ABUS DE FAIBLESSE (roman en cours)

Saviez-vous que dans l’œil de l’orgueilleux, grandit une tâche, qui jour après jour, s’élargit et s’épaissit jusqu’à le rendre aveugle ?

Saviez-vous que derrière le sourire de l’hypocrite, des caries se forment, d’abord petites et invisibles, elles rongent les dents et montrent leur pourriture


18 juin 2010

Joseph était un chrétien. Oh, pas de ces chrétiens soi-disant croyants qui ne vont à l’église qu’à Pâques, à Noël, pour les mariages, les baptêmes et les enterrements, mais un véritable homme de Foi ! Sa conversion était authentique. Il lisait sa Bible régulièrement, priait chaque jour dans le secret de sa chambre, aimait se mettre à l’écoute de Dieu, et rejoignait chaque dimanche sa communauté pour y chanter des louanges et entendre les prêches de son pasteur. Quand l’occasion se présentait, Joseph annonçait  » la Bonne Nouvelle du Salut  » aux personnes rencontrées ici ou là, et se réjouissait de leur parler des bienfaits de son Seigneur.

Neuf ans auparavant, au sortir d’une sale affaire qui aurait pu ruiner sa vie, son âme et sa carrière, Joseph avait crié son désespoir à un Dieu lointain qu’il ne connaissait que de nom. Dans sa détresse, d’un cœur sincère et repentant, il s’était tourné vers le Dieu de la Bible et l’avait imploré. Avec larmes et contrition, il lui avait réclamé  » Aide et Miséricorde  » , et avait obtenu ce qu’il souhaitait. Il avait reçu le pardon de ses fautes, une restauration dans son cœur et une deuxième chance qu’il s’était empressé de saisir. Depuis ce jour, Joseph s’identifiait en tant que chrétien et s’appliquait à obéir aux commandements de Dieu.

Réunion après réunion, Joseph s’était rapproché de ceux qu’il appelait désormais  » Ses frères et sœurs en Christ  » . Ils étaient une vingtaine à se réunir chaque semaine dans la maison du jeune pasteur trentenaire et déjà père de quatre enfants. Pour Joseph, ce nouvel entourage constituant son église était une nouvelle famille donnée par Dieu. Par affinité, il s’était plus particulièrement lié à cinq, six personnes. Au contact de ce petit réseau d’amis chrétiens, il se sentait lui-même. Entier et sincère dans ses partages, il se livrait à eux en toute confiance. Ni jugé ni moqué, ni accusé, il leur parlait librement de ses doutes, de ses peurs envahissantes et de ses encombrantes fragilités. Joseph voulait réellement changer. Il voulait guérir de ses blessures du passé, devenir un homme affermi dans la Parole de Dieu et un bon témoin du Christ. Tout feu tout flamme, il aimait s’enrichir des confidences et des expériences de ses frères et sœurs en Christ. Témoignages et exhortations mis en commun, faisaient grandir sa Foi et augmentaient son enthousiasme. Un an après sa conversion, Joseph avait fait le serment de suivre Dieu et de le servir en se baptisant par immersion. Désormais, il était né d’eau et d’esprit, et l’avait prouvé publiquement.

Malheureusement, Joseph ne veilla pas suffisamment. Les premiers mois d’euphorie passés durant lesquels il aimait se plonger dans la Parole de Dieu, s’enthousiasmait de voir la main divine agir dans sa vie, se nourrissait d’enseignements auprès de son pasteur et courait aux études bibliques du jeudi soir, Joseph se refroidit. Sans y prendre garde, au fil des mois, il laissa s’éteindre le feu de la passion. La semaine, il ne se relia à la Foi que le jeudi soir et le dimanche matin, ne permit pas à Dieu d’intervenir dans son foyer, son boulot et ses projets, ni de bousculer son agenda. Bien sûr, Joseph priait de temps à autre. Il continuait de parcourir sa Bible et de lire les versets sur son éphéméride biblique, mais la passion des premiers temps n’était plus là. Sa ferveur pour Dieu s’était essoufflée au profit de ses ambitions personnelles.

