puis d’une main tâtonnante, il récupéra sa lampe-torche heureusement intacte et toujours allumée. Il s’adossa contre la paroi en pierre et resta là sans bouger. Les genoux remontés à hauteur du torse, Henri avait coincé sa lampe-torche entre ses mollets. Déboussolé par cet arrêt brutal, il reprenait peu-à-peu ses esprits et méditait sur la configuration des lieux. Il se disait qu’après tout, là où ailleurs, il pouvait parfaitement s’ingurgiter la totalité des cachets qu’il avait dans la poche, ici-même. De toute façon, vu la quantité de tranquillisants, Henri était certain de ne plus se réveiller. Ainsi donc, même s’il ne lui était pas possible d’enrouler ou d’harnacher le drap pour se suspendre, l’ingestion médicamenteuse à haute dose aurait raison de lui.

Dans cette pensée, Henri récupéra un premier flacon de neuroleptiques qu’il soupesa dans la paume de sa main. Sa vie ne pesait pas bien lourd. Quelques grammes tout au plus… Il dévissa la capsule et réalisa qu’il avait omis de prendre une carafe d’eau. Henri s’irrita contre lui-même. Il aurait du mal à faire glisser cette quantité astronomique de cachets dans son œsophage sans l’aide d’un peu de liquide. Henri détestait avaler quoi que ce soit à sec. Il était du genre à s’étrangler avec des aliments minuscules. Les soignants lui répétaient que c’était nerveux, mais Henri s’en fichait. À chaque fois, il pestait contre sa gorge qui faisait mal son travail. Mais ce soir-là, à quoi bon… Henri estima que l’oubli ne valait pas énervement. Il se calma et songea que même si le travail serait plus laborieux, il comptait sur sa salive pour y arriver. Tout en respirant fort par le nez, Henri mit un sédatif dans sa bouche et se concentra pour ne pas l’avaler de travers. Les yeux dans le vague, il enrobait patiemment le médicament de salive quand son regard fut interpellé par quelque chose.

Face à lui, là où sa lampe-torche éclairait la partie basse de la paroi, Henri venait de remarquer un élément non-naturel, qui n’était ni de la pierre ni de la terre. À quatre pattes, il s’en approcha. En première impression, ça avait l’air métallique. Henri se mit à gratter le sol à mains-nues. Plus il grattait, plus l’élément métallique prenait du volume. Avec de la transpiration, Henri put mettre à jour une poignée et dégagea une caissette. C’était une grosse boîte, certainement en argent au vu de l’alliage enterré très peu oxydé et corrodé. Après avoir creusé avec rage et retiré des paquets de boue, Henri extirpa la caissette de son tombeau. Comble pour un grand dépressif, il en fut très heureux !

Il retourna s’appuyer contre la paroi opposée et espéra que la mystérieuse boîte puisse s’ouvrir facilement. Son cœur battait la chamade. Par chance, elle s’ouvrit. Henri s’essuya les mains dans la partie du drap immaculée, puis sa lampe-torche entre les dents, il découvrit qu’elle contenait quelques bijoux. Des pierreries magnifiques et incontestablement de grande valeur, bien qu’Henri n’y connaisse pas grand chose en matière de bijoux. Il y avait aussi un lingot d’or d’un bon poids, une liasse de billets de banque en francs datés de 1935 et de 1940, un carnet noir, un stylo plume et un encrier à l’encre sèche. Fébrile, Henri avait saisi le calepin. De la main droite, il tenait sa lumière et de la main gauche, il tournait les pages du carnet aux feuilles jaunies mais assez bien conservées par le métal précieux qui assurait sa protection. Depuis combien de temps cette caissette était-elle enterrée ? Henri espérait le savoir grâce aux écrits qu’il s’apprêtait à lire.

Le journal, puisqu’il s’agissait d’un journal intime, commençait à la date du 1er janvier 1935. Henri comprit rapidement qu’il lisait les écrits d’une aristocrate propriétaire des lieux à l’époque de la Seconde Guerre mondiale. Cette femme, une duchesse, se nommait Hortense de la Clocheville-Dubon. Henri était très intéressé par les confidences de la noble dame. À cet instant, il avait délaissé son envie de se supprimer au profit de cette lecture. Au fil des mots, Henri apprit qu’Hortense de la Clocheville-Dubon, née Hortense de la Rocheclaire en 1912, avait vu le jour dans cette même bâtisse, patrimoine de ses ancêtres. Il avait su qu’elle y avait coulé des jours heureux auprès de son époux le duc Édouard de la Clocheville-Dubon et qu’ils avaient eu deux enfants, Anne-Catherine et Charles-Henri. Ce dernier prénom tira un sourire à Henri Dunant.