Le champ libre, les soucis du monde contaminèrent l’esprit de Joseph, tandis que l’orgueil et la convoitise remplirent à nouveau son cœur. Insuffisamment connecté à Dieu, la nature anxieuse et cupide de Joseph revint au galop. D’année en année, la situation s’aggrava. Négligeant sa relation à Dieu, Joseph ne prêtait plus qu’une oreille distraite à sa voix, balayait d’un revers de la main les avertissements de son pasteur et agissait selon son bon vouloir. 

Bon, sans noircir absolument le tableau, Joseph n’était pas tout-à-fait retombé dans ses travers d’avant conversion. Bien que d’apparence, il fonctionnait avec ses anciens schémas de pensées et ses vieilles habitudes, ce n’était plus le même homme. Certes, Joseph avait glissé d’un amour ardent à un attachement tiède, mais il ne lâchait pas pour autant la main de Dieu et conservait l’assurance de son Salut.

Il faut dire que sa rencontre avec le Dieu vivant et agissant l’avait marqué et impacté. Par le biais du Saint-Esprit reçu à la conversion, Joseph avait ouvert les yeux sur son pauvre état, sur ses faiblesses et ses erreurs. Profondément attristé, il s’était juré de ne plus faire n’importe quoi et de marcher en odeur de sainteté. Mais les promesses n’engagent que ceux qui y croient et s’y accrochent. Le monde et les tourments du monde avaient tôt fait de rattacher Joseph dans leurs filets quotidiens.

Était-ce par paresse, par facilité, par orgueil, par peur ou pour d’inconscientes raisons que Joseph s’était réinstallé derrière le volant de sa vie et avait remisé Dieu sur le siège passager ? 

À l’époque, cela ne posait pas question à Joseph qui conduisait son existence et celle de sa famille en se disant :  » Tout va bien, Dieu est avec moi. Dorénavant, je suis dans de bonnes mains, et rien de grave ne pourra plus m’arriver.  » 

Erreur fatale ! 

Devenu quasiment un chrétien du dimanche, chauffant les bancs de sa petite église, lisant, réfléchissant et méditant semaine après semaine avec ses frères et sœurs en Christ, sur les psaumes et les versets de la Bible sans jamais les appliquer à sa propre vie, Joseph était loin de se douter qu’une tempête allait bientôt s’abattre et chamboulerait sa vie bien organisée.

Boulot ok, mariage ok, enfants ok, maison ok et amis triés sur le volet, Joseph se pensait à l’abri. Sa maison à étages était belle, presque luxueuse. Son salaire cumulé à celui de son épouse était plus qu’honorable. Les fins de mois n’étaient jamais difficiles. Son travail le satisfaisait plutôt, et ses trois enfants de dix-sept, vingt-deux et vingt-trois ans étaient assez gentils et équilibrés.

Dans sa volonté de garder le volant et de conduire son existence à sa guise, Joseph était certain que Dieu bénirait ses projets. De plus, il l’estimait suffisamment bon et puissant pour lui fermer les mauvaises portes et l’empêcher de prendre de mauvais chemins. Malgré les enseignements reçus, Joseph n’avait pas saisi la notion de libre-arbitre. Il n’avait pas compris que Dieu interférait dans la vie de ses enfants s’ils étaient soumis à sa volonté et le sollicitaient en ce sens. Faisant route avec une compréhension faussée, Joseph ne consultait que rarement Dieu. Malgré sa nouvelle identité en Christ, il avançait en roue libre sans se soucier de l’approbation de Dieu. Par besoin et par volonté de contrôle, il prévoyait puis décidait seul de son avenir et de celui de sa famille.

Par péché d’ignorance, Joseph avait oublié que l’arrogance précède la chute. Il était loin de se douter que ce voyage en solitaire écroulerait son monde et toutes ses certitudes.

Alors qu’une catastrophe s’amorçait, Joseph s’illusionnait. À tort, il pensait que la main secourable de Dieu l’avait miraculeusement tiré d’affaire et faisait rempart autour de lui. Naïf et entêté Joseph. Par son indépendance, il écartait Dieu de sa vie. Il lui fermait une porte qu’il ne forcerait pas, empêchant du même coup, l’Esprit-Saint d’interagir dans ses prises de décision.

La première secousse se fit sentir fin d’année 2012. Valentine, son épouse, était de plus en plus distante avec lui. Femme de nature bien moins éloquente que son bavard de mari, elle ne lui parlait, pour ainsi dire, plus, et fuyait les gestes tendres. Joseph, qui de son côté, luttait pour ne pas répéter les erreurs du passé ayant failli ruiner sa vie, avait un mauvais pressentiment. Il sentait son couple en danger et s’en était confié à son pasteur qui lui recommanda d’entreprendre un travail de séduction. Joseph avait pris acte du conseil. Dans l’urgence, il avait acheté un magnifique collier de perles nacrées à Valentine, lui avait conté fleurette comme un jouvenceau et lui avait offert des écrits romantiques sur des cœurs en papier.

Valentine n’avait pas succombé aux efforts de son mari. Elle était restée de marbre. À chacun de ses efforts, elle le renvoyait balader, le négligeait ou lui retournait des mots tranchants. Joseph se sentait rejeté, mal-aimé, frustré. Son mauvais pressentiment grandissant, il redoubla d’attentions à l’égard de son épouse. Pour lui faire plaisir, il avait retroussé ses manches et construit la belle terrasse qu’elle réclamait depuis longtemps. Joseph n’économisa ni son temps ni son argent. Il travailla dur tous les soirs et les week-ends. Il s’éreinta et s’échina. Après plusieurs semaines de besognes, il termina la belle terrasse. Il en était fier et heureux. Sans qu’elle lui saute au cou, il estimait qu’il avait au moins, mérité un baiser amoureux de la part de sa femme.

Hélas ! Au lieu des remerciements attendus, Joseph reçut une moue tiède, un  » Ouais, c’est pas mal  » et un haussement d’épaules. Douche froide pour Joseph qui n’eut pas le temps de s’apitoyer sur son sort car tout s’enchaîna très vite. Quelques jours plus tard, il entendit Valentine avouer froidement qu’elle ne l’aimait plus et qu’elle en aimait en autre.

Impossible ! 

Dans la tête de Joseph, ce n’était CONCRÈTEMENT pas possible… pas logique. Que Valentine qui cheminait avec lui depuis plus de vingt-six ans, fonctionnant avec lui dans un pacte de non-agression, ne manquant de rien et se prétendant chrétienne, le trompe et lui explique ne plus avoir de sentiments pour lui, n’était TOUT BONNEMENT pas possible et PAS DU TOUT prévu dans ses plans bien établis.

Le deuxième coup de semonce fut encore plus foudroyant. Joseph apprit que l’amant de sa femme n’était autre que son ami d’enfance.

Robert ! ? ! 

Robert, le salaud à qui Joseph faisait confiance aveuglément. Ce copain de soirées, avec qui les conneries du passé autour d’une bière bien fraîche, étaient des souvenirs extra qui les faisaient se marrer. Ce pote avec qui il avait fait les quatre cent coups, partagé les premières confidences de mec. Cet ami fidèle et de longue date qu’il recevait régulièrement, et toujours avec un immense plaisir dans sa maison. Robert qu’il aimait plus qu’un frère. Robert qui avait passé plusieurs Noël avec femmes et enfants, qu’il emmenait en vacances à la neige ou ailleurs.

Robert, qu’il voyait maintenant comme un loup. Un loup infiltré dans son foyer en habit de brebis pour mieux le saccager et mieux le dévorer. IMPOSSIBLE ! Joseph n’y croyait pas. Il allait se réveiller et s’apercevrait que tout ça, n’était finalement qu’un sale et un affreux cauchemar.

  » Dieu ?  T’es où ?  Help ! !!  » 

Joseph avait beau crier à l’aide. Dieu semblait ne pas lui répondre. Et alors que tout s’écroulait, Valentine en profita pour lui asséner le coup fatal et demander le divorce. Reclus dans une chambre annexe de sa maison, telle une bête blessée Joseph se terra pour pleurer sur son malheur. Adieu aisance, tranquillité, comptes en banque bien remplis, femme et enfants autour de soi, et vacances programmées. Joseph démarra une vie de chien errant et commença à comprendre qu’il avait bâti sa maison sur du sable et sur de piètres illusions. 