À travers ce journal, Henri s’attacha à la noble dame aux tournures de phrases d’un autre temps. Bien qu’elle ne se soit pas décrite, il la voyait de taille moyenne, plutôt mince et surtout de belle prestance. Il s’imaginait une femme de grande classe et aussi de bel esprit. Son vocabulaire singulier et particulièrement choisi, en était la preuve. Au fur et à mesure des confidences partagées, Henri se réjouissait puis s’attristait avec Hortense de la Clocheville-Dubon. Il pénétrait dans la vie de cette famille de châtelains qui, bien que nantie, était dévouée aux plus pauvres et œuvraient pour les besoins des malheureux.

Quelle grandeur d’âme ! songeait Henri. Soudain, la magie s’évanouit. Les pages suivantes étaient tâchées, et l’écriture n’était plus aussi délicate et déliée qu’elle l’avait été jusqu’à présent. Dès les premiers mots, Henri avait eu un frisson d’effroi.

« 2 mai 1940… Je vais mourir…

À celui qui me lira, voici mes derniers écrits. Je ne sais absolument pas combien de temps Dieu me prêtera encore vie ici-bas, mais ce que je sais, c’est que le temps qui me reste est extrêmement réduit. Ce qui est sûr, c’est que je vais mourir dans mes propres souterrains. Ici-même. Dans ce dédale qui, petite fille, m’avait toujours terrorisé et dans lequel je ne m’étais jamais aventurée. Oui, je vais mourir, mais comme une bouteille à la mer, je veux offrir ces derniers mots à mes deux enfants chéris. Je veux leur dire que je ne les ai pas abandonnés. Qu’après Dieu et leur pauvre père que l’on vient d’assassiner, ils sont ce que j’ai de plus cher au monde. Je veux aussi remercier ma très chère sœur et son merveilleux époux d’avoir accepté de mettre à l’abri mes enfants à l’annonce du rapprochement des troupes Allemandes et de s’en occuper comme s’ils étaient les leurs. Je veux dire à mes enfants qu’ils me manquent atrocement et terriblement. Que depuis leur départ, pas un jour ne se passe sans que je ne pense à eux. Je veux leur dire, sans entrer dans les détails, que leur père et moi avons vécu des moments douloureux et très difficiles, mais que chaque jour que Dieu nous a donné, nous n’avons pas oublié de lui rendre grâce pour ses faveurs. Je veux leur dire que malgré les épreuves, ils ne doivent jamais omettre de remercier Dieu pour ses bienfaits qui se renouvellent chaque matin. Que chaque jour, ils soient reconnaissants pour le souffle de la vie donnée par grâce et pour tout ce qu’ils reçoivent de bon comme de moins bon.

Je suis confiante et je pars en paix, car je sais que ma chère sœur continuera de les enseigner dans les voies de Dieu et qu’elle leur permettra de garder un cœur doux et humble. Je sais qu’elle leur apprendra à s’occuper des plus pauvres et qu’elle leur enseignera la puissance du pardon.

… Mes Chers petits

Ceci est en quelque sorte mon testament. Vous devez savoir la vérité, non seulement pour vous, mais aussi pour notre famille, nos descendants. Vous devez savoir ce qui nous est arrivé à votre père et à moi. Bien sûr, je vous épargnerais tous les détails sordides de ces derniers jours, mais la vérité vous est due. Tout d’abord, sachez que la Kommandantur s’est installée dans notre propriété à l’été 1940. Ils ont investi de force notre demeure en n’hésitant pas à abattre votre pauvre père qui s’est opposé à eux et cherchait à me défendre. Votre père est mort en héros, et par chance, j’ai pu tenir sa main avant que son dernier souffle ne s’en retourne à Dieu. Ceci fut hélas, mon seul et unique réconfort, puisque après le décès de votre père, plusieurs de ces hommes se sont permis de me souiller et m’ont promis de recommencer.