Comment affronter l’épreuve ?  La double trahison ?  Comment survivre à ça ?  Joseph ne savait pas. Il ne pouvait abdiquer et accepter le divorce. C’était anti-biblique. La Bible disait  » Que nul ne sépare ce que Dieu a uni  » . Alors, Joseph tenait bon et s’appuyait sur ce verset. Malgré l’humiliation, les reproches, la honte et le mépris, des semaines durant, il tenta de convaincre Valentine de l’absurde et de la folie du divorce. Confus et en colère, il lui répétait que répudier son époux était une abomination aux yeux de Dieu. Valentine n’en avait cure. Elle lui rétorquait qu’elle ne l’aimait plus, qu’elle n’en pouvait plus, qu’elle avait trop longtemps supporté ses frasques, son esprit de contrôle, son négativisme permanent, son anxiété chronique et même son avarice.

Joseph n’en croyait pas ses oreilles. Lui qui avait repris des études à l’âge adulte, passé des concours, travaillé d’arrache-pied pour nourrir sa famille et fait en sorte qu’aucun des siens ne manque de RIEN, était qualifié de grippe-sou et de négatif.

Valentine rajouta avoir fermé les yeux sur bien des choses et s’être tue trop longtemps. Elle expliqua ne pas avoir su oublier les trahisons du passé et être arrivée au bout de ce qu’elle pouvait endurer et accepter.

C’en était trop ! 

Joseph croyait que Valentine lui avait tout pardonné, mais il s’apercevait qu’il n’en était rien. Alors que Valentine lui resservait les erreurs du passé comme un plat qui se mange froid, simplement pour justifier ses actes contraires à la morale chrétienne et ses décisions égoïstes, Joseph en était ahuri. Il comprenait que les pardons de Valentine n’étaient que de la poudre aux yeux. Joseph avait cru que son épouse lui avait sincèrement pardonné, mais il découvrait que ses pardons étaient sans valeur. Ils avaient effectivement franchi ses lèvres par devoir légitime, par devoir religieux ou pour d’autres raisons qui lui étaient propres, mais n’avaient pas atteint son cœur. Joseph essaya de comprendre pourquoi son épouse ne s’en était jamais confiée à lui. Pourquoi toutes ces années, elle avait laissé la rancœur pourrir leur relation sans lui en parler. Joseph était désappointé. Comme une bouteille jetée en mer, il lui dit qu’ils auraient pu prier ensemble pour que Dieu leur vienne en aide et qu’il restaure leur couple. Valentine répondit qu’il était trop tard. Qu’il ne servait à rien de remuer la boue du passé, que Dieu n’aurait de toute façon rien pu changer, et que sa décision était mûrement réfléchie.

Joseph s’en voulait de s’être cru à l’abri. Il s’en voulait de n’avoir rien vu et rien soupçonné, mais il devait rejeter la culpabilité qui lui rajoutait un fardeau. Sa rage envers Valentine et Robert était déjà suffisamment lourde à porter.

Robert ne pouvait pas s’en tirer si facilement. De colère, Joseph lui avait envoyé un mail :  » Je te demande de laisser Valentine, au nom de notre soi-disant amitié, et de ne plus la contacter !  » La réponse arriva dès le lendemain :  » C’est la dernière fois que je te réponds. Sache que ce n’est pas moi, mais ta femme qui est venue vers moi. Tu n’es peut-être pas étranger au fait qu’elle te trompe. De toute manière, si ce n’avait pas été toi, il y a longtemps que je serais allé vers elle  » .

Relégué dans la chambre d’amis, tel un paria dans la maison qu’il avait financé en grande partie, réaménagé de matériaux de qualité et d’éléments de marque, puis rénové de la cave au grenier, faisait naître en lui des sentiments de haine et de vengeance. Son âme était maintenant en danger. Joseph était au fond du trou, mais par respect pour Dieu, il ne levait pas le poing vers le ciel pour réclamer justice. Hors de question pour lui d’imputer à Dieu la cause de ce tourment. Bien que victime, il ne niait pas sa responsabilité. Humilié, inconsidéré, moqué, rejeté comme un vieux mouchoir qui pue, Joseph gardait sa Foi comme son seul bien. Il s’y raccrochait pour ne pas sombrer. Qu’importe que Valentine continue d’aller à l’église et de chanter  » Alléluia !  Gloire !  » comme si de rien n’était, Joseph refusait de laisser la haine s’installer dans ses pensées et lui souiller le cœur. Il luttait pour ne pas la maudire  » Elle et son zozo  » .

Après tout, il n’avait pas le droit de la juger. Il n’était pas tout blanc lui non plus. Il avait aussi sa part de responsabilité dans ce drame. Il se savait difficile à vivre, acariâtre, râleur et fataliste. De plus, spirituellement parlant, il n’avait pas su et pas voulu placer sa vie, sa famille et son couple entre les mains de Dieu. Et ça, c’était grave !  Joseph reconnaissait avoir mené sa barque seul. Il reconnaissait qu’il avait placé ses décisions, ses pensées, ses projets, ses sentiments en dehors du regard de Dieu.

Au fond, il ne pouvait pas blâmer son épouse. C’était lui le chef de famille. En tant qu’époux chrétien et homme de Foi, il avait des devoirs. Chaque jour, il aurait dû présenter Valentine au trône de Grâce et de Miséricorde, la purifier de l’eau de la Parole, l’honorer, l’aimer bien plus que lui-même, faire preuve de plus de sagesse et prendre soin d’elle comme d’un être délicat. Cela, il le savait. C’était écrit noir sur blanc dans la Bible.

Oui, il aurait dû se soumettre davantage à Dieu et être à son écoute, au lieu de diriger sa vie de A à Z. Probablement qu’il l’aurait entendu murmurer que Valentine souffrait, qu’il devait intercéder pour elle, changer son regard sur elle, l’envelopper de ses prières et l’aider à guérir des blessures qui les avaient éloigné l’un et l’autre. 

Mais il ne l’avait pas fait. L’erreur lui servirait de leçon…

Les semaines suivantes, Joseph crut encore à la réconciliation. Il eut de Valentine, quelques mots gentils et une caresse furtive sur la joue. Il avait pensé qu’elle ferait volte-face, sauf qu’elle mit rapidement fin à ses croyances. Elle ne l’aimait plus et ne le voulait plus, ni dans ses jambes ni dans son environnement. Joseph devait donc plier bagages. Son cœur était en miettes, mais pour le bien de tous, enfants y compris, il loua un appartement à quelques mètres de chez lui.

La proximité n’était pas anodine. En silence, Joseph rêvait encore. Il se disait que l’amour pouvait renaître de ses cendres. Et dans son petit deux-pièces, l’œil s’égarant parfois sur sa belle demeure, autrefois lieu de fierté, de confort, de joies, de bien-être et de partages, il oscillait entre idées noires, colères enflammées, regrets amers et espoirs fous.

Il semble que dans l’épreuve, on se tourne et on se rapproche de Dieu. Ce fut le cas pour Joseph. Ce chaos lui fit prendre conscience du sérieux de la prière et de l’importance de ne pas laisser Dieu en dehors de ses projets. Dans cette lutte à la survie, Joseph s’agrippa à la main du grand Créateur comme à une bouée de sauvetage. Et celui qu’il avait remisé dans un coin, ne le sortant qu’à l’occasion, fut son bien le plus précieux. Joseph se remit à prier ardemment. D’abord pour le retour de son épouse – parce qu’à Dieu rien d’impossible – puis les jours passant, pour que la volonté divine s’accomplisse sur la terre comme au ciel. Finalement, l’Esprit-Saint œuvrant en lui et changeant sa conception des choses, il pria Dieu de l’aider à accepter le choix de Valentine, de l’aider à démarrer humblement un chemin de guérison, de lui apprendre à obéir et à se laisser guider pas après pas.

Pour ne pas dépérir, Joseph s’obligea à regarder vers demain et de moins en moins vers l’arrière. Malgré la douleur, le manque, l’incompréhension et le fort sentiment de rejet, il décida peu à peu, de concevoir son avenir sans Valentine à ses côtés.

Que dire de ses enfants ? Certes, ils étaient grands. C’étaient tous de jeunes adultes, mais leur douleur n’en était pas plus petite. Tous les trois souffraient de l’explosion de leur cocon. Difficile pour eux de reprogrammer leur famille dans cette nouvelle configuration. Ils étaient les victimes collatérales de cette situation non-voulue et en subissait émotionnellement, moralement et matériellement, les conséquences.