Mes enfants, si je vous fais ces révélations, ce n’est certainement pas pour déposer un quelconque sentiment de haine ou de vengeance dans vos âmes, mais simplement pour que vous compreniez ce qui s’est réellement passé. Pour que vous puissiez faire un chemin d’acceptation et de paix, afin que vos cœurs soient libres et consolés. Bien évidemment, mes chers enfants, il était inconcevable pour moi de laisser ces hommes continuer leurs exactions et me salir davantage. La mort m’était plus douce et c’est alors que j’ai songé aux souterrains. Je me suis souvenue qu’enfant, Grand-pa Alphonse-Louis et Grand-ma Charlotte-Marie, m’avaient raconté que les sous-sols du château avaient un accès donnant sur la forêt qui borde notre si belle propriété. Vous savez, là où nous aimions tant nous promener en famille. Là où, en toutes saisons, nous aimions contempler l’admirable création de Dieu et nous en émerveiller…

J’ai donc entrepris de m’enfuir par les souterrains le soir même, attendu que toutes les autres issues étaient gardées par des soldats. J’ai fui avec mon coffret dissimulé dans une cache secrète que les Allemands n’ont pas trouvé. J’y ai juste rajouté mon encrier puis j’ai emprunté les couloirs dérobés. Mes seules pensées à ce moment étaient de me sortir de ce guet-apens et de vous rejoindre au plus vite. Hélas, le destin en a décidé autrement. Je n’avais qu’une simple pile à dynamo pour me diriger dans le souterrain. Sa lumière s’est rapidement affaiblie et dans ma course éperdue, j’ai trébuché. Je me suis cassée la cheville et il fut impossible pour moi de continuer plus loin. L’os de ma cheville était en saillie de mon pied et je saignais abondamment. J’ai compris que mon heure était venue et que mon temps s’achèverait ici-même. C’est pourquoi, je me suis hâtée d’écrire avant que ma lampe ne s’éteigne totalement.

Voilà, mes chers enfants ce qui s’est réellement passé. Je prie de toutes mes forces pour que ma disparition et celle de votre père ne soit pas une blessure béante pour le restant de vos jours. Pour que tous les deux vous ayez des cœurs qui supporteront patiemment et vaillamment les épreuves, et pour que vous sachiez pardonner sans juger. Mes enfants, sachez qu’avant d’expirer, je prierais pour vous, pour notre famille, pour nos pauvres et aussi pour nos bourreaux. Mes enfants, que la vie vous soit douce, et que vous puissiez être connus pour votre générosité et non pour vos richesses. Je souhaite que vous envisagiez la vie comme un cadeau de grand prix et que vous l’utilisiez pour semer le bonheur autour de vous et non le malheur.

Ma dernière prière est que cet écrit puisse un jour être lu par vous mes chers petits, ou par mes descendants, afin que vous vous rappeliez toujours que la vie est un bien précieux dont il faut prendre grand soin. Voici mon heure, voici mon temps venu. Me voici comme l’herbe sèche. La fleur tombe quand  le vent de l’Éternel souffle dessus. À-Dieu-va… je pars en paix…»

H.d.l.C.D

Henri était en larmes. Il prenait tout-à-coup conscience de l’importance de la vie et se disait en lui-même qu’il n’avait pas le droit de se l’ôter quand des milliers de gens mourraient chaque jour contre leur gré. De surcroît, il ne se sentait plus rejeté, bafoué, inutile et incompris. Il ne fléchissait plus sous le poids énorme d’un fardeau bien trop lourd à porter. Il se sentait léger, renouvelé dans ses forces et dans son âme.

Certain de ne pas avoir retrouvé ces écrits par hasard et se sachant investi d’une belle et grande mission, Henri était tout excité. Il se savait le messager d’Hortense de la Clocheville-Dubon et devait répondre à sa demande : transmettre ce journal et cette caissette à sa famille. De plus, en mémoire de cette femme incroyable dont il venait de partager les moments forts, et qui l’avait bouleversé par sa bienveillance, sa bonté, ses valeurs et son amour pour les autres, Henri prenait la décision de vivre et de faire le bien autour de lui. Oui ! Par miracle, Henri Dunant voulait consacrer le temps qu’il lui restait à vivre pour aider les plus malheureux que lui.

Fort de cela, Henri laissa son drap sur le sol et prit la caissette argentée. Son faisceau lumineux lui ouvrant la voie, il rebroussa chemin et quitta le sous-sol. Ses chaussures boueuses à la main, un sourire sur son visage crasseux et le nez ensanglanté, Henri regagna le deuxième étage par les escaliers de secours. Il croisa une soignante affolée par son état pitoyable. Calmement, il lui dit qu’il se savait guéri et voulait prendre une douche. La soignante fit appel à un collègue pour venir la seconder, puis raccompagna Henri jusqu’à sa chambre où il se déshabilla. Le petit coffre à ses pieds, il retira sa robe de chambre pleine de terre et serra dans le creux de sa main, le badge qui lui avait permis de vivre cette expérience hors du commun. Lorsqu’il ré-ouvrit ses doigts, Henri écarquilla les yeux. Le regard éberlué, il lisait le nom inscrit sur l’étiquette et n’en revenait pas : « Astrid de la Clocheville-Dubon – Infirmière »

By Christ’in

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