Lorsque Joseph recevait ses enfants dans son petit deux-pièces, il les rassurait en leur disant que son amour pour eux restait inchangé. Que malgré le chagrin, le déchirement et l’éclatement de la famille, il serait toujours là pour eux et se précipiterait en cas de besoin. Dans son malheur, Joseph voulait préserver à tout prix, ses trois enfants chéris. Résolu à ne pas leur imposer de troubles et de souffrances supplémentaires, il luttait pour contenir ses émotions en leur présence. Même si de temps à autre, sa langue fourchait et qu’il se répandait en paroles de reproches et d’injustices, Joseph se défendait de calomnier Valentine devant eux. Et bien que perturbé dans ses pensées, il se forçait à endosser le costume du bon papa chrétien, protecteur et aimant. Aidé de paroles de sagesse tirées de la Bible, il leur demandait de prier pour leur mère. De la bénir et non de la maudire. 

Dans son petit appartement froid, impersonnel, aménagé sommairement et à la va-vite pour ne pas s’y sentir installé, Joseph avait Macintosh. Mac son compagnon de tristesse. Les doigts glissant sur le clavier, il s’était rempli de films d’humour ou d’aventures pour soulager son cœur lourd, puis d’un œil distrait, il avait fureté sur les sites de rencontres. Il avait cliqué comme ça, histoire de dire. Sans volonté particulière ni désir spécifique au départ, son regard d’homme s’était fait happer par les femmes photographiées en courbes et en appâts. Il avait regardé plusieurs jolis minois et, attiré par de belles demoiselles, il avait cédé à l’appel des sirènes. Joseph s’était inscrit, juste pour voir. Il avait sélectionné quelques profils, avait parcouru leurs présentations et lu leurs commentaires. Étonnamment, lui qui n’avait jamais sérieusement pensé à l’adultère, s’était pris à rêver devant ces attrayantes célibataires, veuves ou divorcées de tous âges.

S’imaginer dans un autre possible avec une autre femme, séduisante et pleine de vie, lui redonnait du sens et lui faisait du bien. Trop peut-être. Les dames en catalogue finissaient par occuper son cerveau. La nuit, il les aimait dans ses draps agités et le jour, il les traquait sur Mac en images dénudées. La tentation grandissant, Joseph voulut tester son pouvoir de séduction. Jeune quinquagénaire, encore bel homme, bien que fidèle et pas dragueur, Joseph avait pensé traîner ses guêtres dans les bars animés. En pensées d’abord furtives, il avait songé s’acoquiner avec une femme très câline et peu farouche. Combler son vide intérieur et ses blessures l’espace d’une nuit ou de plusieurs n’avait pas fait que l’effleurer. Il y pensait de plus en plus, et se voyant sur une pente glissante, il s’était reconnecté à Dieu. Ceint de honte, comprenant qu’en empruntant cette voie, il pouvait tomber sur une femme intéressée qui aurait profité de son état de faiblesse et l’aurait dépouillé de son âme et de ses biens, Joseph s’était éloigné du chant tentateur des sirènes du web et avait banni leurs photos de ses yeux.

Quelques temps après, l’alcool remplaça l’attrait des nymphes. Joseph buvait pour noyer son chagrin, mais son garçon, son dernier, avait su trouver les mots pour le convaincre d’arrêter. Joseph se disciplina. Une bonne bière bien fraîche de temps à autre, les soirs de gros cafard dans un bar du centre-ville, sans autres idées derrière la tête et la prière régulière comme arme défensive, calmerait ses ardeurs. Par malheur, les résolutions de Joseph fondirent aussi vite que la neige au soleil. Trop perturbé pour tenir sur la longueur, il avait recommencé à farfouiller dans les entrailles de Mac.

Pour sa défense, Joseph n’avait jamais connu la solitude. Habitué au monde autour de lui, la solitude l’affolait. En dehors de ses enfants, il n’avait personne à qui parler. Personne à qui ouvrir son cœur et avec qui pouvoir déverser son chagrin. Personne, sinon Dieu. Son pasteur ?  Difficile de se confier à lui. Bien que bibliquement opposé au divorce, il ne condamnait pas réellement Valentine qu’il côtoyait depuis sept ans et dont il connaissait aussi la longue liste de frustrations. Certes, le pasteur comprenait l’immense détresse de Joseph. Seulement, il trouvait des circonstances atténuantes à Valentine. Ce n’était donc pas le meilleur confident pour Joseph, incompris dans sa détresse. Il y avait aussi Jean-Luc. Chrétien lui aussi et fréquentant la même église de maison que Joseph. C’était un brave homme Jean-Luc. Gentil, compréhensif, il avait eu de nombreux déboires par le passé et une vie maritale plus que chaotique. Selon Joseph, il était le confident idéal, mais son emploi du temps chargé le rendait peu disponible. À part ça, question « alliés », le tour était vite fait. L’ami d’enfance de Joseph l’avait trahi en lui volant sa femme, et son bon ami en Christ n’était visible qu’en pointillé.

Joseph avait pensé refaire sa vie, reformer un couple pour ne pas mourir et se sentir à nouveau, homme dans des bras féminins. Pour se savoir apprécié, utile, intéressant et surtout… pour ne plus être seul et abandonné à son tourment. Seul sans personne à qui parler, se confier. Avec qui partager tous ses maux… Joseph n’avait jamais aimé la solitude et dans cette période de chagrin, c’était encore plus vrai.

Et puis, vint Carole-Anne.

Avant Carole-Anne, Joseph s’était perdu dans des fantasmes hors de portée ou risqués pour sa Foi. A l’époque où Carole-Anne débarqua dans la vie de Joseph l’homme révolté ; l’homme qui n’avait plus confiance en lui, il y eut une petite éclaircie. Un an avait passé entre les premières révélations de désamour de Valentine et sa rencontre avec Carole-Anne. Une année de bas, très bas et de hauts éphémères. Lorsque la vie de Carole-Anne croisa celle de Joseph, il était encore à vif… Il n’était qu’une blessure à ciel ouvert.

L’année avait été si difficile, éprouvante. Tant et tant de fois, Joseph avait pensé au retour de Valentine, contrite, repentante, amoureuse… Elle avait hanté ses nuits, tour-à-tour, se lovant sur son torse où se prenant d’énormes claques. Le subconscient de Joseph retranscrivait ses émotions. Comment lutter ? Il l’aimait autant qu’il la détestait. Ses sentiments pour elle, ne s’étaient pas envolés au moment où la vague du tsunami l’avait anéanti, ni même les mois suivants. 

Désireux de pardonner pour tout recommencer et conscient de ne pas avoir toujours été un mari tendre, attentionné et patient, Joseph s’était rendu humble et serviable à l’égard de Valentine. Dans d’autres dispositions, elle lui avait rétorqué s’être sacrifiée pour lui et les enfants, vouloir vivre son amour au grand jour et l’assumer au détriment de tous. Un amour qui, manifestement, ne datait pas d’hier… 

Pour sauver son mariage, Joseph avait tout tenté pour que Valentine lui revienne. Par amour, il lui avait concédé la maison familiale et s’était plié à ses moindres demandes, acceptant de débarrasser ses affaires personnelles au plus vite et de ne visiter ses enfants qu’entre deux portes. Joseph, à peine part, Robert n’avait pas tardé à s’installer dans le fauteuil de son ami d’enfance et à s’étendre dans son lit.

Parmi les sentiments qui habitaient Joseph, ses sentiments pour Valentine avaient encombré sa convalescence et freiné sa reconstruction. Ne plus l’aimer, ne plus la voir, ne plus la sentir tout près de lui, avait été un dur combat. D’une heure à l’autre, Joseph pouvait se terrer dans un profond chagrin, puis se relever avec l’espoir au bord du cœur. Dans ce chemin de deuil, il avait du mal à se projeter vers demain, même s’il avait pensé tout plaquer et partir loin de son malheur. Là-bas, sur les îles au soleil. Là, où tout semblait plus doux et plus facile. Il y avait pensé. Il s’était longuement renseigné. C’était possible, une mutation de boulot et hop, il se retrouvait les pieds dans le sable, la tête sous les palmiers et ciao la compagnie. Le rêve était beau, mais Joseph savait que s’enfuir n’était pas la solution. S’enfuir, c’était emmener sa misère avec soi.

Et puis, il y avait les enfants…

Après les sites de rencontres aux gorges ensorceleuses, Joseph se fit plus raisonnable. Malheureux d’accord, mais insensé, sûrement pas !  La tempête grondant en lui, commençait par doucement se calmer. De plus, son respect et son attachement à Dieu et à sa Parole, limitaient ses pulsions et réajustaient sa réflexion. Malgré les instructions de ses frères et sœurs en Christ, Joseph qui ressassait encore l’injustice subie, les coups fourrés et le mépris, était en incapacité de profiter de ce temps de célibat pour se consacrer entièrement à Dieu, développer ses connaissances bibliques et persévérer dans la prière. Il partit donc en quête d’une amie chrétienne de la même obédience en mesure de le comprendre. Une femme qu’il voulait solide dans la Foi, susceptible de l’encourager, de le rasséréner et de le faire grandir spirituellement. Joseph en avait bien besoin. Sa Foi, si petite fut-elle à l’époque, lui avait tout de même été d’un grand secours. Sans se targuer de sa volonté ou de sa force mentale, il savait qu’il n’aurait pu endurer ces tribulations et digérer la négation de tout ce qu’il avait construit – mal certainement – mais construit néanmoins, sans ce Père compatissant, proche et accessible. Ce Père qui, au plus fort de l’épreuve, l’avait soutenu, fortifié et empli d’une paix durable. Une paix loin de l’apaisement passager et illusoire, suspendu à un court instant de grâce.

Dépouillé de son orgueil, Joseph aimait Dieu mais il se savait fragile et mal affermi. Si souvent, il avait été sur la brèche. À deux doigts de basculer du côté obscur et rattrapé in-extremis. Corps, âme et esprit, Joseph avait trois fonctions en lui à satisfaire. Pour aller bien, son esprit devait se nourrir directement à la source divine. Son âme avait besoin d’un vis-à-vis spirituel et intellectuel. Quant à son corps ?  Sa nature humaine réclamait des échanges physiques.

Au départ, ce désir d’une nouvelle compagne s’entendait. C’était même plutôt compréhensif pour l’homme rejeté, dépossédé de tout, en besoin de reconnaissance car brisé dans SES valeurs. Le problème, c’est que l’état de faiblesse psychologique de Joseph, l’embarquait sur des choix d’appétence plutôt que sur des choix de raison. Embrouillé dans sa réflexion et perturbé dans ses émotions, Joseph pensait mal. Avec pour seuls objectifs de remplir son vide affectif et de panser ses blessures, il était parti en quête d’une autre femme en s’exemptant de consulter son Guide, son pasteur ou son ami Jean-Luc.

 Ainsi, n’écoutant que son instinct et ses désirs premiers, Joseph basait sa recherche sur des apparences susceptibles de satisfaire son égo malmené et sa chair en demande. Sans le recul nécessaire, il rêvait d’une femme physiquement différente de Valentine, mais ayant des traits et des qualités communes à elle. Il souhaitait une Valentine en mieux. Un qui guérirait le mal qu’on lui avait fait et lui assurerait du bien-être. Son esprit de contrôle jamais très loin, il élaborait la soi-disant femme parfaite sans voir que son regard sur la gente féminine était vicié et totalement tronqué. Les images compulsées des silhouettes appétissantes et plutôt sveltes auquel son œil s’était attaché, interféraient dans ses pensées et se superposaient sur l’image de la femme envisagée. Gourmand Joseph, qui loin de toutes considérations bibliques éloignées des apparences trompeuses, recherchait le bon produit sur catalogue.

Plusieurs sites de rencontres chrétiennes trouvèrent son intérêt. Le cœur battant, Joseph entra ses coordonnées. Il utilisa un pseudo, inséra une belle photo le mettant en valeur, remplit le questionnaire avec sa situation maritale, le nombre de ses enfants, ses hobbies, son travail, sa ville de domiciliation, etc. À la section  » Type de femme « , il inscrivit  » Métisse, africaine, européenne « . Il cocha la religion qu’il souhaitait, puis se décrivit en quelques mots. S’agissant de la dame, il cocha les cases  » Sportive et douce « . À la rubrique  » Âge « , elle ne devait pas être plus vieille que lui. En revanche, la tranche en dessous descendait jusqu’à la fin de trentaine. Joseph ratissait large pour trouver la perle rare. Dans l’encart libre en toute fin de page, il rajouta les versets qu’il appréciait.

à suivre…

By Christ’in

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